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[CRITIQUE] “De sas en sas” (2016) de Rachida Brakni : En attendant le parloir

Après le théâtre (Face au paradis, Victor), De sas en sas est le premier film de l’actrice Rachida Brakni (Chaos, Les Bureaux de Dieu) en tant que metteuse en scène. Notre avis sur un film de prison où elle fait preuve d’un réel talent de réalisatrice.

Synopsis :

Par une journée d’été, Nora (Zita Hanrot) et sa mère Fatma (Samira Brahmia) prennent la route en direction de Fleury-Mérogis, où des femmes rendent régulièrement visite à un proche, un fils, un père, un frère, un compagnon. A l’entrée de l’établissement, elles retrouvent les visages connus des gardiens et des autres visiteuses : Judith (Judith Caen), Houria (Souad Flissi), Sonia (Meriem Serbah), Nawell (Salma Lahmer)… C’est le début d’une longue traversée de sas en sas, des premiers contrôles jusqu’au parloir. Mais ce jour-là, la canicule rend l’attente insupportable. À mesure qu’elles avancent, les liens du groupe se font et se défont, la tension monte jusqu’à ce qu’elles laissent exploser leurs rancœurs.

De sas en sas :
Le théâtre de l’absurde carcéral

 

Comme souvent dans les films français sur la prison, un établissement pénitentiaire est tout d’abord un éloignement vers une zone périurbaine où il n’y pas grande chose si ce n’est la fameuse prison. Mais le saviez-vous ? Si vous êtes un visiteur en prison, il vous faudra attendre de 1h30 à 2h30 avant d’espérer voir celui que vous êtes venu voir au parloir. Soit le temps d’un long métrage. C’est donc tout naturellement que l’actrice Rachida Brakni a choisi ce cadre pour son premier long métrage De sas en sas où elle y décrit le théâtre de l’absurde qui se joue derrière les quatre murs d’un espace carcéral.

Ainsi, avec son co-scénariste, le journaliste Raphaël Clairefond, Rachida Brakni dresse le portrait d’un groupe de visiteurs-type de prison, comprenant essentiellement des femmes — allant de la femme voilée promise à un détenu à la petite ami extravertie, en passant par la mère de famille, la sœur et la bourgeoise —, qui va vivre une très, très longue attente, passant de sas en sas, avant de voir leurs hommes. Et en situant son récit un jour de canicule, la réalisatrice enferme ses personnages (visiteurs et surveillants) dans un huis-clos aux murs défraichis où des alliances vont se former et se déformer jusqu’à ce que l’étouffante chaleur qui exacerbe peu à peu les nerfs et fasse tout exploser.

Un film entre théâtre et cinéma

 

A partir des anecdotes, personnages et situations piochés dans le réel de l’enferment pénitentiaire, Rachida Brakni propose pour le long métrage De sas en sas une réalisation entre théâtre et cinéma.

Théâtre pour le côté récit choral dans un huis-clos.

Et cinéma par son usage intelligent de la grammaire cinématographique pour cette réalisation derrière les barreaux avec :

  • plan-séquences pour laisser les acteurs évoluer dans l’espace,
  • champs/contre-champs serrés pour bien les enfermer,
  • images en noir et blanc de caméra de vidéo-surveillance pour rappeler le lieu de l’action,
  • et échappées dans l’imaginaire à travers le regard d’une petite fille (Lorette-Sixtine) qui donnera lieu à de jolies moments dans le film : les apparitions ponctuelles d’un fantôme incarné par l’acteur Sacha Bourdo (Western, Pigalle, la nuit) qu’elle sera la seule à voir et une scène silencieuse où elle jouera sur la peinture écaillée d’un des sas de la prison.

Une première réalisation réussie

 

Comme souvent chez les acteurs et actrices qui passent à la réalisation, Rachida Brakni sait choisir et mettre en scène les comédiens. Pour le film De sas en sas, le casting est plutôt réussi avec une mention spéciale à l’actrice Zita Hanrot (Fatima, Le Gang des Antillais) qui prouve une nouvelle fois son talent indéniable et crève littéralement l’écran avec sa colère rentrée dans le rôle de la jeune et rebelle Nora.

Mais les autres tels que le comédien Luc Antoni (Kaboul Kitchen) en gardien blasé et l’actrice non-professionnelle comme Samira Brahmia, ancienne candidate à l’émission de télévision The Voice, qui joue la mère de Nora sont tout aussi bon.

Ainsi, avec ses qualités et ses défauts, le film De sas en sas est un premier film réussi pour la désormais réalisatrice Rachida Brakni. Bravo !

 

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 22/02/2017
  • Distribution France : Les Bookmakers / Capricci Films
Jean-Christophe Nurbel
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Jean-Christophe Nurbel

Rédacteur en Chef / Editor in Chief chez Bulles de Culture
Accro aux films, aux pièces de théâtre, aux séries et à la culture en général, j'aime les œuvres qui me surprennent.

Top 3 Cinéma : "À bout de souffle" (1960), "Blade Runner" (1982), "Casablanca" (1942)
Top 3 TV : "Engrenages" (2005-...), "The Wire" (2002-2008), "Twin Peaks" (1990-1991)
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