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[CRITIQUE] “Mr. Robot” saison 1 : Pour ou contre ?

Golden Globes de la Meilleure série télévisée dramatique et du Meilleur acteur dans un second rôle (Christian Slater) et  Prix de l’Association Française des critiques de Séries au festival Séries Mania en 2016, Mr. Robot de Sam Esmail arrive ce lundi 19 septembre 2016 sur France 2. Pour ou contre la première saison ? Découvrez nos avis divisés sur cette série très attendue.

Synopsis :

Elliot Alderson (Rami Malek) est un jeune informaticien vivant à New York, qui travaille en tant qu’ingénieur en sécurité informatique pour Allsafe Security. Un jour, Elliot rencontre un mystérieux anarchiste connu sous le nom de « Mr. Robot » (Christian Slater) qui souhaite le recruter dans son groupe de hackers connu sous le nom de « Fsociety ». Leur objectif consiste à rétablir l’équilibre de la société en détruisant les infrastructures des plus grosses banques et entreprises du monde, notamment le conglomérat E Corp. (nommé « Evil Corp » par Elliot), qui représente également 80 % du chiffre d’affaires d’Allsafe Security.

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Pour Mr. Robot

 

« Les gens trouvent toujours le moyen de décevoir. »

— Elliot Alderson

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© 2015 Universal Network Television LLC. ALL RIGHTS RESERVED.

 

Regard hypnotique et présence magnétique, s’il faut chercher une raison d’aimer Mr. Robot alors c’est certainement Rami Malek.
Car si le personnage d’Elliot Alderson n’échappe pas à l’archétype de l’ingénieur en informatique (sweat à capuche, asociabilité, paranoïa), l’acteur parvient à l’incarner avec subtilité.
Grâce à son jeu, il nous permet de ressentir la solitude et la tristesse de sa vie, mais aussi le malaise qui le submerge dans les relations sociales. Comme son incapacité à être touché, par exemple.

Le regard fixe et absent, la voix nasillarde et les silences embarrassants ; tout repose sur le talent du jeune Rami Malek pour incarner au plus juste cet ‘adulescent’ toxico. Il débite de sa voix monocorde des propos en voix off emprunts de cynisme et d’humour tout en apportant, par son jeu d’acteur, une intensité rare. Rami Malek est fascinant, il est difficile de détacher son regard de lui.

Face à Elliot, une galerie de personnages secondaires haut en couleur, souvent caricaturaux, parfois excentriques… qui permettent de s’interroger : et si finalement Elliot était le plus « normal » d’entre tous ?

Informatique anxiogène

 

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© 2015 Universal Television, LLC. All Rights Reserved – photographe : Virginia Sherwood

 

Côté technique, la série a fait un gros effort : « Les termes utilisés sont les bons et les choses qu’on voit à l’écran sont crédibles », dixit Christophe, un développeur.

C’est une des réussites de la série Mr. Robot, d’ailleurs : celle d’avoir basée son intrigue sur des problématiques techniques. Le créateur Sam Esmail a ainsi réussi la prouesse de mettre du suspens et de l’action dans le code informatique alors qu’il s’agit basiquement de mecs aux cheveux gras assis devant leurs PC (cédons aux clichés !).

A y regarder de plus près, l’aspect technique permet surtout de planter l’univers et de camper le décor car la plupart des “hacks” s’appuient sur une faille humaine plus que logicielle (mot de passe devinable, abandon de poste, non vérification d’info, etc.), comme dans la vraie vie où pianoter sur un clavier n’est pas la meilleure façon d’accéder à une information.
Le code informatique étant hermétique aux non initiés, la série l’utilise comme une suite logique complexe de signes quasi cabalistiques permettant de nourrir l’ambiance paranoïaque.

Un monde binaire ?

 

Mr. Robot : Es-tu un 1 ou un 0 ? Es-tu un oui ou un non ?
Elliot : La vie n’est pas aussi binaire.
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© 2015 Universal Network Television LLC. ALL RIGHTS RESERVED.

