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HÉLA FATTOUMI ÉRIC LAMOUREUX Manta image (c) Laurent Philippe
© Laurent Philippe

[CRITIQUE] « Manta » d’Héla Fattoumi et Éric Lamoureux

Le Théâtre de Lons-le-Saunier (Les Scènes du Jura) a accueilli, le mardi 28 mars 2017, Héla Fattoumi pour son spectacle Manta traitant du port du hijab – un geste dansé incroyablement fort.

Synopsis :

Manta, c’est une femme sous hijab et sur scène. Une belle dénonciation de l’asservissement dont sont victimes les femmes soumises au port de ce voile intégral : Héla Fattoumi, aidée d’Éric Lamoureux, ose un spectacle engagé, tout empreint de courage et d’audace.

Manta :
À la croisée des cultures

 

D’origine tunisienne, Héla Fattoumi a côtoyé cette culture musulmane de l’interdit où l’exposition du corps féminin est un tabou certain. Devenue danseuse, elle porte en elle le refus absolu de cet asservissement de la femme.

Dans le spectacle Manta, elle interroge le port du voile dans sa version la plus extrémiste. C’est vêtue d’un hijab d’une blancheur éclatante et sur une musique orientale qu’elle fait son entrée en scène. Vous voilà ainsi emporté en terre orientale en quelques minutes.

Immobile d’abord, la danseuse plie en fait ostensiblement. Il faut quelques instants au spectateur pour se rendre compte que son corps semble s’écraser sous le poids du vêtement.

Manta :
Enfermée sous le voile

 

HÉLA FATTOUMI ÉRIC LAMOUREUX Manta image (c) Laurent Philippe
© Laurent Philippe

Cette première image d’une femme dont le corps faillit doucement sous le vêtement religieux qui paraît trop lourd annonce avec brio la tonalité de Manta.

Héla Fattoumi joue des ambigüités et des confusions. Au voile banc se superpose cette nappe blanche qui semble prolonger les longueurs du hijab. Ou au voile blanc se superposent les linges de maison qu’il s’agit de plier en quantité.

Ces gestes répétitifs au rythme de plus en plus effréné rappellent à quel point les tâches domestiques n’en finissent pas d’asservir la femme – musulmane peut-être, mais de tous les pays également.

Aussi à la prison du hijab s’ajoute celle que représente la maison, espace clôt ou clos qui enferme la femme et la cantonne au domestique.

Unique espace d’une liberté factice, le maquillage des yeux fait l’objet d’un soin dérisoire, comme vient le rappeler la vidéo projetée d’une jeune fille présentant un tutoriel sur internet. Cela vous fera grincer des dents, ou vous fera rire d’un rire amèrement jaune.

Femmes, libérez-vous !

 

Le spectacle Manta a cette force qui pousse le spectateur à prendre parti. Les longs silences pendant lesquels vous observez cette femme immobile, dont le regard semble vous fusiller, sont oppressants et vous transpercent. Dans ces instants lourds de sens, vous sentez le poids du hijab peser alors sur vos épaules, et votre cœur vacille sous le vêtement.

Monté en 2009 au moment où le port du voile en général, et celui du hijab en particulier, faisait débat, Manta reste cependant d’une criante actualité aujourd’hui à l’aune du débat sur le burkini amorcé cet été et ponctuant la campagne présidentielle, ou encore à celle d’un film coup-de-poing tel que Le Ciel attendra qui pousse également le spectateur à prendre parti et rappelle que le port du hijab est toujours signe d’asservissement.

Le spectacle s’achève toutefois sur une note d’espoir, celle d’un corps qui s’extrait du voile et de son asservissement, qui se saisit du pantalon pour faire éclater enfin la joie d’un corps libre et magnifiquement libéré. On remercierait volontiers Héla Fattoumi d’affirmer avec une telle poésie et une telle énergie l’infinie liberté, l’infinie expressivité d’un corps féminin sorti de son carcan.

Ce qui est certain, c’est que l’on ne sort pas indemne de Manta. Manta dérange et questionne – autant que le débat sur l’hijab d’ailleurs –, met même mal à l’aise parfois. Mais dans ce qu’il bouscule en vous, Manta vous invite à ajuster et étayer votre jugement et vos convictions, ravive en vous la flamme qui dit qu’il faut encore lutter pour toutes ces femmes asservies.

 

En savoir plus :

  • Manta a été joué, au Théâtre de Lons-le-Saunier (Les Scènes du Jura), le mardi 28 mars 2017 et à L’Espace (Les deux scènes – Scène nationale de Besançon) le 8 avril 2017
  • Durée du spectacle : 1h10

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