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Pascale Faure image Canal+
© D.R.

[Interview] Pascale Faure (Directrice Courts et Créations de Canal+)

Bulles de Culture a eu le privilège d’interviewer Pascale Faure, la Directrice du court-métrage de Canal+. Elle nous a expliqué comment le court continue de forger les réalisateurs de demain.

Pascale Faure fait partie des figures cachées du cinéma français : dans « le milieu », tout le monde sait qui elle est mais en dehors, rares sont ceux qui ont déjà entendu son nom. Directrice de l’unité Courts et Créations chez Canal+, elle est également responsable du Prix Canal+ du court-métrage décerné dans le cadre de la Semaine de la Critique du Festival de Cannes.

Interview de Pascale Faure,
Directrice du court-métrage de Canal+

 

CHOSE MENTALE de William Laboury Canal+ image
CHOSE MENTALE de William Laboury
Film de la collection ‘ECRIRE POUR LE GENRE FANTASTIQUE’
© D.R.

 

Bulles de Culture : Qu’est-ce que le Prix Canal+ du court-métrage de la Semaine de la Critique du Festival de Cannes ?

Pascale Faure : Ce prix provient d’un attachement qu’on a depuis longtemps pour la Semaine de la Critique et leur sensibilité. On aime beaucoup leur travail sur les courts-métrages qu’ils ont toujours considérés comme une valeur ajoutée et pas comme un pensum. Pendant longtemps, ils ont diffusé un court-métrage avant chaque long, mais les gens coinçaient avec cette idée, comme ici au Festival de Cannes, tout le monde court après les séances. Et puis ils voulaient aussi sélectionner des long-métrages plus longs et donner plus de visibilité aux courts, donc ils ont créé une section court-métrages.

La Semaine de la Critique a aussi créé Next Step, un programme qui accompagne des réalisateurs de courts-métrages sélectionnés à travers une résidence d’écriture. Ils essaient de créer une famille annuelle de « court-métragistes », leur font faire des rencontres, les aident sur la logistique, etc. Il les suivent même parfois jusqu’à leur premier long-métrage. Je trouve que c’est génial et je me sens assez proche de ça : il faut faire grandir les gens à partir du court-métrage.

D’autre part à la Semaine de la Critique le sélectionneur [NDLR : Charles Tesson en 2017] change tous les deux ou trois ans. C’est un critique de cinéma donc il a un point de vue souvent assez radical dans ses choix, et ça me plait. C’est une sélection qui se renouvelle tout le temps.

« Le court-métrage est un endroit où on est encore dans l’artisanat »

 

Bulles de Culture : Considérez-vous que le court-métrage est surtout une étape vers le long ?

Pascale Faure : Non, pas que. Le court-métrage est un endroit où on est encore dans l’artisanat. On n’a pas le souci du public à qui ça s’adresse, on est juste là pour faire du cinéma. Pour savoir si on est bon au montage, si on est bon au script, si on est bon au tournage. Pour savoir quel type de réalisateur on est, quel genre de film on veut faire.

Je trouve que c’est d’abord pour des gens qui veulent savoir s’ils ont envie de faire ce métier, s’ils ont des bonnes idées de court-métrages. Il faut les accompagner jusque là et j’aime bien le faire. Avoir toujours une nouvelle génération de films qui arrive, je trouve ça génial.

« Cette année est une très belle année »

 

THE BEST FIREWORKS EVER de Aleksandra Terpińska image 2
THE BEST FIREWORKS EVER de Aleksandra Terpińska – PRIX CANAL + SEMAINE DE LA CRITIQUE 2017
© D.R.

 

Bulles de Culture : Comment est-ce que ce prix s’articule avec votre travail chez Canal+ ?

Pascale Faure : C’est un prix d’achat, donc en général, on met en valeur le réalisateur ou la réalisatrice qu’on a primé. On diffuse le film sur Canal+ et parfois on achète deux ou trois autres films de la sélection, ce qui est le cas cette année. C’est aussi un prix international.

Par exemple l’année dernière on avait primé L’enfance d’un chef d’Antoine de Bary, et là, Canal+ vient de signer le premier long-métrage du réalisateur. Une année on avait donné le prix à Denis Villeneuve. C’est une histoire différente à chaque fois.

Cette année est une très belle année.

« Il y a eu un vrai choc : The Best Fireworks Ever d’Aleksandra Terpińska »

 

THE BEST FIREWORKS EVER de Aleksandra Terpińska affiche
THE BEST FIREWORKS EVER de Aleksandra Terpińska -PRIX CANAL + SEMAINE DE LA CRITIQUE 2017 – © D.R.

Bulles de Culture : Quels films vous ont marquée parmi la sélection de courts-métrages de la Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2017 ?

Pascale Faure : Pour le prix, on a hésité entre plusieurs films. Il y avait un film québécois d’animation qui s’appelle Tesla: Lumière mondiale, de Matthew Rankin qui est superbe. Il y a un autre film canadien qui s’appelle Möbius de Sam Kuhn, une histoire de coeur magnifique. C’est complètement onirique, une façon de raconter des histoires inattendue, et il y a une atmosphère géniale.

Et puis il y a eu un vrai choc : The Best Fireworks Ever (Najpiękniejsze fajerwerki ever) de la réalisatrice polonaise Aleksandra Terpińska. Ce n’est pas du tout ce qu’on cherche d’habitude : on essaie de rester sur des films de moins de 20 minutes, et là, il en fait 30. Mais c’est la bonne durée. C’est un film post-apocalyptique un peu punk qui se passe en une journée. L’histoire de trois amis qui couchent ensemble et qui partent dans trois directions différentes dans la journée. Et à la fin, ça devient un feu d’artifice incroyable. C’est vraiment très beau.