 

Au fil des épisodes, le personnage s’étoffe et gagne en épaisseur autant qu’en paradoxes et c’est précisément ce qui le rend attachant.

Le premier épisode de Mr. Robot part d’une vision du monde en noir et blanc, très binaire. La vulnérabilité contre la toute-puissance, la paranoïa de Elliot contre l’insouciance des autres, la criminalité contre l’honnêteté, la réalité contre le virtuel, les bons contre les méchants. Sa voix morne vient appuyer ce contraste avec la violence et l’engagement de ce qu’il dit, sa révolte intérieure.

Les noms des entreprises sonnent comme dans des comics façon Batman avec la AllSafe, la E-Corp (vite transformée en Evil Corp par la magie d’une reprogrammation de son esprit) ou encore la FSociety (Fuck Society ?). Bien sûr, on est dans la caricature.
« Je donnerais beaucoup pour vivre dans cette bulle », nous dit Elliot en parlant de l’insouciance des autres gens. Mais cette question sonne faux car Elliot est trop conscient des réalités qui l’entourent pour vivre ainsi.

Puis, peu à peu, les lignes se brouillent. Les hackers de la FSociety sont-ils vraiment du côté des bons quand ils envisagent de faire des victimes innocentes ?
Lui qui paraît si peu confiant est rapidement pris dans un délire de supériorité : il est l’élu, le meilleur. D’ailleurs, tout le monde se l’arrache : AllSafe, FSociety et même E-Corp…

Elliot nous explique que notre réalité est devenue virtuelle : où se situe alors la réalité ? Il entame une discussion avec sa conscience : doit-il dénoncer les hackers ? ou détruire la E-Corp ? A qui être loyal ?

Hack au grand cœur

 

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© 2015 Universal Network Television LLC. ALL RIGHTS RESERVED.

 

« On ne détruit pas un conglomérat en tirant dans le cœur, car ils n’ont pas de cœur. On le détruit membre par membre. »

— Mr. Robot

Pour se sauver, Elliot tient ses émotions à distance. Amoureux transi d’Angela, il ne parvient pas à lui exprimer ses sentiments. Pourtant Elliot n’a rien de l’animal à sang froid pour lequel il veut passer. Malgré sa fascination pour le glacial Tyrell et le monologue intime par lequel il tente d’imposer une distance, ses émotions craquent par ses moindres fissures.

Dès le premier épisode, il fait coffrer un gérant de bar proposant de la pédopornographie à ses clients, sans rien gagner en retour. Il s’attache à sa psy, Krista, et la débarrasse d’un amant mal intentionné.
Enfin, c’est son affection pour Angela qui le fait basculer – face à l’attitude méprisante de Terry Colby – alors qu’il hésite encore à agir.

Ces points d’ancrage affectifs permettent à Sam Esmail d’incarner les sujets qu’il dénonce : Angela est prise à la gorge par un prêt étudiant impossible à rembourser, le père d’Elliot est mort d’une leucémie à cause de son job. Elliot souffre quasiment dans sa chair des conséquences de cette société.

Elliot contre Goliath

 

« Tu es là parce que tu sens que quelque chose ne tourne pas rond dans ce monde. »

— Mr. Robot

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© 2015 Universal Television, LLC. All Rights Reserved – photographe : Virginia Sherwood

 

Mr. Robot s’appuie sur les théories du complot chères aux Anonymous – et d’ailleurs sur leurs codes visuels (notamment le masque de Guy Fawkes) – ainsi que sur une critique de notre société d’hyper-consommation. En cela, son propos est original, car il n’a pas encore été traité dans une série grand public, cela en fait en quelque sorte la première série anticapitaliste.
Elliot se bat, avec l’aide de la F-Society et de Mr. Robot contre une multinationale qui n’est pas sans rappeler les GAFAM (Google Apple Facebook Amazon Microsoft).

