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© GUYON Nathalie

[CRITIQUE & INTERVIEWS] “La Consolation” (2017) de Magaly Richard-Serrano

Adapté du livre éponyme écrit par l’animatrice de télévision et de radio Flavie Flament, violée à 13 ans par le photographe David Hamilton, le téléfilm La Consolation de Magaly Richard-Serrano est diffusé sur France 3 ce mardi 7 novembre 2017. Notre avis sur cette fiction récompensée par un prix de Meilleur téléfilm au Festival de la Fiction TV de La Rochelle 2017 et notre rencontre avec l’équipe.

Synopsis :

Flavie (Émilie Dequenne), la quarantaine, est animatrice de télévision.
 Un soir, avant de prendre l’antenne, elle s’effondre, terrassée par des vertiges dont elle souffre depuis longtemps. Le psychanalyste (Hervé Pierre) qu’elle consulte lui propose d’apporter un album photo de son enfance. Flavie commence à dérouler sa vie d’adolescente. Sa famille tout à fait normale, ses vacances heureuses au bord de la mer. Puis, des détails lui reviennent sur sa mère (Léa Drucker) toute-puissante, sur son père (Xavier Mathieu) dont elle n’a pas beaucoup profité… Puis, une photo Polaroid, échappée d’un album où pose Flavie (Lou Gable) à 13 ans, va lui raviver la mémoire… Elle est signée David Hamilton (Philip Schurer). La photo montre Flavie en robe décolletée fluide, l’été de ses
 13 ans, celui où il l’a violée.

La Consolation : L’adaptation d’un livre-confession

Le livre, je l’ai écrit dans un souci de consolation et c’était moi face à moi-même. Pour le film, j’ai eu le temps de prendre de la hauteur sur une situation familiale globale.
Flavie Flament

Dès 2016, la productrice Nicole Collet (Image et Compagnie) et la chaîne de télévision France 3 ont convaincu Flavie Flament d’accepter d’adapter son histoire à la télévision et de traiter un nouveau sujet sensible sur une chaîne publique après les récentes fictions unitaires tels que Le Viol sur France 3 et Harcelée sur France 2. Pour le téléfilm La Consolation, le sujet est celui de la pédophilie, du viol sur mineurs. Et pour Flavie Flament qui a confessé s’être fait violé à 13 ans par le photographe David Hamilton dans son livre La Consolation, publié aux Éditions JC Lattès en 2016, et qui depuis se bat pour faire modifier le délai de prescription des viols sur mineurs, seule une réalisatrice pouvait porter ce projet à l’écran : “Je voulais que ce soit une femme qui s’empare de ce sujet-là parce que depuis le début, c’est une histoire de femmes : mon éditrice, les autres victimes, une avocate, une journaliste…”

Le choix, c’est donc porter sur l’auteure-réalisatrice Magaly Richard-Serrano (Crapuleuses, Ceux qui dansent sur la tête) qui a tout de suite accepté le projet : “Quand j’ai lu le livre de Flavie Flament, j’ai eu des visions… Je trouvais que dans le livre de Flavie, je pouvais avoir de l’espace, il y a un regard qui est déjà poétique sur les choses, il n’y a pas de pathos. Elle n’hésite pas à faire des traits d’humour dans des moments qui sont un peu… Et moi, j’aime ça, je trouve que c’est la vie. Rien n’est jamais complètement sombre et dans des choses dures comme cette histoire, il y a de la vie, de la vitalité, de la poésie. Donc, c’est cet aspect-là que j’ai décidé de mettre en avant plutôt que l’aspect trash, glauque. Épouser au maximum le point de vue de cette jeune fille, avoir le regard qu’elle a sur les choses. En la suivant elle, j’ai trouvé le chemin dans cette adaptation-là”.