« Le court-métrage est très en prise sur la société »

 

PANTHEON DISCOUNT de Stéphan Castang Canal+ PRIX DU PUBLIC COMPETITION NATIONALE CLERMONT-FERRAND 2017
PANTHEON DISCOUNT de Stéphan Castang – Film de la collection ‘DEMAIN SI J’Y SUIS’
PRIX DU PUBLIC COMPETITION NATIONALE CLERMONT-FERRAND 2017
© D.R.

 

Bulles de Culture : Quelles sont vos missions chez Canal+ ?

Pascale Faure : Je m’occupe de la section court-métrages. On est plusieurs à travailler dessus. Notre but est déjà de voir tout ce qui se fait en matière de court-métrage, notamment français. On achète des films pour l’antenne et on repère des talents qu’on pourrait accompagner sur un autre court-métrage et éventuellement sur un long.

Canal+ pré-achète sur scénario et on développe des courts-métrages qui sont vraiment originaux et personnels. On essaie de trouver des formes de narration, des histoires nouvelles.

Nous préparons aussi des émissions de courts-métrages avec des intervenants, par exemple l’émission Top of the shorts, ainsi que des collections. On travaille actuellement sur une collection de films de genre sur le fantastique et une autre sur le polar. Je m’occupe aussi d’une émission qui s’appelle L’Oeil de Links qui s’intéresse à la créativité sur le net, et en particulier les formats courts web.

Bulles de Culture : Y a-t-il des tendances dans le court-métrage?

Pascale Faure : Oui, tout à fait. Souvent ça vient après des films : on retrouve des ersatz, des films qui ressemblent à… Par exemple, quand il y a eu l’époque Michel Gondry, on retrouvait plein de réalisateurs qui voulaient faire des univers « à la Gondry ».

Après il y a des tendances liées à l’actualité parce que le court-métrage est très en prise sur la société. Parfois, avoir une réaction dans le long-métrage, ça prend deux ans. Dans le court-métrage, six mois après, on a un sujet. Très vite, on a eu beaucoup de films sur les migrants : c’est vraiment un gros thème. Le court-métrage réagit tout de suite.

« De toute façon, avec le court-métrage, on ne gagne pas d’argent »

 

TIJUANA TALES de Jean-Charles Hue Sélection QUINZAINE DES REALISATEURS 2017 image
TIJUANA TALES de Jean-Charles Hue
Sélection QUINZAINE DES REALISATEURS 2017
© D.R.

 

Bulles de Culture : Que pensez-vous des concours de films courts à contraintes, de type Nikon Film festival ou Mobile Film Festival ? Est-ce un exercice proche de l’exercice du court-métrage ou est-ce finalement un monde complètement différent ?

Pascale Faure : C’est un monde un peu différent parce que c’est très court : une ou deux minutes. Mais j’ai rencontré Morgan Simon (Compte tes Blessures) au Mobile film festival [NLDR : Morgan Simon a été lauréat au Mobile Film Festival en 2011]. Il a eu un prix pour son film mobile, et à partir de là, on a produit un premier court-métrage avec lui. Depuis il a fait un long-métrage : Compte tes Blessures.

Bulles de Culture : D’un point de vue narratif, peut-on dire qu’il y a un court-métrage « commercial », à chute, qui cherche à empêcher le spectateur de zapper, et un court-métrage moins focalisé sur l’efficacité ?

Pascale Faure : Disons que tout ce qui est concours détermine quelque chose qui va plaire au public. Par exemple, il y a un prix Mk2 qui diffuse dans ses salles les films primés. Là, c’est sûr, on va mettre dans les films des choses qui n’appartiennent pas forcément au court-métrage. Le seul endroit où il y a vraiment un public pour le court-métrage, c’est un festival. C’est le moment où le réalisateur va se rendre compte que « tiens, on rigole », « tiens, c’est fort », « tiens, on aime ». Les deux cohabitent mais ce ne sont pas les mêmes types de films.

Cela dit, je ne sais pas si il y a l’enjeu du commercial ou pas, parce que de toute façon, avec le court-métrage, on ne gagne pas d’argent.

« Tout est fait pour que le renouvellement de génération se fasse »

 

MASTER OF THE CLASSE de Carine May et Hakim Zouhani Canal+ image
MASTER OF THE CLASSE de Carine May et Hakim Zouhani
France, 25’
© D.R.

 

Bulles de Culture : Les sources de financement du court-métrage qui existent actuellement en France permettent-elles efficacement de faire émerger de nouveaux cinéastes ?

Pascale Faure : Oui. Il y a des dispositifs absolument partout. Le CNC a inventé Talents en Court, il y a beaucoup de résidences d’écriture, il y a des dispositifs en régions, des concours privés comme le Nikon Film Festival, le Mobile Film Festival et autres. Ça n’a jamais été aussi facile. En plus, tout est sur le net. Si on a envie de faire un film, on peut le faire. Quelqu’un qui passerait à travers les mailles du filet aujourd’hui, c’est rare. Tout est fait pour que le renouvellement de génération se fasse.

Même s’il y a des cinémas qui sont toujours plus compliqués, les cinémas de genre par exemple. On est plus dans un schéma de films d’auteur, c’est-à-dire écrits par le réalisateur. Il y a toujours cette tradition bien française, qui est majoritaire, même si bien-sûr il n’y a pas que ça.

Propos recueillis le 24 mai 2017 à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2017.

 

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