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[CRITIQUE DVD] « This Changes Everything » (2015), du changement dans le réchauffement climatique

This Changes Everything est un documentaire d’Avi Lewis mettant en scène les derniers travaux de Naomi Klein centrés sur le réchauffement climatique. Une approche pertinente qui tente de redonner de l’espoir avec un recul nouveau et plein de solutions.

Synopsis :

Et si lutter contre la crise climatique est la meilleure chance que nous aurons jamais de construire un monde meilleur ? Filmé sur 211 journées de tournage dans 9 pays et 5 continents pendant 4 ans, This Changes Everything est une tentative épique pour ré-imaginer l’immense défi du réchauffement climatique.

Critique du film This Changes Everything

 

Naomi Klein est une journaliste altermondialiste et l’un des fers de lance dans la bataille contre le capitalisme néo-libéral. La pertinence de ses analyses critiques ont déjà été adapté sur grand écran en 2009 dans The Shock Doctrine. Cette fois avec This Changes Everything, dont elle a assuré l’écriture et la narration, elle semble aborder un autre sujet : le réchauffement climatique.

Mais comme va l’expliquer le film, en fait, tout est lié…

Le réchauffement climatique :
un défi toujours d’actualité

 

Depuis Une vérité qui dérange (2006), le documentaire de l’ancien vice-président américain Al Gore qui relança le débat du réchauffement climatique, les films sur le sujet se sont multipliés et dans une certaine mesure, le message est passé. Alors pourquoi un nouveau film sur la question ?

D’abord, parce que le problème est toujours d’actualité. Si les mentalités ont peut-être changé, le système continue d’exploiter la terre et ses ressources sans aucune moralité et sans se soucier des graves conséquences.

Rien de nouveau sous le soleil, le constat est toujours aussi alarmant. This Changes Everything en fait l’illustration en suivant une poignée de « résistants » à travers le monde, des États-Unis à la Chine en passant par l’Inde et la Grèce. Mais c’est au Canada, le pays d’origine de Naomi Klein, que débute le film.

Elle y suit la lutte désespérée de Crystal, une chef indigène qui se bat contre les répercussions néfastes des gigantesques gisements de sables bitumeux de l’Athabasca, en Alberta —la splendide région où fut tourné The Revenant dont le making-of, A World Unseen, donnait déjà voix aux indigènes confrontés aux problèmes environnementaux croissants.

Un combat entre deux idéologies

 

À travers cette lutte acharnée des indigènes pour défendre leurs terres ancestrales, Naomi Klein théorise la confrontation entre deux idéologies, deux histoires. D’un côté l’ancien point de vue, représenté aujourd’hui par les cultures indigènes, qui définit une relation respectueuse entre la Nature et l’Homme. Cet état d’esprit consiste à se développer en harmonie avec la nature, dans un échange sain basé sur la réciprocité. Aujourd’hui, les énergies renouvelables s’inscrivent dans ce courant de pensée.

Mais depuis quelques siècles, c’est une autre idéologie qui s’est instaurée avec la révolution industrielle. L’Homme a pris une position de domination face à la Nature. Nos civilisations capitalistes modernes s’inscrivent dans ce fil narratif qui perçoit les hommes comme des ingénieurs tout-puissants pouvant exploiter les ressources de la Terre sans aucune contre-partie et à l’infini.

Selon Naomi Klein, la compréhension de ces deux « narrations » opposées est au cœur du changement. Et un retour à l’état d’esprit originel en serait la clé. Cette vision harmonieuse entre l’Homme et la Nature pourrait être perçue comme un défi, un challenge pour nos sociétés. Et les bienfaits qui en résulteraient dépasserait largement le cadre de l’écologie…

« Squeeze the Earth, squeeze the People »

 

En assimilant la crise du changement climatique à une question idéologique, Naomi Klein remonte pertinemment le problème du cadre écologique à un cadre plus large et global. C’est là que This Changes Everything nous amène en Grèce, le pays le plus violemment touché par la crise économique de 2008.

Pour relancer la sacro-sainte croissance, le plan d’austérité forcé sur la population puise violemment dans les fonds publics, les caisses de retraites, les aides sociales, les salaires, les biens publics, etc. La logique est la même: épuiser les ressources humaines et économique (« squeeze the People ») de la même manière que l’on épuise les ressources naturelles (« squeeze the Earth »).

Cette corrélation entre la crise économique et la crise environnementale met à jour le véritable fond du problème: le capitalisme. Un système économique et idéologique qui repose sur la nécessité absolue d’une croissance perpétuelle insensée. Nos sociétés sont ainsi prisonnières d’un engrenage extrême de consommation qui est à l’origine véritable du réchauffement climatique.