La face sombre d’un artiste reconnu mondialement

J’ai essayé d’être à la fois très fidèle au livre et en même temps, de recréer une fiction à partir de cette base documentaire. Mais le film n’est pas un documentaire, j’ai vraiment voulu en faire un film de fiction avec un regard, un point de vue et me réapproprier un tout petit peu aussi l’objet livre.
Magaly Richard-Serrano

Coécrit par Magaly Richard-Serrano et Flavie Flament qui s’est beaucoup impliqué dans ce projet, le téléfilm La Consolation diffère dans sa narration du livre d’origine puisque le parti pris de la réalisatrice a été de partir de l’histoire d’une animatrice de télévision qui craque et qui à partir de photos de son adolescence va se mettre à suivre une thérapie qui l’amènera par flashback jusqu’à la révélation de son évènement traumatique. Ainsi, avant d’arriver à la scène-clé du film, le téléfilm prend bien le temps de nous replacer dans le contexte d’une famille — “On a plus creuser dans le film le rapport de Flavie à sa mère, à sa position dans sa famille, à son passé. Ce qui ne justifie rien mais explique peut-être un peu les choses”, nous a expliqué Flavie Flament —, dans le contexte d’une époque, les années 80, où les plages naturistes battaient leur plein au Cap d’Agde et où le talent du photographe britannique David Hamilton était connu et reconnu mondialement.

Nous est ainsi décrit l’adolescence d’une jeune fille innocente, entourée d’un père effacé et d’une mère à l’influence malsaine. Obsédée par l’apparence physique, celle-ci voulait vivre à travers sa fille une la vie qu’elle n’avait pas : “Tu sais, Flavie, je te souhaite de na pas avoir une vie de merde comme la mienne”. Un contexte familial troublé qui a poussé ainsi une jeune fille de 13 ans, prête à tout pour rendre heureuse sa mère, dans les griffes d’un prédateur sexuel. Et c’est avec subtilité et “délicatesse” (dixit Flavie Flament) que la réalisatrice Magaly Richard-Serrano nous amène jusqu’à la scène du viol que le pervers sexuel n’a pas oublié d’immortaliser par un Polaroid, captant ainsi sur le vif le regard de sa victime juste après l’acte. Et donnant bien sûr par contrecoup, une perception bien différente aux nombreux clichés photographiques d’adolescentes pris par lui et célébrés jusque-là partout dans le monde.

Un casting réussi

Notre rencontre a été un choc avec Philip Schurer parce que quand je l’ai rencontré, il était David Hamilton avec les lunettes, les cheveux… mais il n’avait pas le même regard. On se souvient du regard d’un prédateur et on s’est reconnaître quelqu’un de bienveillant. Il avait tout du ‘décor’ mais rien dans le fond. Et c’est aussi ça la force du film, c’est qu’il est extrêmement réaliste”.
Flavie Flament

Lou Gable, la jeune actrice de 16 ans au visage innocent qui co-interprète Flavie Flament avec l’actrice Émilie Dequenne est épatante dans le rôle. Pour elle, cela a été un rôle très difficile et un sujet très fort. [Elle savait] à quoi [s’]attendre mais le plus difficile a été de se détacher du personnage. Quand on joue un rôle comme ça, c’est très fort en émotion. (…) C’est prendre du recul qui a été difficile”. De même, Léa Drucker (Le Bureau des Légendes, Les Grands Esprits) est épatante de perversité dans le rôle de la mère, un “personnage tellement complexe parce que c’est un mélange de fragilité, d’extrême violence, de perdition, de perversité”, selon la réalisatrice Magaly Richard-Serrano. Enfin, que dire du rôle ingrat de “méchant” joué par l’acteur anglais Philip Schurer (Vénus noire, Océane). Celui-ci a en effet eu la lourde tâche de reprendre le rôle du célèbre photographe David Hamilton accusé par Flavie Flament de l’avoir violée. “Ce qui est étrange, nous a confié l’acteur Philip Schurer, c’est qu’on ne connaissait pas cette histoire avant. Les gens pensaient que c’était un photographe extraordinaire (…) mais on ne connaissait pas la vraie histoire. (…) Dans les années 70-80, les gens regardaient les photos et trouvaient les filles très jolies”. L’acteur forme en tout cas avec les actrices Léa Drucker et Lou Gable le trio réussi dans la reconstitution de cette histoire sordide.

