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Le Jeu de l'Amour et du Hasard affiche

[CRITIQUE] “Le Jeu de l’amour et du hasard” de Benoît Lambert : Le talent est sans hasard

C’est avec le classique du marivaudage Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, mis en scène par son directeur Benoît Lambert, que le Théâtre Dijon Bourgogne ouvre sa saison théâtrale. Une belle audace !

Synopsis :

Monsieur Orgon (Robert Angenaud) veut marier sa fille Silvia (Édith Mailaender) avec le fils de son ami, le jeune Dorante (Antoine Vincenot). Mais les deux nobles jeunes gens veulent observer leur promis-e sans être reconnu-e avant de formuler leur choix. La même idée vient à chacun-e d’eux : se faire passer pour son valet ou sa femme de chambre et embaucher lesdits valet et femme de chambre pour jouer leur rôle. C’est ainsi que Lisette (Rosalie Comby) et Arlequin (Malo Martin) se retrouvent à se faire passer pour leurs maître ou maîtresse respectifs. Deux personnages savent tout : Monsieur Orgon et son fils, Mario (Étienne Grebot).

Le Jeu de l’amour et du hasard : Le pari osé d’une jeunesse audacieuse

Le Jeu de l'Amour et du Hasard image (c) V. Arbelet 02
© Vincent Arbelet

Benoît Lambert fait un pari (réussi) en décidant l’ouverture de sa saison avec son brillant Le Jeu de l’amour et du hasard, celui d’une jeunesse vivifiante et saisissante à mettre en avant. En effet, derrière les masques des quatre protagonistes, quatre comédiens en contrat de professionnalisation. Parier sur du sang neuf réussit à Benoît Lambert qui met brillamment en scène ces jeunes comédien-ne-s au talent évident. Si le choix est audacieux, il est aussi réfléchi et permet un bel hommage à cette grande et belle pièce de Marivaux. Car, qui mieux que quatre jeunes premiers pour incarner ces quatre jeunes gens ? La vivacité, l’énergie qu’ils dégagent tout les quatre est celle d’une jeunesse douée et lancée ! Le contraste que ceux-ci offrent avec les rôles des deux messieurs plus âgés que sont le père et son fils n’en est que plus saisissant et met considérablement en valeur la naïveté badine des amoureux-ses et l’ironie grinçante et amusée de leurs deux observateurs.

Le jeu de l’amour est sans hasard

Nulle surprise révolutionnaire chez Marivaux. Si l’auteur est moderne, il n’en chamboule pas pour autant les rangs qui ordonnent et structurent la société d’Ancien Régime. Ainsi, les déguisements ne dupent que les plus jeunes, et l’honneur est sauf puisque chacun reste bien à sa place dans la classe sociale qui est la sienne : Silvia s’éprend de Dorante, et Lisette d’Arlequin. La pièce de théâtre Le Jeu de l’amour et du hasard est sans bouleversement des conventions, et Benoît Lambert semble respecter ce choix de l’auteur : costumes sans excès mais aussi sans surprise, un décor esthétisant avec le moderne du vert éclatant d’un parc artificiel couplé à l’ancien mobilier et ses accessoires. L’équilibre juste et maîtrisé entre l’appropriation et le respect.

Le même équilibre se retrouve dans les scènes attendues. Benoît Lambert s’amuse et prend un plaisir certain à la mise en scène des passages de badinage amoureux où les nobles rivalisent de bons mots quand leurs suivants en viennent presque aussitôt à des cajoleries plus équivoques. Si la réserve des uns répond à la brusquerie précipitée des autres, la sincérité des sentiments semble également répartie. Une conclusion plutôt drôle s’en dégage : les jeux d’approche des amoureux-ses sont finalement terriblement convenus et conventionnels.

Nul hasard réel donc dans les rouages de Marivaux. Mais ce qui frappe aux yeux pendant le spectacle, c’est cependant une actualité évidente de ce texte. Et Marivaux a raison, car les études démontrent aujourd’hui encore que l’on tombe généralement amoureux de qui nous ressemble, que ce soit en termes de milieu géographique, social, professionnel. Dans nos vies aussi, le hasard n’est peut-être pas si grand qu’on croit.

Au chevet des émois

Ce que Le Jeu de l’amour et du hasard saisit avec justesse, et que la mise en scène de Benoît Lambert vient sublimer, c’est l’incroyable énergie des premiers émois amoureux. Ces personnages sont tous tiraillés de doutes : celui de plaire, celui de se fourvoyer, celui de pouvoir garder l’autre, celui d’oser se découvrir. Nul meilleur œil pour mettre en avant le ridicule dans lequel l’amour naissant plonge les jeunes gens que ces deux observateurs hommes. Et Robert Angebaud et Étienne Grebot excellent à incarner ce regard moqueur et attendri sur ces quatre jeunes gens qui ne s’appartiennent plus et qui ne comprennent ni ne maîtrisent le trouble qui s’empare d’eux. Le pari de la jeunesse est osé, et il rend vibrante l’énergie de la découverte d’un amour partagé qui ne demande qu’à s’épanouir. Benoît Lambert nous ramène tous aux adolescents, aux jeunes gens que nous avons été et qui avons vibré comme Lisette, Silvia, Dorante ou Arlequin.

Si le jeu de l’amour n’a de de dupes que ses auteurs, le spectacle parvient à nous duper aussi. Et c’est lorsque l’on entend les lycéens présents dans la salle remercier chaleureusement leur professeure en affirmant que c’était là la meilleure pièce qu’ils ont vue et qu’ils ont adoré, que l’on se dit que la force des classiques se vérifie bien là : dans la capacité qu’ils ont encore à vibrer en nous et à faire résonner l’imbroglio de sentiments que nous renfermons.

Merci à Benoît Lambert, merci à toute la troupe, de nous ramener aux amoureux-ses que nous avons tous été et que nous voudrions encore être !

En savoir plus :

  • Le Jeu de l’amour et du hasard se joue au Théâtre Dijon Bourgogne (France) du 3 au 20 octobre 2017 à la salle Jacques Fornier. Informations sur le site du Théâtre Dijon Bourgogne
  • Tournée à venir pour la saison 2018-2019
  • Durée du spectacle : 1h45
Morgane P.

Morgane P.

Rédactrice chez Bulles de Culture
Rédactrice

Littéraire dans l’âme, cœur tendre, j’aime que l’on me raconte des histoires, que l’on m’emmène à la rencontre de personnages qui me fassent vibrer, qui m’emportent, qui me touchent, et vivre à travers eux de belles et incroyables aventures.

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Morgane P.

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