//insérer vidéo facebook
enfr
Accueil / CINEMA / [CRITIQUE] “Ava” (2017), un tourbillon étonnant de densité

[CRITIQUE] “Ava” (2017), un tourbillon étonnant de densité

Ava, prix SACD de la Semaine de la Critique 2017, est le premier-long métrage de Léa Mysius. Après les Caméras d’or de Léonor Séraille en 2017 (Jeune femme) et Houda Benyamina (Divines) en 2016, la relève feminine du cinéma français semble assurée ! Avis et Critique d’un film foisonnant et beau.

Synopsis :

Ava (Noée Abita), 13 ans, est en vacances au bord de l’océan quand elle apprend qu’elle va perdre la vue plus vite que prévu. Sa mère (Laure Calamy) décide de faire comme si de rien n’était pour passer le plus bel été de leur vie. Ava affronte le problème à sa manière. Elle vole un grand chien noir qui appartient à un jeune homme en fuite (Juan Cano) …

Ava, un tourbillon étonnant de densité

Ava critique film photo Noée Abita
© Bac Films

Ava est un bouquet garni ultra maitrisé. Dans une sublime image flashy filmé en 35 mm se mêlent premier amour, urgence de vivre avant la cécité, regard sur la dérive fasciste de notre pays, émancipation d’une mère omniprésente, humour, poésie, tragédie, hédonisme… Tout y est et on ne s’y perd pas. Au contraire on est emporté progressivement dans ce tourbillon qui de réaliste s’envole vers le romanesque et le conte, dans des décors aussi variés que tout le reste.

La beauté et la précision d’exécution de Ava est étonnante, et à vrai dire elle tombe un peu dans l’excès. On y perd une dose d’émotion. Chaque plan est magnifique, très précisément composé, élaboré, et c’est finalement un problème car la réalisatrice en devient omniprésente. D’une certaine façon elle ne nous laisse pas seuls avec l’histoire et il semble que ni elle ni nous ne parvenons à vraiment nous y engouffrer.

N.B: Léa Mysius nous a expliqué très précisément la réussite de ce foisonnement cohérent, dans l’interview qu’elle nous a accordés.

Une Laure Calamy magnifique

Ava critique photo film Noée Abita Laure Calamy
© Bac Films

Paradoxalement, c’est peut-être l’aspect le plus prosaïque du film : le personnage de la mère joué par la fantastique Laure Calamy (Dix pour cent), qui nous rendra le plus vivant. Ava nous emmène vers la beauté, l’amour, l’idéal adolescent, elle nous fait voyager mais son monde est un peu trop léché. Sa mère nous parle d’une liberté plus maladroite et profane, moins jolie mais quelque part plus touchante. Là encore, le film concilie des opposés sans jamais nous perdre.

Une véritable identité visuelle et musicale

Ava critique film photo Noée Abita Juan Cano
© Bac Films

Ce qui saute également au visage est ce choix d’une image très contrastée, lumineuse et charnelle. Dans la superficialité des couleurs de la plage -le bleu, le sable, les maillots et les jouets multicolores- comme dans le brut dépouillé du blocos où se cache le jeune homme en fuite, le matière profonde de l’image donne une identité magnifique au film.

Une musique originale très brute habille cet univers de façon assez pompeuse, et l’on préfèrera peut-être la scène habillée par Sabali, le chef d’oeuvre pop d’Amadou & Mariam et Damon Alban, diffusée en entier, qui transporte magistralement le moment idéal que vit Ava.

En fin de compte, le défaut d’Ava, pour le film comme pour le personnage, est sa quête trop assidue de beauté idéale. Il reste tout de même un film intelligent et foisonnant, à voir absolument.

En savoir plus:

  • Date de sortie France : 21/06/2017
  • Distribution France : Bac Films
Marie Deconinck

Marie Deconinck

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
Comédienne franco-québécoise, scénariste à mes heures et surtout obsédée de cinéma, j'aime les oeuvres flamboyantes et hypersensibles (Terrence Malick, Leos Carax, Charlie Kaufman, Xavier Dolan, David Lynch, Les frères Coen, Coppola...).

Top 5 Cinéma : "Nos meilleures années" (2003),"The Tree of Life" (2011), "Fargo" (1996), "Apocalypse Now" (1979), "Les enfants du paradis" (1945), "Eternal Sunshine of the Spotless Mind" (2004)
Marie Deconinck

Laisser un commentaire