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series mania 2017 image Eric Laroche copyright DR
© D.R.

[INTERVIEW] Le boum des séries digitales selon Éric Laroche

Lors du festival Séries Mania 2017, Éric Laroche nous a parlé des séries web & digitales, dernières nées du monde de plus en plus fou des séries. Boostées par le développement des plateformes (Amazon, Netflix, Blackpills) et des chaînes sur YouTube, que changent-elles vraiment dans le paysage de la fiction ?

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Interview d’Éric Laroche

 

Diplômé de l’École Supérieure de Réalisation Audiovisuelle (ESRA), Éric Laroche a travaillé 18 ans à Canal+, occupant notamment les postes de Responsable Éditorial Cinéma et Responsable Éditorial de la chaîne Canal+ Séries. En 2017, il a rejoint la société de production Empreinte Digitale (Les Grands, Lazy Company, T.A.N.K.) en tant que Directeur du développement. Il a été membre du jury Séries web & digitales du festival Séries Mania 2017.

Alors, après dix-huit années chez Canal+ et son nouveau poste chez Empreinte Digitale, qui mieux qu’Éric Laroche pouvait répondre à notre question sur les séries web & digitales ?

Dans les slides suivants, retrouvez notre interview d’Éric Laroche que nous avons rencontré au Forum des images, à l’occasion du festival Séries Mania 2017.

« C’est une période très excitante pour les producteurs et les scénaristes »

 

Tank image 1
© Studio+

 

Bulles de Culture : Qu’est-ce qui a changé dans le paysage français des séries ces dernières années ?

Éric Laroche : Le paysage audiovisuel français a considérablement changé. Il y a quelques années on faisait des fictions télé qui étaient presque toutes des ersatz de Navarro ou Julie Lescaut. Puis la création originale de Canal+ est arrivée et a changé le paysage. Mais en tant que scénariste si Canal+ vous disait non, vous pouviez abandonner votre projet. Ensuite Arte est arrivée, et a créé un deuxième guichet qui cherchait des séries différentes, et qui en plus acceptait les formats différents (3×52).

Aujourd’hui le paysage audiovisuel est incroyable. Pour autant, on n’en est qu’aux prémices, parce que tout le monde développe et s’apprête à produire beaucoup mais les diffuseurs n’ont pas augmenté le nombre de cases. Donc beaucoup de gens grattent à la porte et il y a peu d’élus.

Il y a les chaines de grande écoute, en « pay TV » : OCS, Canal+, demain SFR, il y a les plateformes comme Netflix et Amazon. Chacun a sa ligne éditoriale et un public différent. Et à l’intérieur de ces écosystèmes, les lignes changent aussi: TF1 a diffusé une série sur un homme transgenre, une femme flic cyborg, etc. Il y a des projets en développement qui semblaient impossibles pour TF1 il y a quelques années, comme Les bracelets rouges, sur des enfants dans un hôpital. C’est une période très excitante pour les producteurs et les scénaristes.

Les séries digitales font partie de ce paysage-là parce qu’elles acceptent plein de genres différents, le transgressif… elles n’ont pas de problème de signalétique. Le champ des possibles est plus vaste et il faut en faire quelque chose en travaillant énormément, comme les anglais et les américains.

« Le paradigme est en train de changer et donc tout doit changer »

 

LAZY COMPANY SAISON 1 affiche
© Empreinte Digitale / Six Pieds Sur Terre – 2012

 

Bulles de Culture : Y a-t-il assez d’argent pour produire cette profusion de projets ?

Éric Laroche : Il n’y a jamais assez d’argent! (rires) Non, il n’y a pas assez d’argent et donc il faut être inventif. Il faut se dire que le paradigme est en train de changer et donc tout doit changer, y compris les méthodes de financement. Il faut trouver de nouvelles combinaisons, de nouveaux partenaires, des fenêtrages différents, des coproductions à l’européenne ou à l’internationale. Mais je pense qu’il faut continuer à travailler dès le début avec un diffuseur qui donne le cap à la destination du bateau.

Il faut trouver des solutions et tenter des choses. Sinon on va répéter des schémas et des formats qu’on a déjà vus trois cent fois. C’est en ça que les séries digitales sont importantes: il faut produire et développer beaucoup pour trouver de nouvelles choses.

