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Patric Chiha réalisateur brothers of the night
© Vincent Courtois

[INTERVIEW] Patric Chiha, réalisateur de « Brothers of the Night »

C’est à l’occasion de la sortie en vidéo du film Brothers of the Night que son réalisateur, Patric Chiha, nous a accordé un entretien. Le cinéaste est revenu sur ses inspirations, ses envies de raconter une histoire et ses futures projets. Notre rencontre. 

Synopsis :

De frêles garçons le jour, des rois la nuit. Ils sont jeunes, roms et bulgares. Ils sont venus à Vienne en quête de liberté et d’argent facile. Ils vendent leurs corps comme si c’était tout ce qu’ils avaient. Seul les console, et parfois les réchauffe, le sentiment si rassurant d’appartenir à un groupe. Mais les nuits sont longues et imprévisibles.

Interview Patric Chiha,
réalisateur de Brothers of the Night

 

Brothers of the Night film patric chiha
© Epicentre Films

Brothers of the Night est un docufiction. Le projet est issu d’une rencontre fortuite entre Patric Chiha et ces jeunes gens. Il raconte la genèse du projet :

J’ai rencontré les garçons par hasard dans un bar à Vienne. J’étais à Vienne pour faire des repérages pour mon prochain film. Une nuit, j’ai découvert le bar où ils travaillent, un lieu étrange emprunt d’une ambiance des années 70, comme tiré du film Querelle de Fassbinder. Les gens que j’avais devant moi me faisaient également penser aux héros de Fassbinder, ils me fascinaient.

 

L’idée de Brothers of the Night, ainsi que l’esthétique, se sont donc imposés dans l’esprit du réalisateur. Très vite, celui-ci sait que ce ne sera pas un film sur eux, mais avec eux. Patric Chiha raconte qu’il avait promis aux garçons « de faire un vrai film » et non un simple documentaire sur leurs vies. Néanmoins, le réalisateur voulait absolument montrer leur monde :

Je ne comprenais par leur monde. Il est profondément mystérieux. Je voulais passer du temps avec eux pour apprendre à les connaitre. Au fil du temps, j’ai eu énormément d’affection pour eux.

Comme un stage d’improvisation

 

Patric Chiha décide donc de construire Brothers of the Night avec eux :

C’était comme dans un stage d’improvisation. Nous étions une petite équipe de tournage. Comme les garçons n’ont pas de lieu à eux, outre le vrai bar où ils travaillent, nous avons loué des endroits pour pouvoir tourner. Ces lieux devenaient nos petits plateaux de cinéma.

On les invitait à venir. À un moment donné, on allumait la caméra et ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient. J’ai trouvé fascinant le rapport qu’ils pouvaient avoir avec cette caméra. Ils l’aimaient véritablement. Je ne les aies jamais dirigés. Ils improvisaient à partir de leur vécu, de leur problème du jour ou inventaient des situations plus fictionnelles. À d’autres moments, ils avaient plus besoin de se confier. Rien n’était jamais prévu, organisé. C’était très intuitif.

 

Cette technique inédite aboutit à un film majoritairement tourné avec des plans séquences montrant la dureté de ces jeunes personnes. Dans une extrême pauvreté, ils ne perdent aucunement leur dignité et sont même fiers de raconter combien ils font payer à leurs clients. L’un confie même une technique imparable pour gagner plus d’argent : demander au fur et à mesure de la soirée un paiement supplémentaire pour chaque acte effectué.

« Mon rapport aux acteurs a changé »

 

Brothers of the Night est un film sur la misère sociale. Pour autant, Patric Chiha ne décide à aucun moment de le faire tomber dans le sordide. Aucune scène de sexe n’est présente. A l’inverse, on voit beaucoup ces jeunes s’amuser en jouant au billard ou en dansant sur la piste de danse ou à se raconter des histoires.

Le film n’est donc pas un film pour dénoncer la situation dramatique de ces jeunes gens. Patric Chiha l’explique :

Je n’ai jamais fait de film pour dénoncer quelque chose. Si j’ai quelque à dire, je préfère le dire. Je n’ai alors pas besoin de faire de film. Dans Brothers of the Night, j’ai découvert un monde mystérieux, fort, violent… un monde que j’avais envi d’explorer et de m’y perdre.

Cependant, Patric Chiha avoue que cette expérience a fait évoluer sa façon de voir les acteurs au cinéma :

Mon rapport aux acteurs a évolué avec Brothers of the Night. J’ai compris une chose, certes évidente, mais que j’ai mis du temps à réellement comprendre, les acteurs sont le centre du film. Un film est excitant quand les acteurs (ou les personnes filmées) dépassent les intentions du réalisateur, les font exploser… amènent le film ailleurs. Mettre en scène, c’est mettre en lumière des gens et espérer qu’ils nous conduisent dans des endroits que nous ne connaissons pas.

Le réalisateur écrit en ce moment son prochain film, La Bête dans la junglelibrement adapté de la nouvelle de Henry James. Il souhaite transposer cette histoire d’amour tragique qui date du début du 20ème siècle à notre époque contemporaine. Patric Chiha tournera le film dans un décor unique, une boîte de nuit, lieu qu’il décrit comme sensuel et morbide.

Propos recueillis le 30 juin 2017 à Paris.

 

En savoir plus :

  • Disponible en DVD/Blu-ray chez Epicentre Films à partir du 04/07/2017

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