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[CRITIQUE] « Repose-toi sur moi » de Serge Joncour : L’histoire d’amour de la rentrée littéraire

On a envie parfois de lire une belle histoire d’amour, sensible, juste, un brin idéaliste qui nous entraîne tout au long d’un roman. Repose-toi sur moi de Serge Joncour est LA love story de la rentrée littéraire à ne pas manquer !

Synopsis :

Ludovic s’occupe du recouvrement de dettes, il vient de la campagne. Ce géant venu travailler à la capitale est en fait un jeune veuf aux plaies mal refermées. Altruiste et attentif, il apporte son aide à son voisinage et sait se rendre utile. Aurore travaille dans l’univers de la mode et codirige la boîte qu’elle a créée. Mère active, surmenée, elle tente de montrer à tout prix à son mari Richard, l’américain à qui tout réussit, qu’elle sait mener son affaire. Elle est à la quête d’une réussite personnelle qui lui permettrait de s’accomplir. Qu’est-ce que ces deux-là ont à partager ? La cour de l’immeuble. Or cette cour est envahie par les corbeaux qu’Aurore a en horreur, et le mystérieux voisin pourrait être celui qui peut lui porter main forte.

Orgueil et Préjugés
dans sa version parisienne

 

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© Jean-Luc Bertini / Flammarion

Dans Repose-toi sur moi, La recette n’est pas nouvelle, mais fonctionne très bien. Les deux héros sont de prime abord aux antipodes : elle dans son riche appartement du bâtiment huppé, lui dans son petit refuge de l’immeuble vétuste. Les mondes dans lesquels chacun d’eux évolue ne se côtoient pas.

Mais plus encore que leur catégorie sociale, ils sont séparés par leur milieu géographique d’origine, et ce milieu joue pour beaucoup dans leur comportement respectif. Lui, venant de sa province, est bourru, maladroit ; elle, citadine aguerrie, est élégante et distante, un brin méprisante. Parallèlement, il est serviable tandis qu’elle ne prend pas garde à ceux qui l’entourent.

La narration de Serge Joncour nous fait osciller sans cesse de l’un à l’autre. On observe ainsi le jeu des préjugés réciproques, sans que le parti soit pris en faveur de l’un plutôt que de l’autre. Le cheminement intérieur de ces personnages qui se jaugent et se jugent est plaisant et bien mené. De ce fait, on s’attache très vite à l’un comme à l’autre.

À la croisée des chemins

 

Dans Repose-toi sur moi, ce qui tend encore à nous rendre ces personnages émouvants, c’est leur fêlure respective. Aurore, dont le monde est en train de s’écrouler en même temps que la boîte, répond en écho à Ludovic, non remis de la mort prématurée de celle qu’il aimait. Quand ces deux-là se rencontrent finalement dans leur singularité, ils s’attirent forcément. Leur énergie ressemble à celle du désespoir, mais de leurs cendres respectives renaît une flamme unique et vive.

La narration alternée rend encore de façon très sensible la naissance de la relation amoureuse passionnée qui se noue sous nos yeux, chacun hésitant à faire confiance, se demandant si l’autre éprouve la même chose, n’osant pas demander trop…

La glace se rompt pourtant car notre grand gaillard est un cœur tendre qui déploie toute ses ressources pour tenter d’aider Aurore à échapper aux machinations machiavéliques de son associé qui veut l’évincer.

Des mondes qui souffrent

 

Les mondes se côtoient et s’affrontent tout au long du roman Repose-toi sur moi : les endettés de la région parisienne que Ludovic va trouver chez eux, victimes de la misère sociale autant du consumérisme, rencontrent en contrepoint ces agriculteurs modestes, acharnés au travail mais peinant à vivre.

Et il faut saluer à ce titre le portrait que Serge Joncour brosse du monde paysan. On s’émeut de cette campagne déchirée entre modernité technique, décroissance économique et enjeux de santé publique.

Le retour régulier dans la ferme familiale rend un bel hommage à l’ancrage de la terre, tout en soulevant la question de l’utilisation des pesticides et des engrais chimiques – et leur impact sur la santé de ceux qui les utilisent au quotidien. Le point de vue qui est pris est celui de la santé des agriculteurs, premiers à souffrir de l’emploi de ces produits, et il est bienvenu.

Deuxième univers, celui de la mode. On le voit à l’œuvre dans tous les maillons, de la conception aux chaînes de production, en passant par l’homme d’affaire mafieux qui sert de porte sur le marché asiatique. Autant dire que l’image qui nous en est donnée nous mène rapidement à juger le milieu malsain. C’est en tout cas en son cœur que naissent les intrigues qui donnent sa dimension policière au roman.

Repose-toi sur moi,
une belle promesse

 

Dans ce jeu de dupes qu’est l’amour naissant (ou l’amour tout court), le roman Repose-toi sur moi interroge la problématique de la confiance et du don de soi. C’est en général sur cette épineuse question qu’il faut choisir entre le cynisme et l’idéalisme.

L’individualisme de notre société qui consomme sans cesse file à une allure effrénée, ne jure que par la réussite personnelle, nous fait souvent pencher du côté du cynisme – parfois amer, parfois pragmatique.

Serge Joncour fait, quant à lui, le pari inverse, nous offrant dans ce roman un magnifique exemple de don de soi désintéressé. Cela pourrait paraître un peu naïf, mais la justesse dans la peinture des personnages et la clarté paisible du style de l’auteur permettent au roman de tenir ses promesses.

 

 

En savoir plus :

  • Repose-toi sur moi, Serge Joncour, Flammarion, août 2016, , 432 pages, 21 €
  • Le roman de Serge Joncour a obtenu le prix Interallié 2016.

 

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