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King Kong Théorie Emilie Charriot image
© Philippe Weissbrodt

[CRITIQUE] “King Kong Théorie” par Émilie Charriot : Un manifeste porté sur scène

La Cie Émilie Charriot propose une très sobre mise en scène de King Kong Théorie, le brillant manifeste féministe de Virginie Despentes. Un spectacle idoine, vu à la Maison des métallos à Paris, pour qui préfère les planches au Livre de Poche.

Synopsis :

En racontant pour la première fois comment elle est devenue Virginie Despentes, l’auteure de Baise-moi et Vernon Subutex livre un regard nouveau sur le viol, la prostitution, la pornographie, la féminité… dans un manifeste pour un nouveau féminisme.

King Kong Théorie par Émilie Charriot  :
Scène nue, femmes debout parlant droit

Scène nue, femmes debout, parlant droit, disant ce qu’elles ont a dire, et on s’en va. Face au défi de la mise en espace de l’essai King Kong Théorie, la metteuse en scène franco-suisse Émilie Charriot privilégie le texte et sa force intrinsèque. Un prélude dansé, une chanson à la fin. Et au milieu ? Le texte. La démarche est appropriée tant le message est auto-suffisant. Dans King Kong Théorie, Virginie Despentes donne sa conception de la liberté et du “No bullshit”. Le “No bullshit” est un adage du mouvement punk, dont Virginie Despentes a longtemps fait partie. Il consiste à rester fidèle à ce que l’on pense sincèrement, et lorsque l’on pense quelque chose, à le dire (cf. ci-dessous son interview dans le 16ème numéro de Drôle d’endroit pour une rencontre, présenté par Ali Baddou sur France 3).

King Kong Théorie est donc un texte éclairé, courageux et loin des sentiers battus qui dénoue les chaînes des femmes autant que celles des hommes, et constitue une excellente base de compréhension du féminisme. Après un prologue personnel de la danseuse et comédienne Géraldine Chollet, pas inintéressant mais manquant quelque peu de poids, son acolyte Julia Parazzini la remplace sur scène pour dire des extraits du texte. Elle quitte ensuite le plateau pour continuer en coulisses avec un micro pendant que Géraldine Chollet effectue devant nous des mouvements de danse quasi-imperceptibles de lenteur. Comme une introspection que la danseuse, seule sur une scène nue, offre au spectateur. Le spectacle se clôt par la puissance du Ain’t Got No, I Got Life de Nina Simone. C’est tout.

Comédiennes justes, voire un peu trop justes

Malheureusement, cette grande sobriété ne confère pas plus de force au texte de King Kong Théorie qu’il n’en a déjà, et on passe à côté du spectacle coup de poing probablement recherché. Ceci car les deux comédiennes, Géraldine Chollet et Julia Parazzini, certes justes, sont par contre peut-être un peu trop justes pour la taille du défi. Il aurait fallu deux femmes dont la présence irradie et qui dans la sobriété d’une diction simple, savent habiller les mots du poids du vécu. Il aurait fallu incarner sans rien faire la force de la démarche : venir, rester debout, dire, s’en aller. Et le texte de Virginie Despentes en serait très certainement devenu bouleversant.

Viol, prostitution
mais malheureusement pas de pornographie

En 1h30, le spectacle comporte la moitié ou deux tiers du texte King Kong Théorie, sous forme d’extraits dits dans un ordre qui donne du rythme au spectacle. Pour autant, dans une si courte durée certaines idées passent à la trappe, et en particulier le chapitre très important sur la pornographie. Le sujet est-il moins primordial ? Assurément pas : le porno occupe une place centrale dans le féminisme “pro-sexe” prôné par Virginie Despentes qui refuse de voir la prostitution et la pornographie en soi comme des violences faites aux femmes.

En définitive, ceux qui l’ont découverte avec le génial Vernon Subutex découvriront avec bonheur ici la Virginie Despentes militante. Ils pourront par ailleurs rattraper le chapitre pornographie grâce à son documentaire Mutantes sur la post-pornographie et le féminisme pro-sexe. Et s’ils ont envie d’en savoir plus, il sera toujours temps de prendre deux heures pour dévorer les 150 pages de King King Théorie, dont 5 de bibliographie pour ceux et celles que ça aurait vraiment interpellé.

En savoir plus :

  • King Kong Théorie, mise en scène Émilie Charriot, à la à Paris (France) du 19 septembre 2017 au 24 septembre 2017, puis en tournée à l’Espace Malraux à Chambéry (France) les 10 et 11 octobre 2017, à L’Étincelle à Rouen (France) les 13 et 14 octobre 2017, au Teatrdiscounter à Berlin (Allemagne) du 17 novembre 2017 au 19 novembre 2017, au TU de Nantes (France) les 11 et 12 décembre 2017, au Vivat à Armentières (France) le 10 avril 2018, et au Dôme à Albertville (France) les 29 et 30 mars 2018
  • King Kong Théorie de Virginie Despentes sera également présenté dans une mise en scène de Vanessa Larre au Théâtre Dejazet à Paris (France) du 24 mai 2018 au 7 juillet 2018
  • King Kong Théorie de Virginie Despentes est édité chez Livre de Poche (145 pages)
Marie Deconinck

Marie Deconinck

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
Comédienne franco-québécoise, scénariste à mes heures et surtout obsédée de cinéma, j'aime les oeuvres flamboyantes et hypersensibles (Terrence Malick, Leos Carax, Charlie Kaufman, Xavier Dolan, David Lynch, Les frères Coen, Coppola...).

Top 5 Cinéma : "Nos meilleures années" (2003),"The Tree of Life" (2011), "Fargo" (1996), "Apocalypse Now" (1979), "Les enfants du paradis" (1945), "Eternal Sunshine of the Spotless Mind" (2004)
Marie Deconinck

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