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[CRITIQUE] « Grave » (2016) de Julia Ducournau

Un film d’horreur franco-belge sur le cannibalisme : à quoi cela peut-il bien ressembler ? Grave, le premier long-métrage de Julia Ducournau, est l’objet filmique intrigant de ce mois de mars. Notre avis.

Synopsis :

Dans la famille de Justine (actrice), tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

Tu vas voir un film d’horreur ?
T’es grave

 

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© 2016 Wild Bunch

Commençons par une confession : je n’y connais presque rien en cinéma d’horreur. Mais quelque chose m’intriguait avec Grave : un film d’horreur français ? et même franco-belge ? réalisé par une jeune femme ? qui sort de la Fémis ? Voilà qui allait à l’encontre de mes préjugés. Alors j’y suis allée, pas très rassurée quand même parce que j’avais lu qu’à une projection aux Etats-Unis, des spectateurs étaient tombés dans les pommes et avaient dû être évacués [1].  J’ai pris soin de me placer en bout de rangée, pour ne pas trop déranger mes voisins en cas de malaise. J’ai aussi évité de trop manger avant.

Alors bien sûr, il y a deux-trois scènes gores qui donnent envie de se cacher les yeux. Il y a aussi un « jump scare » d’anthologie, pendant une scène d’épilation du maillot, qui fait autant sursauter qu’éclater de rire. La dernière fois qu’une scène m’avait fait ce double effet simultané, c’était dans Toni Erdmann (ces deux films ne sont d’ailleurs pas si dissemblables qu’il n’y paraît).

On trouve enfin quelques références au genre horrifique : un grand clin d’oeil à Carrie par ci, une sorte de marche de zombies par là, et sûrement beaucoup d’autres qui n’échapperont pas aux fans du genre.

Goûts et couleurs

 

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© 2016 Wild Bunch

 

Mais le long métrage Grave déborde complètement de la case où l’on voudrait le ranger – film d’horreur, catégorie cannibale -. C’est avant tout un film sur la métamorphose. Il parle aussi de la fin de l’adolescence, du désir féminin, de la frontière entre humanité et animalité. C’est même à certains égards un drame social. Le cannibalisme a en effet ceci d’intéressant qu’il permet de renvoyer à de nombreuses métaphores : dévoration sociale, sexualité, inspiration artistique… il y aurait beaucoup de ficelles à démêler pour découvrir tout ce que Julia Ducournau veut nous dire.

Trêve d’analyse littéraire. La forme est tout aussi intéressante que le propos, et plus immédiatement jouissive : déjà, Grave est un film tout à fait protéiforme qui épouse en cela son thème principal. Ce côté « mais qu’est-ce que je suis en train de regarder ? » ne quitte jamais vraiment le spectateur, comme d’ailleurs dans Toni Erdmann.

Ensuite, les scènes s’y enchaînent d’une manière remarquable : aucune place aux scènes de transitions, aux montages ennuyeux qui montrent que le temps a passé. Ici, on va à l’essentiel sans avoir le temps de souffler et c’est tant mieux.

Un amuse-bouche prometteur

 

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© 2016 Wild Bunch

 

La musique accompagne parfaitement ce rythme et amplifie les trouvailles de mises en scène. Le moment où Justine écoute une chanson de rap du groupe Orties devant son miroir avec ses écouteurs est particulièrement mémorable.

Garance Marillier, l’interprète de Justine, est (déjà) une excellente actrice. Il fallait beaucoup de talent pour jouer cette jeune fille toute sage qui se transforme peu à peu en cannibale, doit gérer ses pulsions et questionne les limites de l’humanité et de la monstruosité. Justine se cherche dans un drôle équilibre, cernée par deux personnages secondaires eux aussi formidablement interprétés :

  • son coloc Adrien (Rabah Naït Oufella, qui a bien grandi depuis Entre les murs), humain, trop humain ;
  • et sa sœur Alexia (Ella Rumpf), peut-être le véritable monstre.

Scénario, mise en scène, musique, casting : pour son premier long-métrage, Julia Ducournau a tout bon. Voilà qui nous ouvre l’appétit pour la suite de sa carrière.

Du début à la fin, un peu à l’image de son héroïne, le film Grave marche sur un fil entre le dérangeant et le jubilatoire, entre le répugnant et le réjouissant. La recette fonctionne : j’en suis sortie ragaillardie, revigorée, rassasiée. Comme après une bonne entrecôte.

[1] (il s’agit en fait d’une fake news, ou plutôt une exagération qui s’est répandue de façon virale)

 

En savoir plus :

  • Autre critique du film Grave, vu à la Semaine Internationale de la Critique au Festival de Cannes 2016
  • Date de sortie France : 15/03/2017
  • Distribution France : Wild Bunch Distribution
Lauriane N.

Lauriane N.

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
Cinéphile dilettante, j'aime qu'on me raconte des histoires.

Top 3 Cinéma : "Mulholland Drive" (2001), "Mommy" (2014), "Volver" (2006)
Lauriane N.

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