Sam Esmail, son créateur, a ainsi poussé à l’extrême des idées d’ado rebelles pour finalement poser une vraie critique et proposer une solution utopique et anti-système.
Il faut changer notre monde ou plutôt la vision que nous en avons puisque « l’argent est le système d’exploitation de notre monde », il revient aux informaticiens de détruire cette « réalité virtuelle » et de « sauver les gens de la main invisible » que représente l’argent.
Le propos peut sembler naïf, « effacer la dette, redistribuer massivement les richesses », mais Sam Esmail a tenté d’en montrer la complexité dans cette saison 1 de Mr. Robot.

Surtout, il donne à voir le possible contre-pouvoir représenté par les « techos » à l’ère des innovations technologiques comme la blockchain, l’intelligence artificielle ou encore l’Internet of things…

Vivement la saison 2 de Mr. Robot !

Marjolaine Gaudard

Marjolaine Gaudard

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
Passionnée de séries, de web séries, de romans (notamment les polars), de BD et de littérature jeunesse.

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Marjolaine Gaudard

Contre Mr. Robot

 

Créée par Sam Esmail et diffusée par la chaîne sur USA Network, la série Mr. Robot a fait le buzz l’été 2015 aux États-Unis après une habile campagne virale. Pourtant faire une série sur l’informatique, ce n’était pas gagné. Mais la très bonne trouvaille de son créateur est d’avoir appuyé son récit sur des mouvements tels qu’Occupy et Anonymous.

Ainsi, Mr. Robot fait donc une nouvelle fois la preuve de l’incroyable réactivité des américains à tout transformer en fiction. Très documentée sur le plan technique, la série propose un réalisme sur les techniques de hacking que le personnage principal, Elliot, manie avec dextérité. Hélas, derrière la nouveauté de cette approche du hacking ou piratage informatique, l’écriture de la série s’avère au final très classique.

En effet, surdoué, asocial et paranoïaque, Elliot, interprété par le fascinant Rami Malek (La Guerre à la maison, Band of Brothers: L’enfer du Pacifique), est l’élu, seul à même de faire tomber un machiavélique conglomérat appelée E Corp. qu’il surnomme « Evil Corp. ».

“La révolution, c’est plus comme avant”

 

Comme projeté à l’aide de la petite pilule bleue de Matrix (1999), voilà Elliot faisant partie d’une petite équipe de hackers amenée par Mr. Robot, interprété par le cool Christian Slater (True Romance, Nymphomaniac), et prête à faire la révolution depuis un centre de jeux d’arcade où la culture geek et vintage est à l’honneur.

Le problème est que le personnage d’Elliot est un schizophrène qui a souvent du mal à distinguer les rêves et la réalité. Habile astuce scénaristique qui, comme dans Fight Club (1999) — autre référence de la série —, permet de remettre en question ce que voit et pense le personnage mais permet surtout de recycler les idées de changements de la société sans prendre de risque : êtes-vous sûr que ce soit réel… et donc possible ?

Ainsi, sous le couvert d’un justicier capable de faire tomber un conglomérat néfaste, il s’agit surtout de raconter un techno-thriller moderne, fun et à suspense. Surtout qu’il faut reconnaître que la série offre un traitement intéressant de l’informatique et du monde des hackers, avec notamment la fascinante et mystérieuse Dark Army chinoise dirigée par White Rose.

Mais côté série anticapitaliste, il faudra passer son chemin. En tout cas pour la première saison. En effet, la narration de cette saison est certes habile, même si elle suit les schémas habituels, mais elle affaiblit un propos supposé subversif par une pirouette finale peu crédible qui déçoit.

Dommage.

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Jean-Christophe Nurbel

Rédacteur en Chef / Editor in Chief chez Bulles de Culture
Accro aux films, aux pièces de théâtre, aux séries et à la culture en général, j'aime les œuvres qui me surprennent.

Top 3 Cinéma : "À bout de souffle" (1960), "Blade Runner" (1982), "Casablanca" (1942)
Top 3 TV : "Engrenages" (2005-...), "The Wire" (2002-2008), "Twin Peaks" (1990-1991)
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En savoir plus :

  • Mr. Robot saison 1 est diffusé sur France 2 tous les lundis à 22h40 à partir du 19 septembre 2016

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