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© Remy Grandroques

[CRITIQUE & INTERVIEW] “Un ciel radieux” (2017) de Nicolas Boukhrief

ARTE diffuse ce vendredi 6 octobre 2017 le téléfilm Un ciel radieux de Nicolas Boukhrief. Découvrez notre avis sur cette adaptation du manga éponyme de l’immense et regretté auteur japonais Jirô Taniguchi ainsi que notre interview de l’équipe du film au Festival de la Fiction TV de la Rochelle 2017.

Synopsis :

Vincent (Dimitri Storoge), marié et père d’une petite fille, vit dans le nord de la France. Son entreprise cherchant à licencier, il ne compte plus ses heures pour échapper au chômage. Un soir, ivre de fatigue au volant de sa voiture, il percute un jeune motard, Léo (Léo Legrand). À sa sortie du coma, Vincent se rend compte qu’un transfert a eu lieu : il habite le corps du jeune motard, alors que son enveloppe physique est déclarée morte.

Un ciel radieux : Un manga adapté en film

Un ciel radieux est probablement la dernière adaptation adoubée par le regretté et génial mangaka Jirô Taniguchi. En effet, l’auteur d’Au temps de Botchan (1987-1996), Le Journal de mon père (1994), Quartier lointain (1998) et Un ciel radieux (2004) a disparu le 11 février 2017 à l’âge de 69 ans. Mais qu’est-ce qui a donné envie à un  réalisateur comme Nicolas Boukhrief, plutôt connu pour des polars tels que Le Convoyeur (2003) ou Made in France (2015), de réaliser en prise de vues réelles dans la région Hauts-de-France l’adaptation d’un roman graphique japonais ? “Je ne connaissais pas du tout l’œuvre de Jirô Taniguchi, nous a-t-il expliqué, mais en lisant le manga, j’ai été très ému par cette histoire et accepté d’en faire une adaptation à condition d’avoir l’accord de l’auteur. Donc on a écrit une note d’intention avec la scénariste Frédérique Moreau et on l’a envoyé à Jirô Taniguchi. Il a beaucoup apprécié l’axe sur lequel on voulait prendre cette histoire”.

La ligne claire de Hergé comme équivalent au trait de Jirô Taniguchi

S’est alors posé la question de l’adaptation d’un auteur et d’une œuvre imprégnée de culture et de tradition japonaises ? Pour le réalisateur Nicolas Boukhrief, il s’est agit de retrouver “la stylisation qu’il y a dans le trait de Jirô Taniguchi. Ce qui lui convenait parfaitement car il se considère plus comme un réalisateur de films de genre plutôt qu’un réalisateur de films plus réalistes comme peut les faire le cinéaste Bruno Dumont, par exemple. Alors, il a pensé à la ligne claire de Hergé comme équivalent au trait de Jirô Taniguchi “parce que cela me paraissait la traduction logique (…) en Europe. Hergé étant fasciné lui-même par les estampes, il y avait un aller-retour qui me paraissait juste. Et là où j’ai été conforté dans mon choix, c’est que lorsqu’on a proposé cela à Jirô Taniguchi, il nous a dit qu’on ne pouvait pas tomber plus juste parce que c’est la lecture des albums de Tintin qui lui a donné envie de faire son métier“.

Et ce choix s’est bien évidemment retrouvé sur le choix du casting car “la ligne claire, c’est styliser les caractères, les costumes… C’est pour cela que j’ai rajeuni le rôle du cadre qui est plus âgé dans le manga. Car cela faisait quelqu’un d’un peu plus lourd, d’un peu plus gras, fatigué. On tombait dans quelque chose de réaliste qui n’était pas intéressant. Il fallait rester dans une notion aérienne”. D’où ce choix d’acteurs “aériens” tels que Léo Legrand (Jacquou le croquant, Disparue), Dimitri Storoge (Un illustre inconnu, No Limit), Armande Boulanger (La pièce manquante, Les Revenants) et Marie Kremer (Profilage, Un village français). Et pour la petite histoire, le jeune Léo Legrand a même la particularité d’être dans les deux adaptations filmique des œuvres de Jirô Taniguchi en France car il a joué aussi dans le film Quartier Lointain (2010) de Sam Garbarski.

Un personnage créé à deux

Le téléfilm Un ciel radieux est l’histoire, entrecoupée de flashbacks, d’une âme — celle de Vincent —, qui va se glisser quelques jours dans le corps d’un autre — celui de Léo — pour pouvoir dire au revoir à sa famille avant de s’en aller pour toujours : “Personnellement, c’est ce que qui m’a bouleversé en lisant le manga, nous a expliqué le réalisateur Nicolas Boukhrief. C’est-à-dire cette idée extraordinaire : je meurs mais j’ai le temps de revenir dire au revoir. C’est quand même un des grands désespoirs de la vie : est-ce qu’on aura le temps de dire au revoir ? (…) Et l’autre thématique que je trouvais passionnante dans ce manga, c’est que ce miracle inexpliqué permet à deux êtres de s’améliorer. C’est ça qui est très beau dans cette histoire. Cela permet à un personnage de s’occuper de sa famille qu’il avait délaissé et à un jeune con de prendre un peu de maturité et de devenir quelqu’un de bien”. Ce sont donc deux êtres que tout oppose qui vont devoir apprendre à cohabiter rapidement car le jeune homme un peu perdu dont Vincent occupe le corps va peu à peu reprendre possession de celui-ci.

