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Boys don't cry Compagnie Avant l'Aube affiche

♥ [CRITIQUE] “Boys don’t cry” par Maya Ernest : Pour la beauté du geste

Des apôtres de l’amour qui ont perdu la foi, qui font face à un idéal perverti, c’est une fresque magnifique sur ces hommes fragiles et abîmés que Boys don’t cry de Jean-Gabriel Vidal Vandroy, mis en scène par Maya Ernest, propose au festival Avignon le Off 2017. Un spectacle magistral et un coup de cœur Bulles de Culture.

Synopsis :

Ce sont de jeunes hommes qui deviennent les mignons de femmes quinquagénaires, de jeunes hommes connectés qui compromettent leur foi en l’amour dans des relations qui rongent, abiment, déshonorent. De vils liens sexuels qui cachent l’affection ou la haine, de vils liens sexuels dont ils font parfois un commerce affiché ou refoulé.

Boys don’t cry :
Un kaléidoscope fascinant

 

Boys don’t cry, ce sont quatre comédiens : Léonard Bourgeois-Tacquet, Vincent Calas, Raphaël Goument, et Aurélien Pawloff. À travers eux, quatre personnages masculins tous face à des failles, à des tabous, à des situations qui ne remportent pas d’honneur. Parmi eux, l’un se prostitue dans les milieux huppés, l’autre tapine pour vivre, un troisième est séduit par une femme qui a l’âge de sa mère, un dernier erre sur les réseaux à la recherche de sexe « facile ».

Maya Ernest choisit les références christiques pour ces tableaux de blessures, de honte, de colère, de cynisme. Ces quatre personnages sont comme les apôtres déçus d’une religion dont l’idéal est déchu. Le décalage entre les références bibliques et le sujet traité fait sourire. Mais le burlesque de ce décalage est teinté de gravité.

Les récits s’entremêlent, se répondent, entrent en écho. On est touché, profondément touché par les discours de certains, par les scènes qui se déroulent sous nos yeux ébahis, dérangés, perplexes.

Boys don’t cry :
Le spectacle des failles

 

Le texte que Maya Ernest met en scène dans Boys don’t cry est d’une force impressionnante. Écrit par le jeune Jean-Gabriel Vidal-Vandroy, il est parfois cru, mais évite la vulgarité. Il est fort mais évite les facilités et les raccourcis. On passe outre les préjugés. C’est la réalité qui nous éclate en pleine figure et nous émeut.

 

Boys don't cry Compagnie Avant l'Aube photo
© D.R.

 

Les tabous explosent dans cette parole masculine. Elle fait voler en éclat l’image de papier glacé de l’homme fort. Car ces quatre hommes doivent composer avec la prostitution, le compromis (la compromission ?), le sale gris d’une réalité glauque, moche, décevante.

Boys don’t cry dit l’horrible poids d’une solitude qui abîme, d’une société qui ne laisse pas la place à l’échec et juge toujours les choix. Boys don’t cry dit ces choix qui font honte, ces relations sexuelles qui font honte, qui font progressivement mourir l’espoir de l’amour, l’espoir d’un alter ego.

Un diptyque sensationnel

 

Boys don’t cry et L’Âge libre forment un beau diptyque sur la question des genres, des idéaux déçus, des diktats d’une société de vaine et lâche apparence. Toutes ces idées que l’on nous met en tête sur ce qu’il faut être pour être un homme, ce qu’il faut être pour être une femme, ce qu’il faut être pour entrer dans le rang, tout cela vole en éclat dans les spectacles de Maya Ernest.

Dans les deux cas, les témoignages s’entremêlent au point de dresser le bilan des déceptions, des désillusions, des blessures d’une génération. Maya Ernest sait saisir avec brio ce qui fragilise chacun, ce qui entrave et qui rend fou, ce qui tue peut-être aussi parfois.

Les paillettes habillent ses personnages comme autant de pépites, comme l’or caché en chacun de nous. Les paillettes viennent rappeler la féminité de facette d’une part, et révéler le chaos des émotions sous l’armure d’apparence, révéler l’ambiguïté et la dangerosité du jeu pernicieux des apparences.

Une jeune metteur en scène avec un talent à couper le souffle, un jeune écrivain dont les mots sonnent fort et juste, et toute une équipe de comédiens bouleversants de vérité et d’intensité émotionnelle. Bulles de Culture applaudit et reste bouche bée devant une telle réussite, espérant que la Cie Avant l’Aube rencontrera le succès et le public qu’elle mérite. C’est un coup de cœur.

 

 

En savoir plus :

  • Boys don’t cry se joue au festival Avignon le Off 2017, au Théâtre des Barriques, du 7 au 30 juillet à 21h35 (relâches les 11, 18 et 25 juillet)
  • Durée du spectacle : 1h15
Morgane P.

Morgane P.

Rédactrice chez Bulles de Culture
Rédactrice

Littéraire dans l’âme, cœur tendre, j’aime que l’on me raconte des histoires, que l’on m’emmène à la rencontre de personnages qui me fassent vibrer, qui m’emportent, qui me touchent, et vivre à travers eux de belles et incroyables aventures.

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Morgane P.

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