Un témoignage bouleversant

“Le livre est sorti à un moment où j’étais en mesure de le porter et le film arrive alors que je suis forte de tout ce que j’ai vécu avant. Donc je trouve ce film magnifique, émouvant et il a une portée folle puisque c’est un film engagé. C’est une sorte de continuité. C’est moi mais en même temps, cette histoire n’est plus totalement la mienne non plus”.
Flavie Flament

Primé fort justement au Festival de la Fiction TV de la Rochelle en 2017, le téléfilm La Consolation est donc un film et un témoignage bouleversant sur les enfants victimes victimes de pervers sexuels et il donne encore plus de force au combat mené par Flavie Flament pour faire modifier le délai de prescription des crimes sexuels sur mineurs — il est actuellement de 20 ans à compter de la majorité de la victime.

A noter que la fiction La Consolation sera suivie à 22h30 sur France 3 d’un débat Contre le viol : oser parler pour se reconstruire, animé par Carole Gaessler en compagnie de Flavie Flament. Ensuite, le jeudi 9 novembre à 23h45, toujours sur France 3, le documentaire Victimes d’un pédophile, le combat d’une vie d’Emmanuel Amara, Julien Mignot et Vincent Kelner reviendra sur la question de la prescription. Enfin le mercredi 15 novembre à 20h50, France 5 diffusera le documentaire Viols sur mineurs – Mon combat contre l’oubli de Flavie Flament et Karine Dusfour qui reviendra sur le combat menée par la première concernant ce délai de prescription des crimes sexuels commis sur mineurs.

En savoir plus :

  • La Consolation est diffusé sur France 3 le mardi 7 novembre 2017 à 20h55 puis sera disponible en replay (streaming gratuit) sur France.tv pendant 7 jours

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Jean-Christophe Nurbel

Rédacteur en Chef / Editor in Chief chez Bulles de Culture
Accro aux films, aux pièces de théâtre, aux séries et à la culture en général, j'aime les œuvres qui me surprennent.

Top 3 Cinéma : "À bout de souffle" (1960), "Blade Runner" (1982), "Casablanca" (1942)
Top 3 TV : "Engrenages" (2005-...), "The Wire" (2002-2008), "Twin Peaks" (1990-1991)
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Un commentaire

  1. Ce film dont le titre est déjà peu original, a permis à France 3 d’obtenir -de peu- la meilleure audience TV le 07.11.2017. Le scandale fait toujours recette ! En effet, il est tiré du roman de Flavie Flament, jadis présentatrice de télévision, et qui raconte sa bien triste adolescence. En effet, sa mère était blasée par une vie monotone et sans saveur et avait fait un transfert de ses fantasmes sur sa fille : côtoyer les stars du show-biz. C’est ainsi que lors d’un voyage à Paris avec sa mère, Flavie n’avait pu voir de la capitale que les Champs- Elysées où l’on est sûr de encontrer du beau monde ! Et la mère immature de livrer sa fille en pâture aux célébrités dont certaines désaxées sexuellement…L’histoire paraît longue et on s’ennuie… Emilie Dequesne n’est pas au mieux de sa forme dans le rôle de Flavie adulte, mais à l’opposé Léa Drucker s’est merveilleusement bien glissée dans la peau de la mère immature et irresponsable, semblant même éprouver beaucoup de plaisir à jouer ce rôle. Très convaincante en tout cas ! Le film a le grave défaut d’être uniquement à charge. Quand on creuse un peu plus le sujet pour être objectif,, le frère de Flavie relate que sa soeur confond romance et réalité. La mère, elle, se fait le porte-parole de la famille pour souhaiter que Flavie trouve un bon psy…

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