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Le Petit Maître corrigé comédie française
© Vincent Pontet, coll. Comédie-Française.

[CRITIQUE] “Le Petit-Maître corrigé” (2016) par Clément Hervieu-Léger

Clément Hervieu-Léger met en scène à La Comédie française Le Petit-Maître corrigé, de Marivaux. Une grande mise en scène pour une grande pièce. Notre critique

Synopsis :

Un jeune homme parisien, Rosimond, (Loïc Corbery), fils d’une Marquise (Dominique Blanc), est en villégiature en province, afin de sceller le mariage qui l’attend avec une jeune et belle demoiselle (Claire de La Rüe du Can), fille d’un Comte (Didier Sandre). Rosimond, pétri des codes parisiens, infatué, peine à montrer ses sentiments à Hortense, qui s’impatiente et décide de fustiger, de corriger, celui auquel elle est destinée, avec l’aide de sa fidèle servante Marton (Adeline d’Hermy). Ce dessein est doublé de nombreux chassés-croisés amoureux : Dorimène (Florence Viala) ancienne amante de Rosimond, se déplace pour faire opposition au futur mariage, Dorante (Pierre Hancisse), ami de Rosimond, tente de séduire Hortense et Frontin (Christophe Montenez), le valet de ce dernier, tombe amoureux de Marton…

Le Petit-Maître corrigé : Une pièce haute en couleur

 

Le Petit-Maître corrigé comédie française
© Vincent Pontet, coll. Comédie-Française.

 

Clément Hervieu-Léger choisit de remettre à l’honneur Le Petit-Maître corrigé, pièce de Marivaux relativement méconnue mais ô combien truculente. La pièce n’a plus été donnée à la Comédie française depuis sa création, en 1734. Offrant une mise en scène riche et parfaitement aboutie, Clément Hervieu-Léger réussit à séduire le spectateur d’aujourd’hui, avec une pièce à la langue ciselée et aux thèmes éternels.

Ce “Petit-Maître” qui fait frémir Hortense et Marton, par ses manières ridicules, ses attitudes vaniteuses, son air suffisant, n’est pas l’apanage du XVIIIe siècle. Chacun d’entre nous connaît un “Petit-Maître”, qu’il le soit par atavisme ou qu’il le soit devenu. Ce personnage prétentieux, imbu de lui-même, persuadé d’appartenir à une catégorie sociale privilégiée, aux moeurs badines, qui jouit de sa position avec délectation, est terriblement atemporel.

Mais Rosimond n’est pas totalement perdu, pas encore sclérosé. C’est la force de la pièce de Marivaux. Chaque personnage obéit à un rang précis et à certaines qualités, mais tout est mouvant. Rosimond est in fine enclin au repentir. Hortense, en apparence innocente, à l’éducation droite, trop droite au goût de son futur époux, se révèle malicieuse, décidant de donner une leçon de vie à Rosimond. Marton, la servante au naturel déconcertant, est aussi intelligente qu’elle est exubérante et séduit Frontin, copie de son maître, sans peine. Dorimène, la maîtresse flamboyante, la parisienne aux accents mondains, est surtout une femme amoureuse et blessée.

Plus encore, la pièce est une ode à l’amour sincère, quoique ce concept flirte assez facilement avec une intrigue simpliste. Mais bien évidemment jamais Marivaux et jamais la mise en scène de Clément Hervieu-Léger ne tombent dans ce travers. Les préjugés des uns et des autres, en particulier de Rosimond et d’Hortense, s’évanouissent lorsque leur idylle éclôt, lorsque Rosimond comprend qu’il perd celle qui l’a ravi. Un enseignement bienveillant, qui touche nécessairement chaque spectateur.

Alchimie sur scène 

 

Le Petit-Maître corrigé comédie française
© Vincent Pontet, coll. Comédie-Française.

 

Clément Hervieu-Léger à la mise en scène et Éric Ruf à la scénographie réalisent sans surprise un petit bijou. Tout est en adéquation, tout concorde. Dans ce décor aux accents résolument champêtres, une immense butte de verdure, les comédiens se meuvent, courent, se rencontrent, se fuient, se retrouvent.

Tantôt captivante, tantôt troublante, la pièce se déroule sans que l’attention du spectateur ne puisse se relâcher. Le talent des comédiens y participe naturellement. Pas de rôle secondaire, chacun est indispensable à l’édifice. La longueur du texte ne présume en rien du pouvoir et de la présence de tel ou tel personnage. Un salut appuyé à Adeline d’Hermy, immensément convaincante dans le rôle de Marton, espiègle mais non moins clairvoyante et solaire.

De manière attendue mais toujours aussi appréciée, les comédiens de la Comédie française enchantent le théâtre et font vivre Le Petit-Maître corrigé de Marivaux. Deux heures de rencontre avec un grand auteur et une myriade de talents.

Une pièce à voir sans retenue.

 

En savoir plus  :

Agathe M.

Agathe M.

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
Croqueuse d'art, j'aime découvrir et faire découvrir des œuvres éclectiques.

TOP 3 Cinéma : Vittorio de Sica, Pasolini, Visconti
TOP 3 Littérature : Schnitlzer, Kundera, Roth
TOP 3 Théâtre : Brecht, Anouilh, Claudel
Agathe M.

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