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[CRITIQUE] « Panurge » par Simon Vincent : Une bonne gorgée de Rabelais

Présenté dans le cadre du Festival de Caves 2017, Panurge, adapté et mis en scène par Simon Vincent, a su soulever les rires dans le cénacle souterrain de Lons-le-Saunier. Bulles de Culture vous raconte.

Synopsis :

Adapté de La Vie Treshorrificque du Grand Gargantua de François Rabelais par Simon Vincent et avec Luc Schillinger pour incarner le personnage rabelaisien, Panurge vous entraîne dans les bonnes pages qui mettent en scène l’ami de Pantagruel. De la rencontre entre Pantagruel et Panurge à la quête de la Dive Bouteille, en passant par l’épisode des moutons de Panurge et le débat sur le mariage, c’est un voyage entre Pantagruel, Le Tiers-Livre et Le Quart Livre qui s’offre ici à nous.

Panurge :
Un gros travail d’adaptation

 

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© D.R.

Le texte qui soutient le spectacle Panurge relève d’un gros travail d’adaptation. Car l’œuvre de François Rabelais présente deux écueils à une mise en scène théâtrale : le texte est écrit en moyen-français, dans un style propre à Rabelais tout empreint de gloses, de parenthèses et d’interminables énumérations. De plus, les romans de Rabelais sont pléthoriques : les trois tomes que Panurge traverse sont de plus en plus touffus et développés.

Panurge choisit de se focaliser sur un personnage, et non des moindres puisqu’il s’agit du plus fidèle acolyte de Pantagruel, et présente un spectacle d’une heure environ. Cela a imposé deux contraintes au metteur en scène Simon Vincent : moderniser le texte pour le rendre accessible tout en gardant sa saveur particulière, et faire un choix important parmi tous les épisodes où Panurge intervient.

Le défi est relevé avec talent : le texte de Panurge est un équilibre pertinent et permanent entre le goût des mots truculents de François Rabelais et une modernisation efficace qui rend le sens facile d’accès. De même, les morceaux choisis oscillent entre passages connus, comme en témoigne l’épisode des moutons de Panurge tiré du Quart Livre, et passages choisis plus subjectivement, comme celui des aventures de Panurge à l’église tiré de Pantagruel.

« Rire est le propre de l’homme »

 

Si selon l’adage rabelaisien « Rire est le propre de l’homme », Panurge est un bel exemple à savourer. Peut-on faire mieux que ce gaillard toujours enjoué, prêt à jouer un mauvais tour à ceux qui le prennent de haut ? Rien n’est moins sûr !

Comme toujours avec François Rabelais, les jeux de mots sont de mise, le scatologique rencontre l’ironie la plus fine, les plaisanteries grasses cohabitent avec une poésie du Verbe évidente. Le jeu sur les contrastes est bien maîtrisé dans Panurge et donne son rythme au spectacle. On passe d’un épisode à l’autre avec enjouement, se demandant chaque fois quel tour l’on va nous jouer.

Il faut noter en cela la performance incroyable de l’acteur Luc Schillinger, seul en scène, qui incarne tour à tour narrateur, Panurge, Pantagruel et Frère Jean. L’énergie qu’il transmet dans Panurge donne au spectacle sa truculence et sa réussite.

Une satire acérée toujours d’actualité

 

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On retrouve au fil de Panurge tous les thèmes chers à Rabelais : la satire des puissants, de l’Église, des institutions. S’ouvrant sur la confrontation de maintes langues étrangères plus ou moins intelligibles, le spectacle traverse des passages satiriques qui surprennent par leur actualité.

Présenté à Lons-le-Saunier dans une cave underground, aux murs de pierre tagués et à la gloire d’une moinerie joyeuse et alcoolisée, le texte de François Rabelais y a trouvé une résonance particulière. On n’aurait su trouver meilleur lieu ! C’est là le genre de belles surprises que réserve le Festival de Caves qui met à l’honneur des lieux de représentation souterrains inédits.

La liberté de ton adoptée par l’auteur est toujours aussi saisissante quand nous l’entendons aujourd’hui. Panurge vient nous rappeler que Rabelais est père de nos satiristes modernes, de l’esprit frondeur de Charlie Hebdo et autres caricaturistes. En ces temps troublés par la violence et les attentats, il est bon de se souvenir que cet esprit frondeur est au cœur de l’Humanisme à la française, et qu’il faut continuer à rire des absurdités qui nous entourent.

En savoir plus :

  • Panurge a été joué  les 8, 9, 10 et 12 mai 2017 à Besançon, le 11 mai 2017 à Lux, le 13 mai 2017 à Voray-sur-l’Ognon, le 16 mai 2017 à Arbois, le 17 mai 2017 à Vandoncourt, le 18 mai 2017 à Lons-le-Saunier, le 19 mai 2017 à Andlau, les 21, 21 et 25 mai 2017 à Strasbourg, le 24 mai 2017 à Wangen, le 26 mai 2017 à Gy, le 27 mai 2017 à Chargey-lès-port, le 28 mai 2017 à Ray-sur-Saône
  • Vous pouvez retrouver le spectacle Panurge dans le cadre du Festival de Caves 2017 : le 30 mai 2017 à Olivet, le 31 mai 2017 à Orléans, le 1er juin 2017 à Iransi, le 2 juin 2017 à Pesmes, le 3 juin 2017 à Vaire, le 6 juin 2017 à Paris, les 7 et 8 juin 2017 à Saint-Michel-sur-Orge, le 9 juin à Villy-en-Auxois, le 10 juin 2017 à Vézelay, le 11 juin 2017 à Mailleroncourt, le 15 juin 2017 à Saint-Yan, le 16 juin 2017 à Châlon-sur-Saône, les 14, 19 et 20 juin 2017 à Besançon, le 18 juin 2017 à Champlitte
  • Tarifs du Festival de Caves 2017 : 12 €, 10 € (adhérent), 7 € (étudiant, demandeur d’emploi)
  • Durée du spectacle : environ 1h
  • Le site officiel du Festival de Caves

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