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© Cynthia Frebour

[INTERVIEW] Nina Meurisse : « J’ai été élevée dans l’idée que le travail paie »

Un long métrage à dix ans et une mini-série de prestige à vingt-huit ans, découvrez notre interview de Nina Meurisse, une jeune actrice française qui monte.

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Interview de Nina Meurisse

 

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© Cynthia Frebour

L’actrice Nina Meurisse a dix ans quand elle joue face à l’actrice Isabelle Huppert dans le long métrage Saint-Cyr (2000) de Patricia Mazuy. Depuis, elle navigue entre cinéma, télévision et théâtre avec un début d’année 2017 particulièrement riche :

Rencontre dans les slides suivants avec la jeune et talentueuse Nina Meurisse.

« Être au plus proche
des sentiments d’un personnage
et ne pas tricher »

 

nina meurisse affiche saint-cyrBulles de Culture : Saint-Cyr est votre premier film et votre première expérience en tant que comédienne.

Nina Meurisse : Oui, j’avais dix ans et demi.

Bulles de Culture : Et vous n’aviez jamais imaginé être comédienne avant, n’est-ce pas ?

Nina Meurisse : Je voulais plutôt être musicienne puisque mon père est musicien et j’étais dans une école où on avait l’école le matin et la musique l’après-midi. Mais ils ont fait un casting sur plus de 250 filles en Normandie et un peu par hasard, des amis de mes parents leur ont dit que je devais le passer et moi, je ne leur en avais pas parlé parce que je savais qu’ils n’allaient pas être d’accord. Et comme tout le monde a passé ce casting, je l’ai passé. Et je me suis retrouvée avec un des rôles principaux. Et comme on ne m’a pas dit que c’était un rôle principal, j’ai fait cette expérience comme on fait une colonie de vacances.

Bulles de Culture : Quel regard rétrospectif portez-vous sur cette première expérience cinématographique ?

Nina Meurisse : Ça a fondé ma façon de travailler. Patricia Mazuy et la coach Harmel Sbraire m’ont appris à jouer. Ensuite, j’ai fait plusieurs tournages avant de revenir aux classiques pour apprendre plein de trucs techniques comme être plus instinctive ou se servir de ce qu’on a vécu pour être au plus proche des sentiments d’un personnage et ne pas tricher. Patricia Mazuy était très dure là-dessus et elle avait raison. L’idée est que la caméra est un microscope et on sent tout de suite quand on triche. Elle disait : « Il faut que tu vives la scène ». Surtout à dix ans, quand on a aucune technique, il faut mieux être dans un truc assez réaliste. Donc j’ai travaillé longtemps comme ça. Maintenant avec le théâtre, ça change. Mais j’aime bien garder cette ligne-là, cette sorte d’honnêteté.

Bulles de Culture : Et quel souvenir gardez-vous de l’actrice Isabelle Huppert avec laquelle vous avez joué dans Saint-Cyr ?

Nina Meurisse : Celui d’une femme incroyable et d’un professionnalisme hors pair. Je me souviens d’un jour où elle parle, elle parle puis on dit « Moteur, action » et elle se retourne en larmes… Il y a eu quinze secondes entre ce moment de dos et celui où elle s’est retournée. Et je me suis dit : « C’est ça être une grande actrice ».

« je pense qu’on peut être dans l’instinctif
en ayant un peu de technique »

 

Bulles de Culture : Qu’avez-vous fait après le long métrage Saint-Cyr ?

Nina Meurisse : Après, on m’a proposé d’entrer dans une agence de comédiens mais j’ai dit non, que j’étais jeune et que j’avais envie de continuer l’école. Et puis ça m’a un peu rattrapé, on m’a rappelé pour faire des essais pour un court-métrage puis d’autres, puis un film d’Ursula Meyer [NDLR : le téléfilm Des Épaules solides en 2002].