Le problème n’est donc plus écologique, et pour Naomi Klein, cela change tout…

Critique du DVD
This Changes Everything

 

this changes everything jaquette dvdLe DVD comporte en bonus 15 scènes coupées pour une durée totale de 48 min 34. Ces scènes de qualités auraient facilement pu intégrer This Changes Everything pour une version longue encore plus approfondie. À défaut, le DVD permet de les visionner à part, dans un ordre aléatoire. Ces scénettes explicitent davantage le message de Naomi Klein grâce à des exemples plus variés. Les pistes de réflexion du film sont reprises et appuyées pour mieux s’imprégner des tenants et aboutissants de l’intrication entre le réchauffement climatique et l’idéologie capitaliste et ces systèmes.

Ces scènes coupées, qui s’enchaînent l’une après l’autre sans ordre logique, sont les suivantes :

  • « The Climat Debt » (2’51) : scène traitant de la double inégalité liée au réchauffement climatique où 20% de la population mondiale (l’Occident) produit 70% des émissions de carbone, avec les 80% restant qui subissent plus violemment les effets néfastes du changement climatique.
  • « I couldn’t look at it » (2’08) : où Naomi Klein raconte la genèse derrière This Changes Everything.
  • « The Message » (1’47) : extrait explicitant d’avantage la cause des causes, soit le capitalisme. Pour changer le climat, il faut changer de système économique. Le réchauffement climatique peut alors être perçu comme un message de la nature nous incitant au changement.
  • « Idle No More » (1’53) : introduit le mouvement « Idle No More » des aborigènes canadiens en lutte pour protéger leurs terres.
  • « Arundhati Roy » (7’02) : entretien de Naomi Klein avec une autre écrivain, Arundhati Roy. Elles discutent entre autres de l’espoir que l’urgence du changement climatique pourrait peser dans la balance pour remporter les combats contre les injustices économiques et autres méfaits du système capitaliste.
  • « We need a battle of ideas » (4’11) : démontre que les solutions au réchauffement climatique existent, mais pour les mettre en œuvre il faut d’abord changer de paradigme.
  • « We neet to find each other » (2’38) : une énumération des luttes sociales, économiques, politiques qui pourraient aussi régler le problème du réchauffement climatique si elles aboutissaient.
  • « Let’s enjoy the limits » (2’05) : exemple des limites de la croissance à New Dehli, l’occasion de fonder des villes meilleures.
  • « Extractivism » (1’34) : une définition plus explicite de l’idéologie profonde derrière le capitalisme à travers l’illustration la plus éloquente: l’extraction de l’or.
  • « Wake Up Call » (7’11) : sur la crise grec et la reprise de la croissant à n’importe quel prix.
  • « WTO Vs The Climate » (3’12) : l’immense investissement dans l’énergie solaire en Inde, qui a finalement fait faillite du fait des règles commerciales de l’OMC et des marchés libéraux.
  • « Solar Warriors » (3’23) : une communauté amérindienne construisant une ferme solaire.
  • « Hole in my country (3’56) : l’extraction de sables bitumeux au Canada.
  • « Overburden » (2’55) : speech de Naomi Klein aux aborigènes canadien.
  • « Let the dead rest » (1’48) : sur le charbon, bénéfique lorsqu’il est enfoui sous terre et mortel lorsqu’il est déterré.

 

Depuis les premiers documentaires grands publics sur le réchauffement climatique, une certaines prise de conscience s’est généralisée. Mais avec tous les évènements de ces dix dernières années (Katrina, Fukushima, la crise de 2008…), le discours naïf de « sauver la planète » a perdu de son sens.

Avec le recul, on a bien compris que la Terre n’a pas besoin d’être sauver, elle s’en remettra avec le temps. C’est notre propre civilisation qui est en péril du fait même de la voie sur laquelle elle s’est engagée. Et This Changes Everything recadre enfin la crise climatique à l’échelle de notre civilisation, en l’identifiant comme un problème idéologique et non pas environnemental.

La bataille contre le réchauffement climatique devient ainsi la bataille contre le capitalisme et dès lors, les solutions sont nombreuses et enthousiasmantes. Pour Naomi Klein, c’est l’occasion d’aborder ces crises avec un optimisme engagé, en y voyant tout simplement l’opportunité de construire un monde meilleur.

 

 

En savoir plus :

  • Disponible en DVD chez Luminor depuis le 06/09/2016

 

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