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Proudhon modèle Courbet Compagnie Bacchus affiche Avignon Le Off 2017

[CRITIQUE] “Proudhon modèle Courbet” de Jean Pétrement : Un tableau qui soulève l’admiration

Vous voulez entrer dans la toile du peintre Gustave Courbet ? Proudhon modèle Courbet de Jean Pétrement vous le permet en vous plongeant dans la confrontation du peintre avec le philosophe Pierre-Joseph Proudhon. Une très belle réussite vue au festival Avignon Le Off 2017.

Synopsis :

Gustave Courbet (Alain Leclerc) est en plein travail pour achever son Atelier du peintre, sachant qu’il va être refusé à la grande exposition, il imagine de créer un pavillon du réalisme où se retrouveraient les refusés et dont il serait le chef de file. Il souhaite pour cela que son ami Proudhon (Jean Pétrement) rédige le livret de présentation de l’exposition. Il l’invite donc pour le convaincre. Mais c’est sans compter sur le sale caractère de son compagnon.

Proudhon modèle Courbet :
L’affrontement de deux hommes

 

Le spectacle Proudhon modèle Courbet repose sur la confrontation du peintre et du penseur. D’un côté, le leader du mouvement réaliste en peinture : Gustave Courbet a fait scandale avec l’utilisation d’un format de peinture d’histoire pour peindre son Enterrement à Ornans. Et après avoir renversé la colonne Vendôme, il est exilé en Suisse, tout près de ses terres jurassiennes. Pierre-Joseph Proudhon est de son côté un anarchiste, un libre penseur, rigoriste et marxiste. Il a fait de la prison pour ses idées et il est lui aussi franc-comtois. Les deux hommes sont amis, et il s’agit de se demander comment la pensée de Pierre-Joseph Proudhon peut influencer la peinture de Gustave Courbet.

Une bonne partie du comique de la pièce Proudhon modèle Courbet s’appuie donc sur l’opposition de caractère entre les deux hommes. Autant Proudhon est sec, ascétique, théorique, sans concession. Autant Courbet est bon vivant, quelque peu libidineux, affable et pragmatique. La rencontre des deux n’en finit pas de créer des situations et des débats qui soulèvent le rire.

 

Proudhon modèle Courbet Compagnie Bacchus image elisa modele
© D.R.

 

Mais tout en employant le rire, Proudhon modèle Courbet comprend un fondement dense d’idées. Les principes de Gustave Courbet dans sa peinture, tout comme les aspects de l’anarchisme de Pierre-Joseph Proudhon, sont traités avec finesse et précision. Le personnage de Proudhon pousse l’autre à clarifier ses conceptions et sa pensée. Mais l’on en vient au cours de la pièce à se demander qui modèle l’autre.

Quand l’idéalisme rencontre la réalité

 

Ce qui fait la réussite de Proudhon modèle Courbet, c’est l’adjonction de deux personnages au duo : Jenny, le modèle de Gustave Courbet (Élisa Oriol) et Georges, le braconnier (Yves Jeanbourquin). Le personnage de Jenny permet l’exposé des positions de Pierre-Joseph Proudhon sur la place de la femme. Cela fait certes un peu froid dans le dos, mais n’oublions pas qu’au XIXe siècle, même les penseurs les plus progressistes peuvent être terriblement sexistes.

Ce que la pièce fait aussi apparaître — avec humour certes mais apparaître tout de même —, c’est la mégalomanie dont faisait preuve le peintre Gustave Courbet. Sa capacité à se croire supérieur, sa façon de se mettre au centre, son ambition démesurée sont moqués par les dialogues et les situations. Notons d’ailleurs que la mégalomanie de Courbet compose toutefois avec la simplicité et la sympathie. On lui pardonnerait presque sa démesure !

À l’inverse, Pierre-Joseph Proudhon surprend dans son rigorisme extrême, et sa pensée confrontée à la discussion avec Jenny et Georges perd en idéalisme tant le penseur s’avère incapable de faire face aux figures du peuple alors même qu’il imagine un système destiné à servir ses intérêts.

Quoi qu’il en soit, on se laisse mener et convaincre par ce spectacle où la fiction fonctionne si bien qu’on en oublierait presque que l’on est au théâtre. C’est un vrai challenge qu’une telle pièce, et il est amplement réussi. C’est à aller voir absolument !

 

 

En savoir plus :

  • Proudhon modèle Courbet est présenté au festival Avignon Le Off 2017, du 7 au 30 juillet, au Théâtre des Corps Saints à 11h50 (relâches les 10, 17 et 24 juillet)
  • Durée du spectacle : 1h10
Morgane P.

Morgane P.

Rédactrice chez Bulles de Culture
Rédactrice

Littéraire dans l’âme, cœur tendre, j’aime que l’on me raconte des histoires, que l’on m’emmène à la rencontre de personnages qui me fassent vibrer, qui m’emportent, qui me touchent, et vivre à travers eux de belles et incroyables aventures.

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Morgane P.

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