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Paul est là image Valentina Maurel
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[Interview] Valentina Maurel (« Paul est là »)

Valentina Maurel a gagné le 1er Prix de la Cinéfondation au Festival de Cannes 2017 pour son court-métrage Paul est là. Bulles de Culture a eu du flair : nous l’avons rencontrée quelques jours avant l’annonce des résultats. La relève est là!

Synopsis :

Paul (Bart Cambier) est là. Comme un retour en arrière, comme un fantôme qui sonne à la porte. Jeanne (Sarah Lefèvre) doit l’héberger, le laisser s’installer quelques jours. Il est là, mais ni Jeanne ni lui ne savent très bien pourquoi.

Pour rappel, la Cinéfondation est une compétition internationale du Festival de Cannes qui réunit chaque année une petite quinzaine de courts-métrages de fin d’études d’étudiants en cinéma.

Interview de Valentina Maurel,
réalisatrice de Paul est là

 

Paul est là affiche
© D.R.

Bulles de Culture : Comment le film a-t-il été reçu lors de sa projection à la Cinéfondation ? 

Valentina Maurel : Je suis contente de la projection et j’ai eu des bons retours. En sentant la salle, j’ai eu l’impression que les gens avaient réagi.

Bulles de Culture : C’est incroyable d’avoir son film de fin d’étude sélectionné à Cannes !

Valentina Maurel : Oui, c’est assez incroyable. Je n’y croyais pas du tout quand je l’ai inscrit. Je l’inscrivais un peu aussi parce que c’était une des inscriptions gratuites possibles à un bon festival. Je n’ai pas eu beaucoup d’argent pour mes inscriptions. Et évidemment, je n’y croyais tellement pas que quand la sélection m’est tombée dessus, j’étais en train de prendre l’avion pour deux mois au Costa Rica. J’ai donc dû organiser ma venue à Cannes in extremis. Donc là c’est un peu rock’n’roll !

Bulles de Culture : Quel est ton parcours jusqu’à ce film ?

Valentina Maurel : Je suis franco-costaricienne et j’ai grandi au Costa Rica. Je suis venue en Europe en 2008. Je suis arrivée en France pour faire des études de cinéma, mais je ne m’attendais pas à ce que l’université soit aussi théorique. J’avais peur des concours donc je suis allée en Belgique faire l’INRACI [NDLR : L’INRACI (Institut national de radioélectricité et cinématographie) est une école secondaire de photographie, informatique, électronique et infographie située à Bruxelles], une école assez orientée sur la technique et où il n’y avait pas de concours. Et là, je me suis retrouvée à organiser les projets qu’on avait à faire comme exercice. Je me suis donc dit qu’il fallait peut-être que je fasse de la réalisation et j’ai fait ce master à l’INSAS [NDLR : L’INSAS (Institut National Supérieur des Arts du Spectacle et des Techniques de Diffusion) est une école publique belge d’audiovisuel et théâtre située à Bruxelles].

Je n’avais pas forcément une vocation de réalisateur dès le départ. J’aimais le cinéma mais je ne savais pas ce que je voulais faire.

« C’est un film sur le pardon et sur le fait d’accepter la réalité »

 

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© D.R.

 

Bulles de Culture : Comment as-tu décidé de te lancer dans le court-métrage Paul est là ?

Valentina Maurel : Je viens d’une famille un peu spéciale et donc les sujets de famille m’intéressent. Ce qui concerne la découverte de soi-même en essayant de se débarrasser de la mythologie familiale, essayer de découvrir qui on est au-delà de la détermination d’une histoire familiale. Je voulais désacraliser les rôles de certains membres de la famille qui sont donnés pour acquis mais qui en fait sont abstraits et peuvent être instables.

Bulles de Culture : À propos de mythologie, le film parle de la signification originelle du prénom Jeanne, celui du personnage principal : « Dieu pardonne ». Et elle répond : « Dieu est un idiot ». Est-ce que Paul est là est un film sur le pardon ?

Valentina Maurel : Oui, un peu en fait. C’est un film sur le pardon et sur le fait d’accepter la réalité. À partir du moment où on n’est plus en conflit avec ce qu’est la réalité par rapport à l’idéal, quand on l’accepte telle qu’elle est, dans sa complexité, sa singularité, on se libère de quelque chose.

Sans forcément pardonner, parce que ce qu’a fait le personnage dont il s’agit dans le film est un peu impardonnable. Ce qui est intéressant avec la vie, c’est que c’est plus compliqué.

« Je découvre mon style après coup, je ne réfléchis pas tant que ça »

 

Bulles de Culture : As-tu des influence importantes dans ton travail ?

Valentina Maurel : J’aimerais dire que non mais forcément oui, il y en a inconsciemment. Les gens me parlent d’Aki Kaurismäki. Il y a des réalisateurs que j’aime beaucoup, comme une réalisatrice argentine qui s’appelle Lucrecia Martel, mais ça ne se voit pas du tout dans ce que je fais ! Dans le cinéma que je fais, je découvre mon style après coup, je ne réfléchis pas tant que ça.

Bulles de Culture : Pourtant dans Paul est là, il y a un univers assez fort…

Valentina Maurel : Oui il y a un univers fort. C’est bizarre parce que j’avais déjà fait un film un peu comme ça avant, et je m’étais dit que j’allais faire quelque chose de différent ! C’est sorti comme ça malgré tout. Comme quand on écoute un enregistrement de sa propre voix, on est toujours étonné de comment ça sonne. Avec ce film, je savais où j’allais mais c’est surprenant parfois de voir comme petit à petit, les costumes, le rythme, se combinent de façon a donner une certaine esthétique, et je ne sais pas si je l’avais tellement prévu à l’avance.

