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[CRITIQUE] “L’Ornithologue” (2017) : Paul Hamy à l’état sauvage

Le réalisateur portugais Joao Pedro Rodrigues crée avec L’Ornithologue (2016) une sorte de film-miroir autour du personnage biblique de Saint Antoine. L’Ornithologue est à mi-chemin entre le documentaire (animalier) et la biographie détournée. En vidéo depuis le 23 mai 2017. Notre avis et critique du film. 

Synopsis :

Fernando (Paul Hamy), un ornithologue, descend une rivière en kayak dans l’espoir d’apercevoir des spécimens rares de cigognes noires. Absorbé par la majesté du paysage, il se laisse surprendre par les rapides et échoue plus bas, inconscient, flottant dans son propre sang.

 

João Pedro Rodrigues a été récompensé en tant que Meilleur Réalisateur au Festival du Film de Locarno en 2016.

La proximité du monde vivant

 

João Pedro Rodrigues s’intéresse depuis toujours aux oiseaux et le fait savoir en filmant l’envolée d’une cigogne ou d’un aigle à travers les jumelles de son personnage ornithologue Fernando. Celui-ci est interprété par Paul Hamy, jeune acteur qui monte depuis Suzanne (Katell Quillévéré, 2013) et Maryland (Alice Winocour, 2015).

Contemplative, l’image du réalisateur capte également les silences, le non-verbal (les vignettes des jumelles rappelant le cinéma muet), les déplacements furtifs des animaux, leurs rituels de vie et de mort. On attend patiemment que surgisse une bête derrière un arbre ou un rocher, qu’elle nous surprenne et nous enchante de toute sa majesté.

À travers les jumelles, c’est en fait l’intimité de l’homme qui les porte qui va nous être dévoilée : ce qu’il perçoit du monde, au plus près et au plus loin, au plus profond de ses rétines. Complices, on l’entendrait presque respirer.

João Pedro Rodrigues a choisi les cadres naturels de la forêt et de la rivière pour raconter -par bribes, parfois promptes à nous décontenancer- la légende de Saint Antoine, son naufrage et son périple jusqu’en Italie, ainsi que les événements surnaturels auxquels il est associé.

« La forêt, tel un inconscient collectif, est cet ailleurs imaginaire qui brasse catholicisme, superstitions et traditions… C’est d’ailleurs un des traits marquants du culte antonien que de mélanger de façon harmonieuse les versants religieux et païens au point qu’il est difficile de distinguer ce qui subsiste de chacun. »

 

Un pèlerinage démystifiant

 

 

Dans un récit civilisationnel brassant diverses représentations exaltées et mystiques (l’apparition d’un berger sourd muet, Jésus réincarné en Tomé, le baiser qui ressuscite, etc.), Fernando/Antoine croise aussi sur son chemin des personnages ancrés dans une réalité contemporaine : des pèlerines chinoises en route pour Saint Jacques de Compostelle, égarées dans la forêt, se transforment en pécheresses sadiques. Fernando se réveille quasi nu, désirant et ligoté, dans une scénographie plus proche du bondage que de celle d’un martyr.

 

« En tant que portugais, Saint Antoine est une figure avec laquelle on cohabite, on négocie, envers laquelle on a parfois une sympathie, une aversion, pourquoi pas une curiosité. J’ai donc eu envie de voir comment ce Saint Antoine vivait en moi. »

 

L'ornithologue film réalisateur photo
© Epicentre Films

 

En extrayant des moments marquants de la vie de Saint Antoine, João Pedro Rodrigues décompose son culte et sa fascination pour ce dernier ; à l’instar du franciscain, João Pedro Rodrigues épure son histoire pour mieux se la réapproprier. La terre, la roche, le ciel, les oiseaux, le chemin de croix, la direction à prendre, le guide… en sont des signes.

Au fur et à mesure que Fernando s’enfonce dans la forêt, il plonge aussi dans l’étrange, découvrant que de mystérieux rituels y ont lieu. Ses affaires volées, son identité l’est aussi, prête à muer. Des forces obscures agissent silencieusement dans cette forêt, matérialisées par la rencontre avec une secte païenne puis, plus tard, avec une amazone élancée. Explorant la douleur et l’érotisme des chairs, Fernando/Antoine met à l’épreuve sa foi, tel un premier chrétien parmi les Romains.

 

« Pourquoi ne pas plonger dans l’aventure des sens ? »

« Le film est une réappropriation transgressive et volontiers blasphématoire de la vie du Saint » João Pedro Rodrigues

 

Dans ce portrait très incertain et donc personnel du Saint le plus célèbre du Portugal, L’Ornithologue nous immerge dans les méandres de la pensée du cinéaste : les références bibliques y sont digérées, revisitées. L’auteur fouille, déambule dans ses propres souvenirs jusqu’à endosser lui-même le rôle de Thomas à l’écran, celui qui plonge le doigt dans la plaie de Jésus pour chercher la « preuve ». Saint Antoine achève alors son périple à Padoue : « Tu as fini par trouver ton chemin».

 

 

Les acteurs-éphèbes, corps nus exposés au bord de la rivière, rappellent ceux de L’Inconnu du lac (Alain Guiraudie, 2012), amours homosexuelles dont la beauté passagère et éblouissante aura marqué les esprits.

«…Qui s’approche de Lui sentira sa chaleur et son cœur sera élevé très haut » Saint Antoine de Lisbonne

En savoir plus :

  • Disponible en DVD/Blu-ray chez Epicentre à partir du 23/05/2017
Gwenaëlle L.P.

Gwenaëlle L.P.

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
J'aime tous les cinémas, pourvu qu'ils me transportent et me fassent réfléchir.

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Gwenaëlle L.P.

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