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Le Manifeste L'Oiseau Liberté & Prélude Acte II damien saez image album

[CRITIQUE] « Le Manifeste L’Oiseau Liberté & Prélude Acte II » (2016) de Damien Saez

Il y avait eu Miami en 2013, qui faisait suite à la tournée rock de Messina, et puis le silence. Damien Saez revient avec Le Manifeste L’Oiseau Liberté & Prélude Acte II, et ça fait du bien !

Le Manifeste
ou la poésie des possibles

 

Le Manifeste L'Oiseau Liberté & Prélude Acte II damien saez image
© D.R.

 

À la base de ce retour se trouve l’idée d’une œuvre manifeste. Damien Saez pour cela surprend. Dès août 2016, les auditeurs sont invités à soutenir l’artiste en souscrivant sur le site Culture contre culture : ils ont alors accès à différents textes, certains de longueur variable et présent de manière permanente appelés « ruisseaux », d’autres brefs et limités dans le temps, les « éphémères ». Saez invite ainsi ceux qui le suivent à renouer avec ses textes, son écriture, avant de retrouver le musical.

Pour ceux qui apprécient particulièrement la plume précise de l’artiste, c’est un régal. On retrouve des ruisseaux enchantés de poésie, des ruisseaux gros de colère, des ruisseaux ivres de révolte. On se laisse emporter par les flots qui nous submergent. On se laisse emporter par cet Orphée enchanteur, qui sait manier avec un incroyable talent la beauté de la langue dans toute sa richesse, dans ses souffles, dans ses sons, dans ses vibrations. Les textes ont la fluidité de l’eau, sa force, son pouvoir aussi.

Et puis, avec les « éphémères », nous voici invités à découvrir une poésie parcellaire, qui procède par touches successives. Les plus connectés suivent l’arrivée des instantanés poétiques depuis l’application de leur smartphone ; les autres peuvent le faire depuis le site du Manifeste.

Le Manifeste
ou la revanche de la Cigale

 

Exploitant les possibles de l’internet et l’élan du financement participatif, l’artiste Damien Saez interroge aussi la place de l’artiste dans la société : ne faut-il pas revenir à une rémunération du poète qui se prive d’intermédiaire ? Qui se construise sans lobbies et boites de production ou de distribution ? N’est-ce pas là la garantie d’une poésie libre ? N’est-ce pas la condition de la révolte ?

En cela, l’artiste pose une question posée de tout temps : La Fontaine lui-même n’était-il pas cette cigale privée de ressources une fois qu’il avait été privé de son mécène ? Et le poète romain Ovide le triste résigné à quémander l’appui de Mécène sous l’empire d’Auguste ? Toutes les époques posent la question de l’indépendance de l’artiste et des moyens de sa survie ; dans cette époque de troubles où la violence revient, où les démagogies sont reines, où les révoltes sont essentiellement nombrilistes, ne faut-il pas à nouveau nous interroger sur la place que nous voulons laisser à une révolte artistique qui vienne nous déranger dans notre confort ?

Le Manifeste se veut poésie résistante, se veut révolte rimbaldienne, se veut souvenir de la douceur de l’enfance dans l’écrin de la nature, se veut célébration de la langue belle, du verbe poli longuement, des rimes qui sonnent et touchent juste. Longue vie au Manifeste !

L’oiseau déploie ses ailes :
Le Manifeste L’Oiseau Liberté
& Prélude Acte II

 

Le Manifeste L'Oiseau Liberté & Prélude Acte II damien saez image albumÀ l’automne 2016 apparaissent deux premiers morceaux en téléchargement libre, Les Enfants Paradis et Tous les Gamins du Monde. Ces morceaux annoncent la thématique du premier acte du Manifeste : il faut faire notre deuil après les attentats qui ont déchiré notre pays, il est temps de se relever mais sans se tromper d’ennemi. Les deux morceaux rendent un vibrant hommage aux morts de Charlie Hebdo et à la liberté d’expression ainsi qu’aux assassinés du Bataclan.

Empreints de poésie, gros d’émotions, pétris de sensibilité, les mots du premier acte du Manifeste L’Oiseau Liberté & Prélude Acte II que l’on découvre sur le premier du double disque offrent à la mémoire des événements traumatiques un véritable monument orné d’universalité, de partage, des valeurs qui font la beauté de la France : culture, humanisme, liberté, tolérance.

Et pour sublimer ces mots adressés à son pays, destinés à sa patrie, voués au souvenir, au recueillement, dédiés aux victimes de la barbarie, quoi de mieux que les thèmes au piano dans lesquels l’artiste excelle depuis ses débuts ?

Le premier acte du Manifeste L’Oiseau Liberté & Prélude Acte II trouvera ainsi sa consécration dans trois concerts donnés au Bataclan les 21, 22 et 23 décembre 2016. D’une émotion sans nom, d’une portée époustouflante, les trois concerts sont une magnifique conclusion à ce premier acte.

De belles promesses :
Le Manifeste L’Oiseau Liberté
& Prélude Acte II

 

Le double album sorti en décembre 2016 présente aussi le prélude de l’acte II du Manifeste. La tonalité en est radicalement différente. C’est à nouveau la guitare et les sons rocks, c’est à nouveau un cri de révolte. Le deuxième acte du Manifeste L’Oiseau Liberté & Prélude Acte II est donc celui du soulèvement. On retrouve des thèmes chers à l’auteur : la dictature de la finance, l’intolérance, la mort de la culture.

Dans des textes plus musclés, Damien Saez dénonce les amalgames faits dans le contexte post-attentats, le racisme ambiant. Il lève le poing contre les injustices sociales entretenues par le milieu politico-financier ; il rend à la France un beau visage, celui nourri de ses diverses identités culturelles, de toutes ses variétés, tout en faisant remarquer ses disgrâces : inégalités persistantes, inculture envahissante, violences des mépris et des haines, venins des réseaux sociaux et des univers virtuels.

On retrouve ainsi le Saez de Jeune et con, celui Fils de France, celui de J’accuse. On retrouve l’indignation à fleur de peau, la précision des attaques, la colère du verbe, la colère du cœur. Les révoltes de Saez grandissent avec lui et continuent de décrire les interrogations, les doutes d’une génération née du chaos du 21 avril 2002 et comme condamnée pourtant à une errance permanente depuis ce jour. Une génération dont l’idéal ne parvient pas à advenir. Une génération qui s’est laissée abattre et a oublié la force de la révolte, la force du collectif.

Le Manifeste :
Et pour demain ?

 

Le Manifeste n’est pas encore clos : il doit se poursuivre jusqu’en décembre 2017. Prévu sur une durée d’un an et demi, il est une œuvre de longue haleine, un projet audacieux, un formidable coup de poing, un désir d’autre chose, un appel à l’aide. Une promesse. Un espoir. Une main tendue vers demain.

Le Manifeste grandira encore d’une tournée dans toute la France en mars et avril 2017.

Longue vie au Manifeste, longue vie à la poésie résistante. Longue vie aux cigales qui font les fourmis moins tristes, qui font les fourmis moins moutons, qui font les fourmis indignées, qui font les fourmis vivantes.

 

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