Bulles de Culture : Vous avez suivi aussi des formations…

Nina Meurisse : J’ai suivi des cours pendant quelques mois à « l’école du Printemps » à l’Académie des arts de Minsk car j’ai été séduite par le pluralité des discipline (mime, claquettes, danse, chant, biomécanique, histoires sonores…) et « le faire » qui correspond à mon éducation. J’ai été élevée dans l’idée que le travail paie et que ce n’est que par le travail qu’on y arrive. Et en travaillant de 8h à 23h, on s’est tous étonnés de voir les capacités qu’on avait. C’est super agréable dans la vie quand on arrive à se dépasser pour un projet. C’est très valorisant.

J’ai été aussi au Studio d’Asnières pendant cinq ans avec escrime, masque et beaucoup de travail sur les classiques. Je remercie Hervé Van der Meulen qui était mon professeur de diction et je pense bien à lui quand il faut porter la voix sur le plateau du Théâtre de la Porte Saint-Martin. Car je pense qu’on peut être dans l’instinctif en ayant un peu de technique.
Le Studio d’Asnières m’a aussi permis de rencontrer un groupe de comédiens avec lequel je travaille maintenant comme la metteuse en scène Lorraine de Sagazan [NDLR : Lorraine de Sagazan mettra en scène Une maison de poupée au Théâtre Sylvia Monfort à la rentrée 2017]. Il y a vraiment des comédiens formidables qui sortent de cette école.

« Je trouve que le cinéma d’aujourd’hui,
on le fait avec les gens de notre âge »

 

Bulles de Culture : Les court-métrages occupent aussi une grande place dans votre parcours d’actrice. Vous avez d’ailleurs réalisé Petit traité de marketing en 2002, un film qui a reçu le Prix de l’humour au festival de Houlgate. Pouvez-vous nous parler de cette expérience de réalisation ?

Nina Meurisse : Petit traité de marketing était un parallèle entre la façon dont on drague une fille et la façon dont on vend un produit en marketing. J’ai joué dedans avec des copains, c’était très drôle et on a gagné le Prix de l’humour. Je crois que c’était pour un concours de région et ça s’est fait instinctivement. Maintenant, j’ai perdu ce truc instinctif mais à l’époque, ça me paraissait très simple de faire ce film.

Bulles de Culture : Et pourquoi continuez-vous à jouer dans des court-métrages?

Nina Meurisse : Déjà, ça permet de travailler avec des gens de notre génération. J’adorerais travailler avec plein de grands réalisateurs qui ont une grande expérience mais en même temps, je trouve que le cinéma d’aujourd’hui, on le fait avec les gens de notre âge. Du coup, j’aime bien rencontrer cette génération-là et inventer un truc avec eux. Et souvent les court-métrages permettent d’explorer.
Par exemple, là, je vais faire une comédie burlesque de Lola Naymark qui est comédienne [NDLR : Il était une fois mon prince viendra de Lola Naymark avec Bastien Bouillon et produit par Offshore]. Je n’aurais jamais eu un rôle comme ça dans un long métrage. A part Bruno Romy ou Fiona Gordon et Dominique Abel qui ont fait Paris pieds nus, il y a très peu de gens qui font ce genre de films et pour moi, c’est l’occasion d’essayer ça. Et aussi de rencontrer des gens avec lesquels je pourrais retravailler sur du long après.

Bulles de Culture : Ce passage par le court-métrage a aussi permis votre retour au long métrage puisque votre second film après Saint-Cyr est Complices (2009). Or, ce film est le premier long de Frédéric Mermoud, un réalisateur avec lequel vous aviez tourné deux courts.

Nina Meurisse : Oui, on s’est rencontré sur le film L’escalier [NDLR : un court-métrage de 2002] qui a fait un carton dans tous les festivals pendant au moins deux ans. Après on a fait un autre court-métrage [NDLR : le court-métrage Rachel en 2006] qui était un peu l’évolution du personnage. Puis Complices. C’est comme avec Agnès Jaoui avec qui j’ai fait Au bout du conte [NDLR : un long métrage réalisé par Agnès Jaoui en 2013] et qui me propose maintenant des pièces de théâtre.

