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[CRITIQUE] « Dernières nouvelles du cosmos » (2016) de Julie Bertuccelli

Avec Dernières nouvelles du cosmos, Julie Bertuccelli dresse le portrait de Babouillec, une jeune femme autiste qui écrit des textes d’une poésie sidérante. Après La Cour de Babel (2014) et ses collégiens primo-arrivants qui apprennent le français, la réalisatrice propose ici une nouvelle réflexion sur le langage.

Synopsis :

A bientôt 30 ans, Hélène a toujours l’air d’une adolescente. Elle est l’auteure de textes puissants et physiques, à l’humour corrosif. Elle fait partie, comme elle dit, d’un « lot mal calibré, ne rentrant nulle part ». Visionnaire, sa poésie télépathe pense loin et profond, elle nous parle de son monde et du nôtre. Elle accompagne un metteur en scène qui adapte son œuvre, dialogue avec un mathématicien…
Pourtant Hélène ne peut pas parler ou tenir un stylo et n’a jamais appris à lire ni à écrire. C’est à ses 20 ans que sa mère découvre qu’elle peut communiquer en agençant des lettres plastifiées sur une feuille de papier. Un des nombreux mystères de celle qui se surnomme Babouillec…

A la rencontre d’Hélène,
alias Babouillec

 

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© Pyramide Distribution

 

Dans Dernières nouvelles du cosmos, Hélène est une personne différente, issue comme elle le dit d’un « lot mal calibré ». En d’autres termes et selon les standards de notre société, elle est handicapée. Les gestes du quotidien qui nous paraissent évidents – marcher, manger – lui sont difficiles; elle ne parle pas.

A cause de sa « maladie », l’autisme, elle est resté enfermée plusieurs années de sa jeunesse dans une institution. Enfermée aussi dans son corps, mutique et immobile pendant près de 20 ans, incapable de communiquer avec la monde extérieur.

Mais un jour, au hasard d’un jeu, sa mère Véronique se rend compte qu’Hélène sait lire, comprendre et reconnaître les mots, alors qu’elle n’a jamais été à l’école, n’a jamais ouvert de livre. Petit à petit, Véronique met en place un système de lettres plastifiées, rangées alphabétiquement dans une boîte en bois, et le dialogue s’installe. Hélène répond aux questions, échange, et ça serait déjà incroyable si ce n’est qu’en plus, elle s’exprime avec des phrases d’une poésie tellement incroyable qu’un metteur en scène, Pierre Meunier, a décidé de s’emparer de l’un de ses textes, Algorithme Éponyme (2013), pour l’adapter au théâtre.

 

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© Pyramide Distribution

 

C’est dans ce contexte que Julie Bertuccelli est venu poser sa caméra dans la maison de Véronique et d’Hélène. Au début du documentaire Dernières nouvelles du cosmos, Pierre Meunier apprend que la pièce est sélectionnée pour être présentée au Festival d’Avignon. Nous suivrons donc les répétitions, les représentations et même la réception de la pièce par la critique.

Dernières nouvelles du cosmos
ou comment filmer la poésie

 

Dernières nouvelles du cosmos n’est pas un documentaire sur l’autisme (même si on y devine les lacunes du système français de prise en charge des autistes). C’est bien évidemment un portrait de deux femmes extraordinaires. Mais c’est surtout un film sur la poésie et le langage.

C’est là que ces Dernières nouvelles du cosmos rejoignent le précédent film de la réalisatrice, La Cour de Babel. Dans la salle de classe de ce précédent documentaire, les élèves de différentes nationalités s’efforçaient d’apprendre une langue étrangère, le français, après un exil plus ou moins difficile de leur pays d’origine.

Ici, dans Dernières nouvelles du cosmos, Hélène est aussi en quelque sorte une étrangère, et elle a enfin trouvé un canal différent de la parole pour communiquer : les lettres plastifiées (la manipulation est importante, un ordinateur et un clavier n’ont pas eu le même succès) et surtout cette langue incroyable et sidérante de poésie.

Ces lettres plastifiées sont cinématographiquement très puissantes : l’écriture d’une phrase, et même d’un mot, prend du temps mais cela instaure un suspense et le spectateur se prend au jeu de la devinette, à mesure que nous apprenons à connaître Babouillec.

La caméra de Julie Bertuccelli parvient à filmer la richesse de son langage : pas de faute d’orthographe (juste quelques abréviations parfois), un vocabulaire très étendu, des emprunts à l’anglais, à l’italien, un humour palpable en permanence… des mots qui ouvrent la porte du monde d’Hélène, son « cosmos », son intelligence hors du commun qu’on aurait pu passer notre vie à ignorer sans les efforts de sa mère.

 

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© Pyramide Distribution

Quelques exemples de la  « poésie » des mots d’Hélène :

Quand on lui demande comment elle a appris à écrire sans lire de livre, sans aller à l’école, elle répond :
en jouant avec chacun des espaces secrets de mon cornichon de cerveau.

Quand on lui demande son avis sur le tournage du film de Julie Bertuccelli :

L’œil goguenard de la caméra me sourit, mon amour du fantastique adore.

Et un de ses aphorismes sur la nature humaine qui laissent pantois :

Être ou ne pas être, là est la question. Dire merde à ceux qui croient savoir, là est la réponse.

Le reste est à découvrir dans Dernières nouvelles du cosmos, ce beau documentaire OVNI dont on sort grandi et surtout heureux de savoir qu’il nous reste encore tant de choses à découvrir sur l’autisme, la communication, l’être humain et son langage.

 

 

En savoir plus  :

  • Date de sortie France : 09/11/2016
  • Distribution France :  Pyramide Distribution
Lauriane N.

Lauriane N.

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
Cinéphile dilettante, j'aime qu'on me raconte des histoires.

Top 3 Cinéma : "Mulholland Drive" (2001), "Mommy" (2014), "Volver" (2006)
Lauriane N.

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