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1:54 affiche film

[CRITIQUE] “1:54” (2017) de Yan England

Après son passage au Festival du film francophone d’Angoulême 2016, le premier long métrage 1:54 du réalisateur canadien Yan England arrive enfin sur nos écrans. Antoine-Olivier Pilon, l’acteur de Mommy (2014) de Xavier Dolan, y a reçu un prix d’interprétation. Notre critique sur ce film choc. 

Synopsis :

À 16 ans, Tim (Antoine-Olivier Pilon) est un jeune homme timide, brillant, et doté d’un talent sportif naturel. Mais la pression qu’il subit le poussera jusque dans ses derniers retranchements, là où les limites humaines atteignent le point de non-retour.

1 film à Oscars en 5 ou 4 leçons

 

© Bertrand Calmeau

 

Les mauvaises langues diront que Yan England a le don pour les sujets à Oscars. Après la maladie d’Alzheimer dans Henry, le long métrage 1:54 traite en un seul film:

  • le pouvoir d’intimidation des vidéos sur les réseaux sociaux,
  • l’homosexualité et l’homophobie chez les ados,
  • la rédemption par le sport plutôt que par la violence,
  • le suicide adolescent.

Mais nous ne ferons pas les mauvaises langues, car le film offre un traitement plutôt intéressant d’une partie de ces sujets.

Sur le pouvoir des vidéos amateurs, le film 1:54 complète bien deux teen movies très réussis : Bang Gang une histoire d’amour moderne d’Eva Husson avec le fantastique Finnegan Oldfield et Nerve d’Ariel Schulman et Henry Joost avec les sexys Dave Franco et Emma Roberts. Dans les trois films, ces vidéos offrent la gloire aux ados qui diffusent leurs exploits, mais provoquent une détresse extrême quand ils sont piégés par des camarades en quête de cyber-notoriété.

À ce titre, le long métrage 1:54 et les autres semblent d’utilité publique, en parlant aux ados de sujets que les parents et l’école comprennent très mal.

Un  teen movie de stars avant tout pédagogique

 

1:54 film photo Antoine Olivier Pilon
© Bertrand Calmeau

 

Le message du film 1:54 a sûrement été entendu au Québec puisque le film y a connu un joli succès. Peut-être grâce à la ribambelle d’ados stars qu’il réunit:

  • Antoine Olivier Pilon, beaucoup plus calme que dans Mommy,
  • Lou-Pascal Tremblay, pas encore connu en Europe mais adulé par 100% des adolescentes québécoises,
  • l’ultra douée Sophie Nélisse découverte – encore aux Oscars – dans Monsieur Lazare,
  • et Irdens Exantus découvert dans le super cocasse Guibord s’en va-t-en guerre.

Cependant, cette ambition pédagogique de masse est à la fois l’atout et la limite de 1:54. Si on est un adulte français, va-t-on vraiment s’intéresser au film ? Ne va-t-on pas plutôt s’agacer de cette fin alambiquée, clairement pas la meilleure possible, mais la seule viable d’un point de vue pédagogique ?

On s’agacera peut-être, mais le film n’est pourtant pas dénué d’intérêt. Pourquoi ?

Un budget haut comme 1:54 pommes

 

1:54 film photo Antoine Olivier Pilon
© Bertrand Calmeau

 

Tourné en 25 jours avec un budget très modeste, le long métrage 1:54 dit beaucoup avec très peu de moyens.

Une école, un terrain vague, quelques maisons, une musique très réussie et bien utilisée, et des ados. Et voilà. Ne donnez pas de moyens aux jeunes réalisateurs, vous leur rendrez le plus grand service. Parmi les idées à zéro dollar canadien, Yan England montre les fantasmes et les hantises de Tim à travers des rêves et des visions troublantes. Il offre notamment des apparitions assez fortes de l’ami suicidé.

1:54 millimètres de profondeur

 

1:54 film photo Antoine Olivier Pilon
© Bertrand Calmeau

 

1:54 est donc assez riche par la quantité de sujets traités et l’univers qu’il explore. Étonnamment, il pêche dans le même temps par un vrai manque de profondeur de ses personnages.

D’abord on peine adhérer à cette bande de jeunes juste bêtement méchants, sans avoir aucune idée de qui ils sont et quelle est leur motivation. Ils semblent avoir une simple fonction scénaristique.

D’autre part, la plupart des acteurs fabriquent les émotions, parfois dans leur version cliché. En tête du podium ce regard inquiet qu’Antoine Olivier Pilon ressert dix fois sans jamais qu’on y croit… Sans génial directeur d’acteur comme Xavier Dolan et avec un rôle qui ne lui va pas si bien, la jeune star perd une partie de sa superbe. Malgré ses très grandes facilités d’acteurs, il est bien moins poignant dans 1:54 que dans Mommy.

Dans la catégorie “déception” on découvre, ou pas, un Lou-Pascal Tremblay qui se repose sur ses lauriers de starlette québécoise. Il démarrera probablement sa carrière française dans des conditions mitigées.

Ceci étant et là ça vaut le détour, on constate le talent inchangé de Sophie Nélisse devenue adolescente. Très précise, elle est toujours aussi touchante et juste.

 

 

Bref, comme la plupart des teen movies, 1:54 porte avant tout un message pédagogique, camouflé par des ados stars et quelques émois amoureux. Sans mièvrerie, ce qui est toujours appréciable. Après Bang Gang une histoire d’amour moderne et Nerve, l’intimidation par les réseaux sociaux n’est plus un sujet nouveau. Mais peut-être faut-il le seriner tant il est puissant, et surtout peu compris par l’école et les parents…

Pour un premier film, 1:54 est donc plutôt précis et intéressant, même s’il cède à quelques facilités et étonne par une fin un brin tarabiscotée. On le recommande sans modération aux ados et aux amateurs de nouveaux réalisateurs québécois. Avec modération pour les autres.

 

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 15/03/2017
  • Distribution France : ARP Selection

 

 

Marie Deconinck

Marie Deconinck

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
Comédienne franco-québécoise, scénariste à mes heures et surtout obsédée de cinéma, j'aime les oeuvres flamboyantes et hypersensibles (Terrence Malick, Leos Carax, Charlie Kaufman, Xavier Dolan, David Lynch, Les frères Coen, Coppola...).

Top 5 Cinéma : "Nos meilleures années" (2003),"The Tree of Life" (2011), "Fargo" (1996), "Apocalypse Now" (1979), "Les enfants du paradis" (1945), "Eternal Sunshine of the Spotless Mind" (2004)
Marie Deconinck

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