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La vie bien qu'elle soit courte La Compagnie C'est pas du Jeu affiche avignon le off 2017

[CRITIQUE] “La vie bien qu’elle soit courte” par Sophie Accard : Un conte absurde et jouissif

Un univers kafkaïen dans un immeuble étrange, c’est à un spectacle plaisant que vous invite La vie bien qu’elle soit courte, présentée au festival Avignon le Off 2017 par la metteuse en scène Sophie Accard et La Compagnie C’est pas du Jeu.

Synopsis :

Un matin, l’architecte Stilianov (Léonard Prain) décide ne plus servir les intérêts des compagnies immobilières qui construisent des immeubles d’habitation exécrables. À la réunion où il doit se rendre, il dira non. Oui, mais voilà que notre architecte perd le bouton de son pantalon juste avant d’arriver à ladite réunion. Le voilà contraint de demander de l’aide dans un immeuble pour pouvoir se montrer honorablement à la réunion où il accomplira son devoir.

La vie bien qu’elle soit courte :
Une forme de conte initiatique

 

C’est par une narration à double voix (celle de Sophie Accard et celle de Tchavdar Pentchev) que s’ouvre La vie bien qu’elle soit courte. Qui sont ces deux narrateurs ? Le personnage de Stilianov leur pose la question à plusieurs reprises sans pourtant qu’ils ne lui apportent de réponse. Toujours est-il que cette narration tout en décalage, en ironie, en légèreté, est un plaisir pour le spectateur.

L’histoire de La vie bien qu’elle soit courte suit au départ le schéma d’un conte initiatique « classique » : le héros décide de changer de vie et de devenir honorable mais un élément s’y oppose et il faut toute une série de péripéties pour éprouver sa décision initiale. Le burlesque du spectacle surgit du ridicule de l’obstacle rencontré : un bouton de pantalon perdu. Il se nourrit encore d’une galerie de personnages tous plus étranges les uns que les autres, pris en charge alternativement par Sophie Accard et Tchavdar Pentchev.

Un théâtre absurde et militant

 

La pièce La vie bien qu’elle soit courte du Bulgare Stanislas Stratiev fait songer immédiatement à Franz Kafka. Notre architecte qui est contraint de sonner à toutes les portes d’un immeuble où il rencontre des êtres rongés par la méfiance et le scepticisme puis qui parlementent vainement dans un atelier de retouches où on refuse de lui fournir un bouton et de le lui recoudre, donne l’impression de retrouver une sorte de Joseph K., le héros du roman Le Procès.

On sent toutefois, et la mise en scène de Sophie Accard l’exploite avec brio, l’influence du théâtre de l’absurde dans l’écriture de la pièce. Des dialogues qui tournent en rond, des personnages définis par un trait de caractère poussé à son paroxysme. Le comique de situation doublé de celui des caractères n’en finit pas de jouer avec le burlesque et l’ironie.

Cet humour n’est en outre pas gratuit. Comme avait pu le faire Franz Kafka, Stanislas Stratiev dénonce une société qui semble totalitaire, oppressante. Les règles ont remplacé le rapport humain, la rencontre de l’autre. Les dérives de la société ont conduit à une méfiance généralisée. Et l’intellectuel un peu suffisant se retrouve heurté par un monde qu’il n’a pas voulu voir changer et qu’il ne comprend plus. La satire est aussi grinçante que bien menée.

La vie bien qu’elle soit courte semble dire l’impossible réconciliation des sphères opposées, l’invincible poids de la société qui brise les rêves, la résistance hostile à toute forme de changement ou de révolte. Servie par une mise en scène lumineuse et par un trio de comédiens absolument brillant, La vie bien qu’elle soit courte vous invite à un rire teinté de sérieux, à un conte léger et grave, à un spectacle plaisant et riche.

 

En savoir plus :

  • La vie bien qu’elle soit courte est présentée au festival Avignon le Off 2017, au Théâtre Buffon, du 7 au 30 juillet à 14h55 (relâches les 10, 17 et 24 juillet). Séances supplémentaires les 11, 18 et 25 juillet à 16h35
  • La musique du spectacle a été composée par l’auteur, compositeur et chanteur français Cascadeur
  • Durée du spectacle : 1h15
  • Le site officiel de La Compagnie C’est pas du Jeu
Morgane P.

Morgane P.

Rédactrice chez Bulles de Culture
Rédactrice

Littéraire dans l’âme, cœur tendre, j’aime que l’on me raconte des histoires, que l’on m’emmène à la rencontre de personnages qui me fassent vibrer, qui m’emportent, qui me touchent, et vivre à travers eux de belles et incroyables aventures.

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Morgane P.

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