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[CRITIQUE] Le Printemps des poètes 2017 : « 120 nuances d’Afrique » par Bruno Doucey, Nimrod et Christian Poslaniec

Thème de la manifestation Le Printemps des Poètes 2017, l’Afrique dans sa pluralité, dans sa diversité, trouve un brillant écho dans l’anthologie 120 nuances d’Afrique, établie par Bruno Doucey, Nimrod et Christian Poslaniec, qui a paru pour l’événement.

Synopsis :

Le Printemps des Poètes 2017 qui vient de se clôturer a pénétré en territoire africain. Les Éditions Bruno Doucey vous propose à cette occasion un voyage riche sur des terres poétiques méconnues et pourtant luxuriantes de création. Douze entités géographiques, dix poèmes pour chacune d’elle, ce qui vous offre un panel généreux de 120 nuances d’Afrique, ou 120 nuances somptueuses de poésie. Établie par Bruno Doucey, Nimrod et Christian Poslaniec, cette anthologie est un immense hommage à la force active d’une poésie créatrice.

120 nuances d’Afrique :
« Terre Mater » ou « Terre, ma terre »

 

C’est donc sur une terre globalement méconnue que nous posons le pied avec ce magnifique recueil 120 nuances d’Afrique proposé par les Éditions Bruno Doucey. La division de l’anthologie en douze régions géographiques distinctes aide le lecteur peu habitué à côtoyer l’Afrique à établir des repères. À partir de là, il n’y a plus qu’à se laisser conduire.

Ce que l’on découvre alors, au gré des aventures en terre africaine, c’est une ode à la terre, cette Terre mère et nourricière. La Terre comme élément primordial imprègne profondément les pages du recueil. La voici généreuse, qui donne la vie, qui la reprend aussi. Cet hymne à la Terre a la valeur d’une prière accordée à une puissance supérieure à laquelle on est invariablement soumis. L’élan de vie rencontre l’élan de mort, et la luxuriance le dénuement le plus amer.

Mais cette Terre, c’est aussi celle qui offre une identité. La Terre est appartenance. Elle est peuples et vie. Elle est musique et rythme, chant divin entonné en chœur. Elle est voix des mythes et refuge des croyances. Elle est ce qui offre à chaque région une singularité en même temps qu’une universalité. Elle est le nuancier infini d’une couleur dominante et persistante. Car elle est aussi mémoire universelle. Mémoire historique à la voix malmenée. Mémoire des erreurs lourdes du passé.

Source de convoitises et d’incessants conflits, la terre reste aussi en Afrique ce qui suscite l’Envie. Et ces conflits de terres et d’ethnies transpercent les pages et les récits. La terre est lourde ainsi. Elle est le pire des hommes et des armes le cri.

120 nuances d’Afrique :
La luxuriance et la misère

 

Dans cette odyssée merveilleuse à laquelle nous invite le recueil 120 nuances d’Afrique, la terre charrie les mots et façonne les vers. Les rythmes vous emportent de poèmes en poèmes. Les images grandissent, surgissent, fascinent dans leurs richesses. Les images prolifèrent et deviennent prolixes pour dire le manque, la faim, les affres de la pauvreté.

Ce qui saisit dans ce recueil, c’est la force de ce contraste. Cet élan prolifique, qu’on dirait vital, viscéral dans la création jaillit vivement pour donner chair à une réalité noircie de mort et de cris, abimée de guerres inlassables, habitée d’innocents vainement sacrifiés, criblée de balles, hantée de poings levés.

Toutes ces réalités cruelles que l’Europe préfère oublier, 120 nuances d’Afrique les embrassent pour dire, oser dire haut et fort la rage et la violence, la peur et les errances, l’exil et sa béance, le colonialisme et ses survivances, l’espoir en partance. Toutes les pernicieuses subtilités nuancées d’une souffrance incessante.

120 nuances d’Afrique, c’est l’assurance d’entendre à présent autre chose que des titres d’actualité moroses à propos de l’Afrique. C’est la promesse de sentir dans ses chairs le cri d’un continent.

120 nuances d’Afrique :
La générosité des laissés-pour-compte

 

120 nuances d’Afrique est infiniment précieux pour le lecteur qu’il transforme de l’intérieur. Car la force du lyrisme, la beauté de ces mots pétris et chéris atteignent au cœur, et engagent la conscience de celui qui entend.

Aimé Césaire, Kateb Yacine, Léopold Sédar Senghor, Léon Gontran Damas résonnent à vos oreilles. Mais loin d’être un recueil historique, 120 nuances d’Afrique vous entraînent aussi vers les cris grinçants d’actualité, comme celui saisissant de Warsan Shire avec Home qui dit toute la douleur du départ en exil.

120 nuances d’Afrique offre un support, un soutien de choix aux voix de ces poètes, hommes et femmes des XXe et XXIe siècles, que l’on ne connaît malheureusement pas. Car si Léopold Sédar Senghor les avait oubliées dans l’anthologie qu’il avait créée — Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française publiée aux éditions Presses universitaires de France en 1948 —, les voix féminines trouvent ici une place appréciable et appréciée.

Et tous ces hommes et ces femmes que l’Europe refuse de regarder, toutes ces terres ravagées et oubliées, ces terreurs qui ne trouvent plus de nom, rencontrent dans le recueil un écho qui dise le cri de la révolte, l’amertume des sanglots, la cruauté de la faim, le noir de la misère, la rancœur du passé, le désarroi des morts inutiles, la tristesse de l’oubli.

Au fil des lectures et des relectures, 120 nuances d’Afrique n’a pas fini de vous gagner. Jamais plus sa force poétique ne saura vous quitter.

 

 

En savoir plus :

  • 120 nuances d’Afrique, anthologie établie par Bruno Doucey, Nimrod, et Christian Poslianec pour le Printemps des Poètes 2017, Éditions Bruno Doucey, janvier 2017, 280 pages, 20 €
  • Vous pouvez retrouver des poèmes de cette anthologie lus dans l’émission « Ça peut pas faire de mal » du 4 mars 2017
  • Le Printemps des Poètes 2017 a eu lieu du 4 au 19 mars en France et à l’étranger

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