« La série digitale est un formidable laboratoire »

 

Bulles de Culture : Quel était votre rôle chez Canal + Séries puis aujourd’hui chez Empreinte digitale ?

Éric Laroche : Chez Canal+ j’étais en charge de choisir les séries étrangères qui allaient nourrir les différentes antennes du Groupe. Des séries produites par des grands studios américains et des grands producteurs européens, formatées pour la télé. Mais il y avait un prisme de recherche spécifique: du prémium pour Canal+, qui se rapproche de l’ADN fort de la chaine et qui soit en même temps différent des programmes cinématographiques.

Maintenant je m’occupe du développement chez Empreinte Digitale qui a fait beaucoup de séries de 26 minutes, comme Les Grands, Missions (Prix de la découverte à Série Mania 2017 NDLR) ou Lazy Company. On a produit plusieurs séries digitales comme T.A.N.K., dont la saison 2 est actuellement en tournage en Corée du sud. On est en train de finaliser The Way de Camille Delamarre qui sortira à la rentrée sur Studio+. Et on fait également du cinéma.

Le prisme de recherche n’est pas le même que Canal+ et on surveille de très près les séries digitales parce que c’est un formidable laboratoire.

« La série digitale est un bon moyen pour détecter des talents »

 

Loulou - credits La Onda Productions
© La Onda Productions

 

Bulles de Culture : Qu’apportent les séries web & digitales dans le paysage des séries ?

Éric Laroche : On peut y voir les premiers pas de quelqu’un. C’est plus facile de commencer par faire une série digitale plutôt que tout de suite une série de 52 minutes pour une grande chaine. C’est un terrain d’apprentissage où les gens peuvent exprimer plus facilement ce qu’ils ont envie de dire. Les projets bénéficient d’un espace de liberté qui est un bon moyen pour détecter des talents. Même quand ils sont encadrés par des vraies structures, des sociétés de production et un diffuseur qui ont leur mot à dire.

Bulles de Culture : Quelles sont les qualités d’une bonne web série/série digitale?

Éric Laroche : L’important c’est que les séries web ou digitales restent des séries. Il ne faut surtout pas l’aborder en se disant: « J’avais un projet de long métrage, j’ai pas réussi à le financer, tiens, si je faisais 10 épisodes de 8 minutes ». Ça n’a pas de sens. Il faut le réfléchir et le penser comme une série. Bien-sûr il y a des contre-exemples. Mais c’est beaucoup plus stimulant d’aborder le genre série digitale en se disant que par la force des choses, ça définit un cadre. Il y a des codes à respecter et qui ont été établis par des gens qui sont passés avant vous. Il y a des modes de consommation, et donc il faut réfléchir à tout ça. Quels codes on accepte, lesquels on déforme?

« Souvent une histoire au début c’est Apocalypse Now et à la fin, c’est l’histoire de deux mecs sur une plage »

 

series mania 2017 image MISSIONS 4 -(c) Empreinte Digitale
© Empreinte Digitale

 

Bulles de Culture : Comment le producteur aide-t-il le créateur à développer sa série ?

Éric Laroche : C’est la question du regard qu’on porte sur son propre projet. Le producteur aide l’auteur à avoir du recul et à trouver le bon format pour son projet. Souvent une histoire au début c’est Apocalypse Now, et à la fin c’est l’histoire de deux mecs sur une plage. Par exemple, je ne suis pas sûr que Loulou serait transformable en une série de 52 minutes parce qu’il faudrait rajouter beaucoup de densité à l’aspect chronique. À l’inverse, BKPI, je suis sûr que même en 26 minutes on s’ennuierait, parce que les sujets qu’on traite sont assez anecdotiques et le terrain de jeu n’est pas assez vaste.

Le format est une vraie question, il peut dénaturer des programmes. Par exemple la série Kim Kong souffre du format 52 minutes. Je pense que ça aurait été beaucoup plus efficace avec un tempo un peu plus rapide en 26 minutes. Il y a un problème de rythme, des scènes un peu redondantes, et un peu de remplissage.

Je ne compte plus les projets qui commencent par « Dans un futur proche… »

 

Bulles de Culture : En tant que producteur, quelles sont les insuffisances que vous constatez le plus souvent dans les scénarios ?

Éric Laroche : Il y a tout d’abord la question du oui/non: est-ce que c’est intéressant? Oui ou non. Mais parlons des projets intéressants.