« Le jeu est peut-être parfois plus rythmique ou physique que psychologique »

 

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Bulles de Culture : Tu fais le choix de ne presque rien dire du reste de la vie de Jeanne. Ce que l’on sait est très creux : elle est surveillante dans un musée, elle va laver son linge au Lavomatic… Pourquoi ce choix ?

Valentina Maurel : Je voulais un personnage qui soit là par sa présence physique : on sait qu’elle est mal dans son corps, qu’elle a l’impression de sentir mauvais, de ne pas mériter l’amour de quelqu’un parce qu’elle se sent moche. Tout le reste, ce sont des données qui ne sont pas nécessaires. Même dans le travail avec les acteurs, je voulais juste leur donner ce qu’il y avait dans le scénario et pas plus. Ça suffit parfois pour rendre un personnage vivant.

On a d’ailleurs travaillé le jeu un peu comme avec une sculpture, qu’on sculpte petit à petit, scène par scène, parfois geste par geste, dans le détail. Sans tellement parler des personnages globalement. Et en tant que réalisatrice, je me suis parfois investie physiquement dans les scènes, essayant moi-même de comprendre le rythme que je voulais, comme si j’essayais de jouer aussi, plus que d’être en retrait en train de donner des directives à distance. Le jeu est peut-être parfois plus rythmique ou physique que psychologique. J’avais besoin de comprendre physiquement le rythme que je voulais aussi pour pouvoir travailler avec les comédiens.

« J’aimerais faire des films destinés à une autre jeune fille de 16 ans qui se sentirait moins seule en les voyant »

 

Bulles de Culture : Qu’as-tu envie de dire sur le monde avec ton cinéma ? 

Valentina Maurel : J’ai voulu faire du cinéma quand j’étais ado, en voyant certains films qui parlaient de choses qui m’étaient tellement intimes, cachées, enfouies, que ça m’a libérée. Ça m’a apporté un certain bonheur. J’aimerais bien faire des films destinés à une autre jeune fille de 16 ans, qui se sentirait moins seule en les voyant.

Peut-être que c’est ça mon cinéma : un cinéma plutôt intime, avec un regard féminin. Ça peut sembler banal, mais très personnellement c’est ça qui me pousse à faire des films.

Bulles de Culture : Qu’est-ce qu’un regard féminin ?

Valentina Maurel : Par exemple dans un film de Lucrecia Martel, il y a une jeune fille qui découvre sa sexualité en voulant sauver l’âme d’un homme plus âgé qui a essayé de la toucher. Elle va à des cours de catéchisme et on lui dit qu’elle doit attendre un signe du Seigneur pour trouver sa mission sur Terre. La jeune fille décide donc qu’elle veut sauver cet homme. Elle est en plein éveil sexuel et elle le suit.

Avoir un personnage principal féminin qui a le pouvoir de décision et qui explore sa sexualité comme quelque chose de central dans un film, c’est ça un regard féminin. C’est le Lolita inversé : ce n’est pas un homme qui est troublé par la sensualité d’une jeune fille mais une jeune fille qui est troublée par sa propre sensualité.

« Cette sélection à la Cinéfondation me dit que malgré le fait que je ne sois pas sûre de moi, il y a des gens qui sont prêts à miser sur ce que je fais »

 

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Bulles de Culture : Après cette étape décisive du Festival de Cannes, qu’est-ce que tu souhaiterais pour la suite ?

Valentina Maurel : Je voudrais pouvoir faire d’autres films, tout simplement. Quand on sort d’une école de cinéma, on n’est pas sûr de soi, on a l’impression qu’on va très difficilement pouvoir aller toquer à des portes. Et là, le Festival de Cannes, ça va me permettre de le faire.

Le fait d’être ici me donne aussi l’occasion de rencontrer d’autres réalisateurs dans ma situation : qui ne sont pas sûrs d’eux-même, qui sont jeunes, de comprendre un peu plus comment fonctionne le marché du cinéma… Une étiquette comme Cannes peut aider beaucoup.

Bulles de Culture : Le fait d’avoir fait Paul est là et sa sélection, ça te donne plus de confiance en toi en tant que réalisatrice ?

Valentina Maurel : Cette sélection me dit que malgré le fait que je ne suis pas sûre de moi, il y a des gens qui sont prêts à miser sur ce que je fais. Donc il faut que je lutte contre moi-même et que j’arrête de me cacher. Que je sois sûre de ce que je fais ou pas. Au bout d’un moment ce n’est plus ça qui est important.

J’étais à la masterclass de Cristian Mungiu à Cannes aujourd’hui. Un réalisateur comme lui à ce stade-là aura plus tendance à parler de choses très concrètes : comment il fait ses films, comment il travaille avec les acteurs, comment il écrit. Il aborde le cinéma comme quelque chose d’un peu artisanal. Et ça, c’est très agréable quand on sort d’une école de cinéma : de se dire qu’on peut faire des films de façon un peu instinctive et trouver sa voie. Sans être un énorme intellectuel, cinéphile ou théoricien.

Propos recueillis au Festival de Cannes 2017 le 24 mai.

 

En savoir plus :

  • Paul est là a reçu le 1er Prix à la Cinéfondation du Festival de Cannes 2017

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