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Riquet à la Houpe

[CRITIQUE] « Riquet à la houppe » (2016) d’Amélie Nothomb

Pas une seule année depuis 1992 sans nouveau roman d’Amélie Nothomb. 172 000 exemplaires de ce Riquet à la houppe ont été vendus en 48 heures en août 2016. Pour sa maison d’édition, la Belge est un véritable monument littéraire. Mais si on parlait à présent du fond ?

Synopsis :

Déodat et Trémière ont un point commun : ils sont singuliers. Il est aussi laid qu’elle est belle. Mais si le premier est instinctif, curieux et supérieurement intelligent (avec un Q.I. se rapprochant de 200), la seconde est incrédule, simplette et même stupide selon les gens qui l’approchent. Vont-ils se rencontrer et mener une existence d’envergure ?

Les craintes pré-Riquet à la houppe

 

Tout se fane irrémédiablement et le roman 2015 d’Amélie Nothomb, Le Crime du Comte Neuville, nous avait achevés. La Belge l’avait voulu plus court et plein de tension. On avait juste ri tant tout était ridicule :

  • la police de l’éditeur plus grande (mais un prix inchangé),
  • l’intrigue qui consiste à la croyance irrationnelle d’une voyante,
  • les réflexions sur la grande beauté,

Après 25 ans de carrière littéraire, Amélie Nothomb en était encore là. Riquet à la houppe (sélectionné pour le Prix Jean Freustié) n’y échappe pas.

Lors du premier bloc de 20 pages, l’auteure nous agace déjà en insistant trop sur la vie d’un nouveau-né. Elle se concentre sur ses premiers mots, sur son visage renflé… et perd en dynamisme. On se dit qu’on va passer deux ou trois mauvaises heures.

Un bon cru…
si on en attend pas trop

 

Car il faut dire que l’attendrissante empathie que la nouvelle baronne des Belges semble, à chaque cru, éprouver pour ses personnages ne paraît même plus sincère après tant d’années à servir la même mayonnaise. Ce roman a beau être plus épais et consistant que le précédent, il n’a pas l’épaisseur de fond attendu. La réflexion a beau se donner des allures de profondeur, c’est du vu et revu dans l’univers de l’auteure belge… mais la magie prend !

Même si on parle encore de beauté, de laideur, d’exclusion sociale, de coup de foudre se passant uniquement dans les yeux et non dans l’échange verbal… et même, surpriiiise, de champagne à la toute fin.

Les miroirs déformants

 

Les contes offrent souvent l’occasion de réfléchir. Mais le fait de les reprendre à sa sauce (c’est le second en quatre ans pour l’auteure après Barbe Bleue à la rentrée 2012) apparaît, pour Amélie, comme un manque criant d’inspiration. François Busnel avait même osé la question dans La Grande Librairie (France 5) en 2015.

 

 

Pourtant, l’écrivaine préférée des ados gothiques avoue écrire 2 à 3 livres par an et choisir ensuite, pour la publication, « le meilleur », celui qu’elle estime le plus montrable à la société, comme quand on a plusieurs enfants et que l’un surpasse les autres par sa beauté. Toujours la petite phrase pour se démarquer.

Et toujours cette obsession de son propre reflet ? Peut-être la solution vient-elle des miroirs à décrocher à la maison ? Car, victime de son image « bête des médias »/« icône des ados mal dans leur peau », la nouvelle baronne ne fait que radoter.

Et en interview, c’est pareil : le beau ne peut être triste car il est beau par nature. Pas de nuance mais de beaux sujets de dissertation. Tiens, en voici une qu’on lui lance : Amélie Nothomb, n’étant pas vous-même dans la demi-mesure, a-t-on le droit de ne pas l’être avec vos derniers romans ?

Une fin convenue

 

On ne le sera pas avec Riquet à la houppe qui se montre moins paresseux que son prédécesseur, qui est rempli de philosophie (surtout sur l’ornithologie) mais qui, au final, ne surprend pas. A force de se focaliser sur l’amour des oiseaux de son héros masculin, Amélie Nothomb termine presque le roman à la hâte avec un coup de foudre qui se passe de mots — comme si vous ne vous doutiez pas qu’ils allaient finir ensemble ?!

L’écrivaine, qui répond à toutes les lettres de ses admirateurs, est toujours en tête des ventes. L’achat fonctionne, chez son public, à l’aveugle. On dira de ce cru 2016 qu’il fait passer un bon moment.

Riquet à la houppe est fait pour les dimanches de cocooning ; il met à distance le monde et ses convenances et a presque le pouvoir de nous faire changer de lunettes… mais Amélie, qui possède une grande communauté de fans, ne prêche-t-elle pas des convaincus ?

Le consensus de l’écriture accepté

 

Riquet à la houppe met cependant toujours en lumière les lourdeurs de l’écriture Nothombienne : le fait d’étaler son savoir, de montrer son esprit prodigieux et très encyclopédique.

Mais quand on s’y attend, on ne s’en énerve plus. On a conscience de se plonger dans l’écriture consensuelle d’une écrivaine incontournable de chaque rentrée scolaire (et donc littéraire) qui fait plaisir à son public. Les ventes lui donnent, après tout, raison.

 

En savoir plus :

  • Riquet à la houppe, Amélie Nothomb, Les éditions Albin Michel, 18 août 2016, 197 pages, 18€

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