« Dès qu’il y a de la préparation physique,
j’adore ça »

 

Bulles de Culture : Votre dernier rôle marquant est à la télévision avec celui de Diane Berg, une jeune psychiatre obsédée par le tueur en série Julian Hirtmann (interprété par Pascal Greggory), dans la série Glacé de Laurent Herbiet, diffusée sur M6. Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce personnage et dans ce projet ?

Nina Meurisse : Par rapport à mon personnage, c’est sa complexité et son évolution. Il y avait aussi le challenge physique de la boxe qui m’excitait beaucoup. Dans ma famille, il y a beaucoup de psychiatres donc c’est un milieu que je connais bien. J’ai même fait un documentaire sur le milieu psychiatrique il y a deux ans, Entre deux, avec des portraits de patients en hôpital psychiatrique.

Après j’ai beaucoup aimé Malaterra de Laurent Herbiet [NDLR : une mini-série diffusée sur France 2 en 2015] et l’ambition de M6 de revenir à une fiction de qualité m’a plu. La télévision devient de plus en plus séduisante parce qu’on fait confiance à notre génération, on met des scénaristes qui bossent à plusieurs sur des projets et cela donne des personnages très étoffés. Titiller un peu Netflix, c’est un peu ça l’idée maintenant. Avec des séries comme Zone Blanche, Cannabis, on arrive à ça… enfin ! Il était temps qu’on fasse confiance à cette génération ainsi qu’au public.

 

 

Bulles de Culture : Et comment choisissez-vous vos rôles ?

Nina Meurisse : Déjà, c’est un coup de cœur de scénario : est-ce que cela me parle ou pas ? Et est-ce que c’est différent de ce que j’ai déjà fait ? J’aime bien l’idée de changer. Et dès qu’il y a de la préparation physique, j’adore ça. Sur le film d’Agnès Jaoui, je devais apprendre le violoncelle et sur Glacé, j’ai fait deux mois de boxe. Après c’est un tout, sentir que le scénario est bien ciselé, que le réalisateur est exigeant, mais je n’ai pas envie de m’enfermer, d’être dans une case.

Bulles de Culture : Est-ce que votre formation en musique classique (guitare, harpe et piano) vous aide dans votre jeu ?

Nina Meurisse : Non et je déplore la façon dont on apprend la musique au Conservatoire. C’est d’une rigidité, j’ai dû pleurer un cours sur deux. J’ai fait dix ans de musique et je ne sais pas improviser avec mon instrument, par exemple. J’ai eu mon diplôme de fin d’études en jouant un morceau très compliqué que j’ai travaillé quatre heures par jour mais je ne sais pas improviser. Je trouve ça très triste. Je pense qu’on joue mieux quand on a du plaisir à apprendre les choses. Alors, je me rattrape sur le chant. Je travaille beaucoup le chant et j’improvise beaucoup. C’est plutôt jazz du coup.

« Je suis contente
de rejouer au théâtre »

 

 

Bulles de Culture : Côté théâtre, vous finissez actuellement de jouer dans deux spectacles à l’affiche du Théâtre de la Porte Saint-Martin…

Nina Meurisse : Oui, c’est un vieux théâtre parisien. Il respire toute une histoire. Entre sa hauteur, le plateau qui est très grand, on sent tous les spectacles qui sont passés derrière. Comme aux Bouffes du Nord qui a une histoire très, très forte. Là, je trouve qu’on sent aussi tous les classiques qui sont passées derrière et c’est assez chouette de sentir ça.

Bulles de Culture : Vous y êtes donc dans deux pièces de théâtre jouées en alternance, Cuisine et dépendances et Un air de famille. Celles-ci sont toutes les deux mises en scène par Agnès Jaoui. Aviez-vous vu leurs adaptations cinématographiques [NDLR : Cuisine et dépendances réalisé par Philippe Muyl en 1992 et Un air de famille réalisé par Cédric Klapisch en 1996] ?

