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[CRITIQUE] “The Birth of a Nation” (2016) : Contre le faux-départ du cinéma américain

Une révolte d’esclaves qui fait polémique : un siècle après le film éponyme de D.W. Griffith, le film de l’acteur et réalisateur Nate Parker propose une deuxième version du récit de la naissance des États-Unis. Notre avis sur le film The Birth of a Nation.

Synopsis :

Dans une plantation de coton en Virginie, État du Southampton, le prédicateur Nat Turner (Nate Parker), témoin et victime des violences infligées par le système esclavagiste, détourne la Bible pour en faire l’arme de la libération des esclaves.

Color Line & nigger dead

 

The Birth of a Nation image 1
© 20th Century Fox 2017

 

Quand les européens sont arrivés sur le sol des Amériques, ils sont arrivés avec deux armes : l’arme à feu et la Bible. Du XVIIe au XIXe siècle, il y aura le commerce triangulaire entre l’Europe, l’Afrique et les territoires des Amériques (Sud, Nord, Caraïbe). Pendant trois siècles, les européens déportent puis vendent des africains pour les faire travailler dans les champs de coton sur les territoires amérindiens, les Amériques, ou les plantations sucrières dans la Caraïbe, entre autres.

Basé sur les écrits The Confessions of Nat Turner: The Leader of the Late Insurrection in Southampton, le long métrage The Birth of a Nation raconte l’histoire de la révolte d’esclaves de 1831 en Virginie qui est survenue trente ans avant la guerre entre les États du Sud esclavagistes et ceux du Nord industriels, “The Civil War” qui aboutira à l’abolition de l’esclavage et à la création des États-Unis.

Reprenant le titre d’un film qui a posé les bases de la narration du cinéma classique américain en inventant le montage alterné, le film de Nate Parker est conçu comme un contre-pied au film The Birth of a Nation (1915) de D.W. Griffith qui est aussi et surtout un film profondément raciste et qui fait l’apologie de la “White Supremacy”.

Si à l’époque du film de D.W. Griffith, l’esclavage est aboli aux États-Unis, le Noir n’est toujours pas considéré comme un égal. Les États du Sud pratiquent toujours la ségrégation raciale basée sur la “Color Line”. Dans The Birth of a Nation de Nate Parker qui raconte l’histoire du prêcheur Nat Turner dans une plantation de coton en Virginie, la “Color Line” est l’élément déclencheur du récit : l’esclave doit être muni d’un laisser-passer pour se déplacer. Sans ce laisser-passer, il est un “nigger dead”, un nègre mort.

Témoin des violences infligées envers son père dans une séquence inaugurale dans lequel celui-ci doit montrer son laisser-passer puis de celles envers sa femme qui se trouvait au mauvais endroit sans laisser-passer — son père prendra la fuite, sa femme sera atrocement défigurée —, Nat Turner, doté d’un don depuis sa plus tendre enfance qui fera de lui un prédicateur selon la volonté de ses maîtres (il sait lire), s’insurge peu à peu face au système esclavagiste.

Strange fruit

 

The Birth of a Nation image 3
© 20th Century Fox 2017

 

Le film The Birth of a Nation prend alors les allures d’une tragédie en trois actes mettant en scène le destin d’un homme qui se décide à prendre les armes pour lutter contre un gigantesque crime organisé. Entre l’innocence de l’enfance et le combat, il y a la révélation, le moment où Nat Turner prend conscience que dans chaque verset de la Bible, il y a la légitimation de leur soumission en tant qu’esclaves mais aussi un plaidoyer pour leur libération.

Au fur et à mesure que le personnage se distance du paradis de l’enfance, l’image devient d’une froideur tranchante. Les mots résonnent sur des nappes sonores ténébreuses, ils ne sont plus en emphase avec l’innocence. Les sons s’aiguisent dans les raccords. Le montage n’alterne les plans que pour figurer métaphoriquement le cauchemar, des images qui hantent le personnage : des fruits étranges, cotonneux, gorgés de sang. Ce sont les fruits du lynchage, ces corps noirs que l’on pend aux arbres. Le bien et le mal s’échangent. La violence devient extrême des deux côtés, insoutenable lorsqu’on musèle des hommes, que l’on casse des dents à coups de marteau, ou encore lorsque le fouet frappe sans relâche le corps du prédicateur accroché à sa croix.

Notre regard voudrait se détourner, sortir de ces eaux obscures dans lesquelles l’humanité nous plonge. Personne à l’écran, ni esclave ni maître, ne doit détourner le regard face au sort infligé, face à l’humiliation, la torture et le désastre, pour mieux ancrer dans les esprits de chacun que cela peut leur arriver à leur tour. Dans la Bible, “les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers”.

The Birth of a Nation :
un pan de l’Histoire de l’Humanité

 

The Birth of a Nation image 2
© 20th Century Fox 2017

On pourrait attendre, doté d’une grande patience, l’heure du jugement dernier pour savoir lequel des deux The Birth of a Nation sera acquitté… Mais le véritable intérêt du film de Nate Parker est de nous donner à voir un pan de l’Histoire des États-Unis qui est aussi la nôtre en tant qu’européen.

Nos anciennes colonies ont connu elles aussi leurs révoltes qui ont abouti à l’abolition de l’esclavage : Haïti est devenue la première République noire indépendante en 1804 sous l’initiative de Toussaint Louverture, la révolte des esclaves du 22 mai 1848 en Martinique a conduit à la signature du décret d’abolition le lendemain…

The Birth of a Nation de Nate Parker est à voir dans les salles obscures à partir du mercredi 11 janvier 2017.

 

 

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 11/01/2016
  • Distribution France :  Twentieth Century Fox France
Laurence Henry

Laurence Henry

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
Amatrice de films, de livres et de musiques en tout genre.

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Laurence Henry

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