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La Chute d'Icare livre critique

[CRITIQUE] « La Chute d’Icare » (2016) de Jean-François Roseau

Jean-François Roseau, jeune auteur de vingt-six ans, signe avec La Chute d’Icare son deuxième roman après Au plus fort de la bataille. Il y raconte la vie d’Albert Preziosi, aviateur corse et héros de la France Libre, dont une légende prétend qu’il serait le père de Mouammar Kadhafi, le dictateur libyen. Jean-François Roseau a obtenu le prix des Lecteurs du Salon du Roman Historique de Levallois en 2017. Notre critique. 

Synopsis :

Admirateur de Guynemer, le jeune Albert Preziosi, né en Corse en 1915, n’a qu’un seul désir : voler. Après une classe de préparation militaire au lycée Thiers de Marseille, il réussit le concours d’entrée à l’École de l’Air. Son rêve se réalise, malgré les conséquences d’un banal accident de la route qui le clouent au sol pour quelque temps. La guerre éclate en 1939. Quelques mois plus tard, c’est la défaite pour la France. Albert, refusant d’abandonner les armes, s’envole avec quelques-uns de ses camarades pour l’Angleterre, d’où il entendra l’appel du Général de Gaulle. Ces forces militaires, coupables de haute trahison sur le sol français, vont continuer le combat…

 

Un destin hors du commun

 

Qui se souvient encore aujourd’hui d’Albert Preziosi ? C’est l’un des mérites de La Chute d’Icare de rappeler au lecteur la mémoire d’un héros de la seconde guerre mondiale, dont nous suivons la trajectoire passionnée, depuis son enfance corse jusqu’à sa mort prématurée en 1943 sur le front russe.

Adolescent à Bastia, il s’intéresse à la littérLa Chute d'Icare livre critiqueature et participe à l’écriture d’un journal lycéen, Le Frisson. Il connaît ses premiers vrais émois amoureux avec Antoinette, et c’est réciproque. Mais, comme les grands héros épiques, l’amour n’est pas au centre de l’univers d’Albert. Les amants s’éloignent bientôt. Preziosi plaisait aux femmes, mais cela ne l’a pas prémuni contre les chagrins du cœur.

Déterminé coûte que coûte à devenir aviateur,  il parvient à surmonter les séquelles invalidantes de son accident de voiture, afin de n’être pas « Icare voué à être Sisyphe ».  Juin 1940 : c’est la « débâcle ». Dans un élan irraisonné, fougueux, en accord total avec lui-même –  c’est en quelque sorte une nécessité intérieure, vitale, qui ne se discute pas –  il prend la décision de continuer le combat. Albert et quelques autres de ses compagnons quittent aussitôt Royan pour l’Angleterre. Nul parmi eux n’accepte la défaite de la France ni la victoire de l’occupant allemand et de l’hitlérisme.

La suite du roman nous raconte la vie de soldat d’Albert Preziosi depuis l’Egypte et la Lybie jusqu’en Russie, au sein de l’escadrille Normandie, en passant par l’Iran et le Liban. Cette aventure extraordinaire est aussi faite de moments d’attente et de rencontres, où les soldats sont accueillis comme des héros par les populations locales. Ces hommes, soudés par une camaraderie virile et une solidarité qui ne prend tout son sens qu’en temps de guerre, profitent alors des plaisirs fugaces que la vie leur offre et que la menace omniprésente de la mort ne rend que plus précieux : des repas bien arrosés, la compagnie de femmes ou de jeunes filles qui apportent un peu de douceur et de réconfort. Tous savent que la probabilité de sortir vivant de cette guerre est extrêmement mince…

 

La Chute d’Icare : Une vie brève et glorieuse

 

Lorsque son avion est abattu en plein désert de Lybie par un Messerschmitt 109, Preziosi parvient à s’en sortir grâce à son parachute. Mais en plein désert, sans nulle perspective à des kilomètres à la ronde ni boussole pour se guider, ses chances de survie sont minces… Miraculeusement, une tribu de Bédouins le recueille alors qu’il était parvenu au bout de ses ressources.

 

Jean-François Roseau la chute d'icare

 

Il est soigné par deux femmes, une mère et sa fille, Aïcha, mariée à l’un des Bédouins momentanément absents, et qui n’a engendré que des filles. Albert comprend bientôt que la mère le pousse dans les bras de sa fille afin de concevoir enfin le garçon tant désiré… Une histoire commence, « sensuelle et sans suite », mais non dépourvue de générosité, de passion et d’abandon. Lorsque les hommes de la tribu reviennent, Albert, pleinement guéri, comprend que sa vocation n’est pas de rester parmi eux. Comme Énée quittant Didon, le héros ne doit pas s’attarder là où son destin ne se trouve pas, alors que quelque chose de plus grand l’appelle. Il retrouve alors l’escadrille.

La suite de La Chute d’Icare est une montée en puissance vers la fureur guerrière : les combats s’intensifient sur le front russe, après les premières missions de reconnaissance. Tuer ou être tué. Les morts sont nombreux dans l’escadrille et les soldats, en période de permission, s’enivrent et font la fête pour, en quelque sorte, conjurer la tristesse et supporter l’éventualité de la mort, dont l’appel devient de plus en plus pressant. Mais, lorsque c’est le moment de partir au combat, il faut, selon la devise de l’École de l’Air, « Faire face », et nul volontaire ne manque à l’appel.

C’est en Russie que Preziosi perd la vie, en juillet 1943, au cours de la bataille d’Orel. Son cou bloqué, séquelle de son accident, l’aurait empêché de voir l’avion ennemi. Comme Icare, il serait monté trop haut et aurait perdu ses ailes sous la mitraille d’un chasseur allemand.  Peut-être fut-il aveuglé par le désir de venger le commandant Tulasne, et son orgueil, signe de démesure, erreur fondamentale dans le monde grec. Mais, comme Achille, lui aussi coupable d’hybris, il aura préféré une vie brève et glorieuse qu’une existence longue et monotone.

 

 

L’écriture de Jean-François Roseau est vive et enthousiaste et son récit, brillamment mené, transmet cette ferveur et cette certitude absolue qui animaient vraisemblablement ces jeunes gens lorsqu’ils prirent la décision de s’engager dans les Forces libres, quoi qu’il leur en coûtât. Il rend hommage aussi à ces hommes qui, sacrifiant leur jeune existence, permirent au monde libre de triompher de la tyrannie.

Citons, en forme de conclusion, et pour faire écho au propos de La Chute d’Icare, ces mots du grand helléniste Jean-Pierre Vernant, héros de la Résistance : « D’abord, ce qui fut fondamental pour les gamins de mon âge dans le choix de la Résistance, c’est le « tout ou rien ». Nous n’avions pas le choix : au nom de quelque chose qui se situe en dehors des valeurs mondaines, sociales ou honorifiques, il nous semblait impossible d’accepter l’inacceptable. Il fallait donc s’engager. Et nous le faisions en sachant que nous risquerions chaque jour notre vie. Voilà le sens de ce «tout ou rien». Il faut comprendre cela si l’on veut comprendre quelque chose à la Résistance. Nous savions que nous pouvions être arrêtés et fusillés, et chaque matin au réveil nous y pensions. Et pourtant nous étions heureux… » (entretien publié dans l’hebdomadaire L’Express du 1er décembre 2004).

 

En savoir plus :

  • La Chute d’Icare, Jean-François Roseau, Éditions de Fallois, août 2016, 352 pages, 20 €

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