Ce sont donc deux rôles bien particuliers auxquels se sont attaqués les deux acteurs Léo Legrand et Dimitri Storoge. Pour le premier, il s’agissait du haut de ses 21 ans d’incarner deux personnages très différents dans un même film — un peu à l’image (toutes proportions gardées) de John Travolta et Nicolas Cage dans Volte/Face (1997) de John Woo — avec l’aide du second qui devait de son côté disparaître en lui : “En rigolant, on se dit que c’est un peu les Daft Punk de l’actorat, a plaisanté Dimitri Storoge, c’est-à-dire qu’on s’efface. On crée un personnage à deux et du coup, on met son égo d’acteur de côté, on n’a plus de corps, plus d’esprit, on se met juste dans le corps de l’autre. Et en plus, il y a une dimension sociale dans le film pour ce personnage. On parle du burn-out, de le pression au boulot. Il y a beaucoup de films faits là-dessus mais ce n’est pas toujours fait d’une manière poétique mais plus premier degré. Là, il y a un traitement par la forme et les chemins que ça emprunte qui amène une mélancolie, une tristesse et une douceur que je trouvais très belle”.

Et entre les deux, il y a aussi Sandrine, la femme de Vincent qui est interprétée par l’actrice Marie Kremer : “J’ai trouvé ce personnage très touchant et pas défini. A la fois douce, à la fois une mère et à la fois une amoureuse. (…) Je voulais que cette fille soit dans la vie pour sa fille et que la vie continue. Vincent revient lui dire au revoir donc il y a quelque chose qui lui permet d’accepter la mort. S’il ne revient pas, je ne suis pas sûr que cela se serait passé de cette manière-là. C’est une histoire d’au revoir et une vraie histoire d’amour”.

Une adaptation intéressante mais…

Avec Un ciel radieux, c’est donc posé pour l’auteur-réalisateur Nicolas Boukhrief la question de la traduction de la spiritualité japonaise dans une fiction française plus cartésienne et réaliste : Jirô Taniguchi était shintoïste, une branche du bouddhisme. Et pour les shintoïstes, les esprits sont partout. Le passage entre la vie à la mort est un passage de forme car ils vivent avec les fantômes, avec les esprits dans les pierres, les feuilles, partout. Donc c’est quelque chose qui est prégnant dans la culture japonaise. Donc là aussi, comment l’adapter de manière fine ? Par exemple, dans le manga, le fantôme est très omniprésent, ce qui dans le manga et la culture japonaise peut paraître tout à fait joli et poétique. Mais si on avait fait cela tel quel, on aurait fait une comédie. C’est pour cela qu’on a choisi de faire apparaître très peu le fantôme, de façon à garder son mystère”.

Qu’avons-nous donc pensé de cette adaptation dans un genre si peu exploité au cinéma et à la télévision en France — la chaîne ARTE a d’ailleurs diffusé il y a peu la mini-série fantastique Au-delà des murs et les créateurs Hervé Hadmar et Marc Herpoux avaient aussi souligné l’absence de ce genre en France — ? Le téléfilm Un ciel radieux de Nicolas Boukhrief est une adaptation intéressante du manga éponyme de Jirô Taniguchi avec de vrais partis comme celui d’axer l’histoire autour de la thématique de “l’épuisement au travail” (dixit Nicolas Boukhrief), du burn-out. Mais comme pour le film Quartier lointain, adapté du même auteur, le passage de la culture japonaise à celle occidentale fait perdre la force contemplative et naturelle de l’œuvre du mangaka. Les apparitions du fantôme ainsi que les plans sur le ciel dans le film n’ont pas la même portée mélancolique que dans la bande dessinée. De même, la scène finale d’adieu entre Marie et son mari Vincent fonctionne beaucoup moins dans le film et arrive même un peu trop vite. Reste cependant le plaisir avec ce téléfilm Un ciel radieux de s’immiscer une nouvelle fois dans l’œuvre d’un auteur japonais de mangas qui va énormément nous manquer.

Propos recueillis au Festival de la Fiction TV de la Rochelle 2017 le jeudi 14 septembre.

En savoir plus :

  • Un ciel radieux est diffusé sur ARTE le vendredi 6 octobre 2017 à 20h55 et disponible sur ARTE+7
  • Un ciel radieux a reçu le Prix ADAMI du jeune espoir masculin pour Léo Legrand et le Prix de la meilleure musique pour Rob au Festival de la Fiction TV de La Rochelle 2017
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Jean-Christophe Nurbel

Rédacteur en Chef / Editor in Chief chez Bulles de Culture
Accro aux films, aux pièces de théâtre, aux séries et à la culture en général, j'aime les œuvres qui me surprennent.

Top 3 Cinéma : "À bout de souffle" (1960), "Blade Runner" (1982), "Casablanca" (1942)
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