Nina Meurisse : Oui, Un air de famille, je l’ai vu beaucoup de fois. Cuisine et dépendances, moins.

Bulles de Culture : Vous y jouez les deux rôles qu’Agnès Jaoui a interprété, Charlotte, la femme d’une célébrité, et Betty, la rebelle de la famille. Comment l’avez-vous vécu ?

Nina Meurisse : Pour le public, il y a vraiment une identification et une comparaison. Moi, je les ai abordés comme j’aurais abordé d’autres personnages. Mais le fait qu’Agnès Jaoui ait écrit, joué et maintenant mis en scène ces pièces, c’est particulier mais c’est aussi un atout parce qu’elle savait les écueils à éviter et la rythmique qui marche. Donc elle nous a aiguillés de manière très précise mais en nous laissant pas mal de liberté aussi.

Bulles de Culture : Et comment avez-vous abordé ces deux rôles ?

Nina Meurisse : Comme Agnès Jaoui les a coécrits et que Jean-Pierre Bacri est beaucoup venu aux répétitions, ils nous ont beaucoup nourri de la « matière » de leur écriture car ils se sont inspiré de personnes réelles.

Et par rapport à mes deux personnages, comme eux, j’ai 30 ans et je n’ai pas d’enfant. Il y a d’un côté ce discours d’émancipation qui me parle avec une femme de 30 ans qui veut faire sa vie de femme libre [NDLR : dans la pièce Un air de famille]. Et de l’autre, il y a ce personnage que je peux comprendre aussi, celui d’une femme très mûre avec une féminité très affirmée mais qui est tiraillée entre le pouvoir, l’amitié, le passé et la nostalgie [NDLR : dans la pièce Cuisine et dépendances]. Ce sont deux personnages opposés mais qui ont des points communs.

 

 

Bulles de Culture : Ce n’est pas votre première incursion dans le théâtre puisque vous en aviez aussi fait en 2007 et 2008…

Nina Meurisse : Oui et l’été dernier aussi dans la pièce de théâtre Démons mise en scène par Lorraine de Sagazan à La Manufacture pendant le Festival d’Avignon. J’ai aussi joué dans L’oiseau bleu mis en scène par Adrien de Van et dans plusieurs pièces au Studio d’Asnières. Mais après, comme j’ai beaucoup tourné, je n’avais plus trop le temps. Et là, je suis bien contente d’y retourner. En 2018, on reprendra Platonov avec Lorraine de Sagazan, Romain Cottard et toute une équipe.

« Le fait de travailler avec les autres
me rend plus créative, plus énergique »

 

Bulles de Culture : Vous avez donc plein de projets en perspective…

Nina Meurisse : Oui, il y a donc ce Platonov, le court-métrage de Lola Naymark qu’on tourne fin mai 2017, un autre qui sort à la fin de l’année [NDLR : le court-métrage Mad de Sophie Tavert, produit par les Films Grand Huit, sur l’engagement d’une jeune journaliste en Syrie] et j’attends des réponses pour des projets qui devraient se concrétiser avant décembre.

Bulles de Culture : Est-ce qu’il pourrait y avoir aussi des projets de musique ?

Nina Meurisse : J’aimerais beaucoup mais je ne suis pas très forte pour travailler toute seule. Le fait de travailler avec les autres me rend plus créative, plus énergique donc j’aimerais bien rencontrer des gens pour faire de la musique.

Bulles de Culture : Et un retour à la réalisation ?

Nina Meurisse : Oui. J’écris un scénario que j’ai du mal à finaliser toute seule mais j’y travaille.

Propos recueillis le 30 mars 2017 au café-restaurant Le Sarah Bernhardt (Paris, France).

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En savoir plus :

  • Glacé a été diffusé sur M6 du 10 au 24 janvier 2017
  • Cuisine et dépendances et Un air de famille en alternance au Théâtre de la Porte Saint-Martin du 14 janvier au 29 avril 2017

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