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[CRITIQUE] « Nocturama » (2016) de Bertrand Bonello

Depuis son vénéneux et esthétique Saint Laurent (2014), Bertrand Bonello avait su se faire discret. C’est donc aussi la rentrée pour le réalisateur de L‘Apollonide (2011) qui profite de cette fin de mois d’août pour livrer son nouvel opus, Nocturama, fable étrange et désespérée sur des terroristes d’un jour.

 

Synopsis :

Paris, un matin. Une poignée de jeunes, de milieux différents.  Chacun de leur côté, ils entament un ballet étrange dans les dédales du métro et les rues de la capitale.  Ils semblent suivre un plan. Leurs gestes sont précis, presque dangereux.  Ils convergent vers un même point, un grand Magasin, au moment où il ferme ses portes.  La nuit commence.

Nocturama :
un thriller sur une jeunesse désabusée

 

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© Wild Bunch Distribution

 

De jeunes gens se fondent dans la foule. Pendant que l’une polisse sa prononciation et qu’un autre fait ses premiers pas en politique, des sachets noirs et dorés circulent dans le métro de Paris, sans que personne ne s’en aperçoive, tels les indices d’une chasse au trésor. Soudain plusieurs détonations au sein de Paris. Nous avons assisté à un attentat minutieusement organisé.

Retranchés dans un centre commercial le temps d’une nuit pour échapper aux autorités, nos jeunes terroristes errent dans cette arche vide, habitée par des silhouettes sans visage. Le spectateur restera toujours de leur côté, à attendre avec eux le lever du jour.

Troublés par le silence, une musique tapageuse prend la place de la parole. Nous attendons les premiers bilans, les éventuelles pistes et une explication rationnelle. Mais nous sommes écartés de tout cela, soumis au temps éprouvé par les personnages.

Pas d’explication donc, ni de justification, ni de revendication dans Nocturama : « Mes protagonistes veulent faire des attentats symboliques et non meurtriers », a expliqué Bertrand Bonello. Les protagonistes du métrage sont à l’image du film, mystérieux et opaques.

Désireux de dresser le portrait d’une jeunesse désabusée qui semble vouloir réitérer un nouveau mai 68 au travers d’un acte sans précédent, le réalisateur oublie de donner suffisamment de corps et de matière pour rendre crédible ses personnages. Ainsi c’est avec une certaine incompréhension – et parfois lassitude – que l’on assiste aux pérégrinations de ce groupe de jeunes gens qui ont commis l’irréparable.

Le film Nocturama est long et le mystère peut faire place à l’ennui.

 

Une mise en scène chargée de sens et de métaphores

 

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© Wild Bunch Distribution

 

Seul le geste compte et pour la mise en scène, sa représentation est esthétique. C’est ainsi qu’une statue de Jeanne d’Arc en flammes, son regard dévisageant le spectateur et la jeune Sabrina (Manal Issa), traverse le film et ressurgit par touches.

Retranchés dans ce temple de la consommation (matérialisation de leur ennemi capitaliste) et dépassé par la portée de son geste, le groupe devient alors la proie d’une paranoïa profonde où hallucinations et regrets commencent à se faire sentir. Entre les mannequins qui prennent vie, comme possédés par ceux qui y sont « restés » et la peur obsessionnelles d’être retrouvés, la thématique de la paranoïa est explorée à son maximum.

Bien qu’improbable, le choix d’un centre commercial pour planque a quelque chose de poétique. Le passage ne fait que souligner l’absurdité et l’abondance de la société de consommation, tout ce contre quoi semble lutter ce groupe de jeunes gens. Il est d’ailleurs intéressant de voir ces visiteurs d’une nuit finissant par se servir dans le magasin, comme si une corne d’abondance était placée entre leurs mains.

Ce comportement révèle un nouvel aspect de leur personnalité, et paradoxalement cette attitude attendue renforce leur ambivalence : auteurs d’un attentat mais parfaitement intégrés dans la société qu’ils contestent.

Un scénario parsemé d’invraisemblances

 

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© Wild Bunch Distribution

 

Même si on a compris que c’est la porté symbolique du sujet qui intéresse Bonello, on est au final déçu de trouver autant d’invraisemblances qui peuvent petit à petit faire décrocher le spectateur. Par exemple, les membres du groupe peuvent paraître mal assortis et ne semblent pas plus que ça en phase avec leur idéologie.

En outre, selon Bonello, le Nocturama est la partie du zoo construite pour les animaux nocturnes. Si le rapprochement avec le centre commercial est intéressant au vu du comportement de ces apprentis hors-la-loi (ils se servent, mettent du désordre, font l’amour), on repassera pour la discrétion qui semble être le cœur de leur plan. Mettant la musique à fond et n’hésitant pas à inviter des personnes extérieures « pour profiter de la fête », on se demande ce qui leur passe par la tête.

Dans le même ordre d’idées, on peut se poser des questions sur la façon d’intervenir des forces de l’ordre qui semble avoir été exécuté plus pour satisfaire des enjeux dramatiques que pour répondre à un certain réalisme.

Pour conclure, Bertrand Bonello nous offre une œuvre singulière avec ce Noturama. Portait d’une jeunesse à la fois désabusée et combattive, le film, assez intéressant dans les thèmes abordés, se perd un peu dans certaines invraisemblances qui pourront être perçues comme des incohérences (ou de la poésie, selon le spectateur).

 

En savoir plus:

  • Date de sortie France : 31/08/2016
  • Distribution France : Wild Bunch Distribution

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