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[CRITIQUE] « HHhH » (2017) : L’assassinat du « Boucher de Prague » par la Résistance

En adaptant HHhH, le roman éponyme de Laurent Binet, le réalisateur Cédric Gimenez ambitionne de raconter l’attentat perpétré par des résistants tchécoslovaque contre l’un des nazis les plus terrifiants de l’Histoire, et dont l’un des surnoms était « Le Boucher de Prague ». Notre avis sur le film.

Synopsis :

L’ascension fulgurante de Reinhard Heydrich (Jason Clarke), militaire déchu, entraîné vers l’idéologie nazie par sa femme Lina (Rosamund Pike). Bras droit de Heinrich Himmler et chef de la gestapo, Reinhard Heydrich devient l’un des hommes les plus dangereux du régime.
Face à lui, deux jeunes soldats, Jan Kubis (Jack O’Connell) et Jozef Gabcik (Jack Reynor). L’un est tchèque, l’autre slovaque. Ils ont suivi un entraînement à Londres et se sont portés volontaires pour accomplir l’une des missions secrètes les plus importantes, et l’une des plus risquées aussi : éliminer Reinhard Heydrich.

HHhH :
Signification du titre du film

 

Avant de commencer toute critique, arrêtons-nous tout d’abord sur la signification de ces quatre lettres identiques dans le titre du film de Cédric Gimenez : HHhH. Que signifie-t-elles ? En allemand, ces « H » correspondent à « Himmlers Hirn heißt Heydrich« , c’est-à-dire « le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich ».

En effet, sous les ordres du chef de la SS, Heinrich Himmler, Reinhard Heydrich a été un général SS (SS-Obergruppenführer), un des créateurs des Einsatzgruppen (escadrons de la mort), le protecteur de la Bohême-Moravie et un des instigateurs de l’élaboration du programme d’extermination des juifs. Il a aussi été l’un des membres les plus importants du nazisme à être assassinés le 27 mai 1942 par la Résistance tchécoslovaque (Opération Anthropoid) pendant la Seconde Guerre mondiale.

Adaptée plusieurs fois en fiction et notamment au cinéma (Les boureaux meurent aussi, Hitler’s Madman, Anthropoid), cette histoire a intéressé également l’écrivain Laurent Binet qui en a fait la matière première de son premier roman publié aux Éditions Grasset & Fasquelle en 2009 et récompensé du Prix Goncourt du Premier roman en 2010. Et sept ans plus tard, c’est au tour du réalisateur Cédric Jimenez (Aux yeux de tous, La French) de revenir sur ce fait historique en adaptant le livre de Laurent Binet en long métrage.

Un film étrangement coupé en deux

 

Après la contextualisation de l’histoire particulière de de HHhH, place maintenant à la critique du dernier film sorti sur le sujet, celui de Cédric Jimenez. Et il faut reconnaître tout d’abord que contrairement à d’autres réalisateurs tels que Quentin Tarentino (Inglorious Basterds) ou Guy Ritchie (Le Roi Arthur), celui-ci ne revisite pas l’Histoire ou les légendes populaires pour son seul plaisir personnel. Dans le long métrage HHhH, on sent un réel travail de documentation. Hélas, le problème est qu’on ne sait pas trop ce qui a vraiment intéressé Cédric Jimenez dans ce sujet historique et que du coup, il tombe très vite dans les travers des deux réalisateurs cités précédemment, c’est-à-dire celui de mettre trop en avant sa mise en scène au détriment du récit.

Ainsi, le gros souci du film HHhH est proposer deux points de vue très distincts : celui de Reinhard Heydrich qui va gravir les échelons du IIIe Reich puis celui de Jan Kubis et Jozef Gabcik qui vont soigneusement préparés son assassinat. Or, plutôt que de les entremêler via un montage alterné, par exemple, Cédric Jimenez et ses co-scénaristes David Farr (London House, The Night Manager) et Audrey Diwan (Aux yeux de tous, La French) ont préféré couper le film en deux.  Alors, déjà qu’il est difficile de s’identifier à un nazi — Cédric Jimenez va d’ailleurs nous faire prendre de la distance vis-à-vis de lui au fur et à mesure de son horrible ascension — mais en plus, suivre d’autres personnages principaux à la moitié d’un film facilite encore moins notre immersion.

Enfin, l’autre point noir de la narration de HHhH est qu’en nous plaçant toujours à la hauteur « des hommes de main », le film ne nous permet pas de prendre du recul et de remettre dans une perspective historique ce qu’il raconte. Difficile donc de comprendre les enjeux d’une intrigue qui va trop vite et qui ne nous laisse pas le temps de nous attacher à ses protagonistes.

Une réalisation efficace
mais une absence de point de vue

 

Du coup, pour compenser ces manques, Cédric Jimenez multiplie les effets de mise en scène avec un filmage à l’épaule très heurté et des angles incongrus tels que le plan subjectif d’un escrimeur à travers son masque ou les yeux flous d’un mourant. Même la musique originale de Guillaume Roussel paraît exagéré en voulant forcer une émotion qui n’arrive pas.

Reste cependant deux qualités au film HHhH : la première est de raconter une histoire qui ne changea pas le terrible cours de l’Histoire mais qui aura eu une grande importance symbolique en ces temps sombres. La seconde est contenue dans quelques minutes de la séquence finale où à un moment donné, Jan Kubis et Jozef Gabcik, les deux courageux meurtriers de Reinhard Heydrich, vont se mettre à creuser un tunnel dans les sous-sols d’une église pour fuir la répression nazie. Pendant cette poignée de minutes, nous partageons peut-être pour la seule fois du film les enjeux de la scène et le danger de la situation avec les protagonistes. Ce qui rend d’autant plus dommage leur échec ainsi que celui de Cédric Jimenez de n’avoir pas réussi à proposer plus souvent ces moments de tension.

Bref, s’il faut reconnaître que le film HHhH fait montre d’un certain talent de mise en scène de film d’action chez Cédric Gimenez, le choix d’un sujet historique aussi fort laissait espérer une approche et un point de vue beaucoup plus maîtrisés et affirmés. Dommage.

 

 

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 07/06/2017
  • Distribution France : Mars Films
Jean-Christophe Nurbel
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Jean-Christophe Nurbel

Rédacteur en Chef / Editor in Chief chez Bulles de Culture
Accro aux films, aux pièces de théâtre, aux séries et à la culture en général, j'aime les œuvres qui me surprennent.

Top 3 Cinéma : "À bout de souffle" (1960), "Blade Runner" (1982), "Casablanca" (1942)
Top 3 TV : "Engrenages" (2005-...), "The Wire" (2002-2008), "Twin Peaks" (1990-1991)
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