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© Tristan Jeanne-Valès

[CRITIQUE] « Richard III – Loyaulté Me Lie » par Jean Lambert-wild, Lorenzo Malaguerra et Gérald Garutti

Drôle de roi que nous avons découvert sur les planches du Théâtre Dijon Bourgogne. Jean Lambert-wild, Lorenzo Malaguerra et Gérald Garutti y ont mis en scène Richard III, la dernière pièce politique complexe de William Shakespeare. Richard III – Loyaulté Me Lie est une adaptation audacieuse, haute en couleur et une grande performance de Jean Lambert-wild et Élodie Bordas.

Synopsis :

Le roi Édouard est sur le point de mourir, son frère Richard fomente un complot pour prendre le pouvoir à la place de ses neveux. Calculateur, fourbe, d’une hypocrisie sans nom, Richard III est aussi un homme boiteux, difforme et laid, comme si la nature avait inscrit ses vices au plus profond de sa chair. La pièce fait du spectateur le témoin de la réussite du complot puis de la chute du roi maudit.

Manèges et simagrées

 

RICHARD III - LOYAULTÉ ME LIE
© Tristan Jeanne-Valès

 

La mise en scène de Richard III – Loyaulté Me Lie fait le pari d’une relecture originale de la pièce de William Shakespeare. L’univers choisi est celui de la fête foraine, du cirque, de ces spectacles ambulants. Le décor est en carton-pâte, large et compartimenté ; les portes s’ouvrent et se referment laissant à voir à chaque fois des scènes devenues saynètes. La trame musicale fait également vivre cette atmosphère de cirque, elle l’anime, lui donne corps et rythme.

Chaque personnage est lu à travers les rôles de cirque :

  • Richard est un clown triste ;
  • Lady Anne devient une égérie sur échasses ;
  • la mère de Richard une femme enfermée dans une robe figée.

Le jeu des costumes rend possible la prouesse réalisée par Jean Lambert-wild et Élodie Bordas, celle d’incarner à eux deux la myriade de personnages présents dans Richard III.

Cette idée est en tout cas riche dans la lecture de la pièce qu’elle offre : Richard III a toute l’étoffe du clown triste. Toute la pièce nous fait voir un personnage fourbe, toujours en représentation, jouant hypocritement l’homme bon et juste. Ce masque de clown met en valeur ses simagrées et met en lumière le cynisme grinçant du personnage, de ses calculs et de ses jeux de rôle. La représentation de Richard III – Loyaulté Me Lie s’enrichit ainsi d’une distance, d’un recul auquel elle convie le spectateur immédiatement.

Illusions enchanteresses d’acerbes vérités

 

RICHARD III - LOYAULTÉ ME LIE
© Tristan Jeanne-Valès

La scénographie de Stéphane Blanquet pour Richard III – Loyaulté Me Lie fait la place belle aux jeux visuels : lumière sur ballon de baudruche, roues qui trompent l’œil quand elles tournent. L’équipe a été secondée par l’University of Texas (Austin) pour ce travail d’animations lumineuses et le résultat est plus que probant ! Le monde du cirque comme celui de Richard III est celui des apparences trompeuses, du beau cachant le laid, des masques fardés de mensonges. En cela, la métaphore est aussi poétique que porteuse d’un regard cynique sur la noblesse et ses ambitions.

On fait tomber les têtes à coup de lancers comme sur une fête foraine, mais cela est-il drôle finalement ? La métaphore du spectacle met bien en valeur que la banalisation du jeu de rôle, de la violence déculpabilisée, est inquiétante et d’un comique sinistre dans ce qu’il signifie.

Richard III – Loyaulté Me Lie :
Ironie tragique ou tragédie ironique

 

RICHARD III - LOYAULTÉ ME LIE
© Tristan Jeanne-Valès

 

La mise en scène de Jean Lambert-wild, Lorenzo Malaguerra et Gérald Garutti fait d’abord place à l’ironie tragique : les prédictions cyniques de Richard se réalisent et le spectateur en est le témoin muet mais amusé. Les jeux de mots et de scène empruntés à la clownerie font ainsi longtemps prévaloir l’ironie sur la tragédie.

Le masque de Richard III devient cependant de plus en plus inquiétant ; le comique devient acerbe, sombre, cyniquement désabusé. C’est alors que la tragédie reprend toute sa place. L’émotion et la gravité rattrapent ces figures aux costumes chatoyants et aux visages grimés. La tension de la dernière partie est intacte.

Aussi cette relecture raccourcie de la pièce de William Shakespeare est-elle riche en signification et en complexité. On retrouve avec ce Richard III – Loyaulté Me Lie l’esprit des pièces politiques du célèbre dramaturge, fresques désabusées de jeux cyniques d’apparat et de machinations machiavéliques, pièces tristement comiques ou grotesquement tragiques où la clownerie côtoie le sublime jusqu’à se mêler intimement à lui.

 

RICHARD III - LOYAULTÉ ME LIE
© Tristan Jeanne-Valès

 

En savoir plus :

  • Durée du spectacle : 2 heures
  • Richard III – Loyaulté me lie a été joué au Théâtre Dijon Bourgogne du mardi 13 au samedi 17 décembre 2016
  • Richard III – Loyaulté Me Lie sera au Théâtre Edwige Feuillère de Vesoul le 10 janvier 2017, au Théâtre Brétigny à Brétigny-sur-Orge le 14 janvier, à l’Escale en co-accueil à Vaux le Pénil, Melin le 20 janvier 2017, et au Théâtre Palace Bienne en Suisse le 27 janvier 2017
  • Le texte de la pièce est édité aux éditions des Solitaires intempestifs : le texte est traduit de l’anglais par Gérard Garutti et Jean Lambert-wild, et suivi d’un essai de Raymond Geuss
  • Site officiel de la pièce

 

Morgane P.

Morgane P.

Rédactrice

Littéraire dans l’âme, cœur tendre, j’aime que l’on me raconte des histoires, que l’on m’emmène à la rencontre de personnages qui me fassent vibrer, qui m’emportent, qui me touchent, et vivre à travers eux de belles et incroyables aventures.

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Morgane P.

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