Les auteurs en ce moment se posent beaucoup de questions sur le monde dans lequel on vit. Je ne compte plus les projets qui commencent par « Dans un futur proche… ». Beaucoup n’ont pas envie de se heurter au monde contemporain, il ont besoin de se projeter soit très loin en arrière ou dans le futur, soit pour se projeter dans les conséquences de ce qui se passe aujourd’hui ou soit parce que ça nous détache et nous permet de s’évader. Mais souvent on lit ces histoires-là et on ne comprend pas l’intérêt que ça se passe en 2052. Surtout que les histoires qui se passent dans le futur appellent des moyens beaucoup plus importants…

Il y a aussi la question du format. Il y a pas longtemps j’ai reçu un projet de série digitale (après le buzz de T.A.N.K., la société en a reçu beaucoup), et mon premier réflexe a été de dire qu’il fallait que ce soit du 52 minutes. Il faut donc accompagner le scénariste pour transformer le projet et exploiter les personnages et l’arène de jeu qui sont très intéressants.

Mais c’est le défi d’un producteur: derrière un projet qui peut avoir ces lacunes, il y a peut être une histoire intéressante. Il faut trouver l’essence du projet qui nous a plu, qu’est-ce qui est faisable et qu’est-ce qui ne l’est pas ?

« Il ne faut pas tomber dans le piège de la réalisation Youtube »

 

Tank image 2
© Studio+

 

Bulles de Culture : Le support téléphone mobile change-t-il la mise en scène des séries digitales ?

Éric Laroche : Beaucoup d’opérateurs réfléchissent à vraiment utiliser l’outil mobile sous toutes ses formes, par exemple en faisant une série au format vertical. Cela pose des questions également de mise en scène: vous n’allez pas faire que des plans de très loin avec des personnages qui marchent en tout petit. Mais en même temps il ne faut pas se limiter à une réalisation en très gros plans type champ/contrechamp. Ne pas non plus tomber dans le piège de la réalisation Youtube avec uniquement des plans fixes et deux personnages qui parlent à la caméra. Et puis il y a la question du rythme.

« En 10 minutes, on a le temps de s’ennuyer »

 

Bulles de Culture : Quelles sont les exigences de rythme et de narration spécifiques pour les séries web & digitales ?

Éric Laroche : La structure narrative est très libre: comme dans toute forme sérielle, on peut jouer avec la chronologie, la temporalité, le point de vue. Concernant le point de vue, il y a une recherche perpétuelle du « high concept » chez les producteurs et les diffuseurs. Chacun cherche le concept qui va faire bouger les lignes. Mais la structure est aussi libre que dans les autres formats.

Dans les grandes séries, qu’elles soient feuilletonnantes ou bouclées, le principe reste de passer du temps avec des personnages. Il faut donc avant tout des personnages intéressants. C’est valable en littérature, en cinéma: on peut vous raconter la plus belle histoire du monde, si les personnages ne vous intéressent pas, vous finissez par vous lasser.

Après, je pense qu’il faut un rythme, parce que contrairement à ce qu’on pourrait se dire, en 10 minutes on a le temps de s’ennuyer. Il faut aller tout de suite à l’essentiel, se poser en un temps restreint toutes les questions qu’on est susceptible de se poser dans une fiction « traditionnelle »: qu’est-ce qui est de l’ordre de l’exposition? De l’information qu’on va donner plus tard? Le spectateur est-il au même niveau d’information que le héros?… Dans un pilote, on doit avoir résolu: de quoi ça parle? Qui sont les personnages? Quels sont les enjeux? Où ça va aller? Ça, c’est une vraie question de structure. Qu’est-ce que je mets à cet endroit-là et qu’est-ce que je garde pour plus tard?

Et bien-sûr, quand je parlais de rythme, il y a les relances, c’est-à-dire les cliffhangers, les nœuds narratifs — en gros les endroits où il se passe des choses fortes —. Et il faut donner à certains personnages le rôle de rappeler les enjeux pour les spectateurs qui arrivent en cours de série. Pour autant, il ne faut pas forcément un cliffhanger incroyable à la fin de chaque épisode.

Il faut se poser la question: est-ce que la web série/série digitale est le bon format pour l’histoire que j’ai envie de raconter?

Propos recueillis au festival Séries Mania le 25 avril 2017.

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