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[CRITIQUE] « Derniers remords avant l’oubli » par Vincent Marbeau

Vincent Marbeau a proposé une mise en scène de Derniers remords avant l’oubli de Jean-Luc Lagarce au Théâtre Le Brady : une franche réussite !

Synopsis :

Ils ont été trois à acheter une maison dans la campagne : le retour à la terre, la liberté d’aimer, Pierre (Vincent Marbeau), Hélène (Séverine Saillet) et Paul (Michaël Msihid) y ont cru. Pierre est resté dans la maison. Hélène et Paul sont partis ensemble, puis ont refait chacun leur vie. Leur réunion des années après naît de l’envie de solder les comptes. Hélène vient avec mari (Bruno Forget) et fille (Camille Timmerman). Paul avec sa compagne (Laura Lascourrèges). Dans la maison reviennent avec eux les tensions, les frustrations enfouies, les reproches acides, les regrets avides. Il faut qu’éclate une dernière fois tout ce qui n’a pas été dit et qui dormait en chacun. Il faut un dernier éclat avant que l’oubli n’efface les traces de cette histoire fanée.

« L’enfer, c’est les autres »

 

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© D.R.

Pour les amateurs de l’auteur Jean-Luc Lagarce, la pièce Derniers remords avant l’oubli offre une approche riche des thèmes-phares :

  • le retour dans un lieu de souvenir après une longue absence,
  • les retrouvailles de ceux qui se sont perdus de vue,
  • les présentations difficiles de ceux qui ne se connaissent pas,
  • l’irruption du non-dit qui a grandi de n’être jamais avoué,
  • le surgissement des blessures anciennes,
  • les mots vexants prononcés pour atteindre l’autre,
  • les défenses que chacun déploie pour se donner le beau rôle.

Mélangez tout cela dans un espace clos, autour d’une affaire à régler qui fait surgir « les fantômes du passé » qui devront être « réduits en cendres » et vous obtenez du grand Lagarce ! C’est le cas de ces Derniers remords avant l’oubli.

La mise en scène de Vincent Marbeau est juste. Le décor est dépouillé. Le plateau exigu rend bien compte de l’impression d’étouffement de chaque personnage. L’angoisse du huis-clos est encore bien mise en valeur par les corps maladroits qui tournent, se gênent, se heurtent. Les mouvements sont contraints, retenus, lourds de l’orage latent.

Derniers remords avant l’oubli
ou comment combler le silence

 

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© D.R.

 

Jean-Luc Lagarce, en fin admirateur d’Eugène Ionesco dont il a mis en scène La Cantatrice chauve, adore mettre en scène les facilités de conversation, les dialogues vides de sens derrière lesquels chacun se réfugie pour vaincre le silence oppressant. On salue à ce titre la performance de Bruno Forget (Antoine) qui met brillamment en lumière l’ironie mordante des répliques du commercial convaincu. La finesse de Lagarce, qui fait de ce personnage un parangon de médiocrité tout autant qu’un père et un mari attachant, est tout à fait sensible dans le jeu.

De même, la juxtaposition des différents dialogues rend bien compte de l’influence absurde de l’auteur. La fin de la pièce superpose tous les niveaux de dialogues et la mise en scène pousse cette superposition jusqu’à l’inaudible. Ce qui met parfaitement en valeur l’incommunicabilité, thème lagarcien par excellence.

Derniers remords avant l’oubli
ou comment régler ses comptes

 

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© D.R.

 

Au cœur de la pièce se trouve le trio amoureux reconstitué temporairement. Les retrouvailles donnent lieu à de beaux passages d’émotion. On note à ce titre que le duo constitué de Vincent Marbeau (Pierre) et de Michaël Msihid (Paul) est particulièrement convaincant et touchant dans sa sincérité.

Comme toujours chez Jean-Luc Lagarce, les retrouvailles donnent lieu aux aveux de chacun : les trois membres du trio ont leur vérité à dire, il leur importe d’ailleurs peu d’être véritablement entendus et compris, ils se contentent d’imposer la leur comme l’unique version à retenir. Le jeu de Séverine Saillet (Hélène) montre bien l’aspect dogmatique et péremptoire du déballage auquel chacun se livrera.

Cynisme noir

 

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© D.R.

 

Le regard de Pierre sur chacun est représentatif de l’esprit du texte : cynique et mordant. Chacun est saisi dans ses excès, ses exagérations, ses petits arrangements, ses limites. Pierre ne fait en outre pas exception, car lui aussi devra entendre ce qu’il a d’impossible pour les autres. Pas de sentimentalité excessive, et pourtant les sentiments et les extrêmes auxquels l’amour conduit chacun de nous constituent le cœur de la pièce.

À travers la représentation du trio, des couples reformés, et à travers aussi le regard distancié et amusé de la jeune adolescente (Camille Timmerman) sur les adultes, la pièce nous livre une vision du couple désabusée, où les faux-semblants l’emportent sur des vérités qui ne peuvent pas être entendues, qui ne veulent pas être comprises. Les fantômes ont peut-être été réduits en cendre, mais on comprend que ces cendres pèseront lourd encore sur le cœur de chacun.

S’agit-il vraiment des « derniers remords avant l’oubli » ?

 

 

En savoir plus :

  • Derniers remords avant l’oubli au Théâtre Le Brady, du 16 septembre au 26 novembre 2016
  • Une pièce de Jean-Luc Lagarce, mise en scène par Vincent Marbeau

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