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[CRITIQUE] 5 bonnes raisons de regarder “Loin de chez nous” saison 1

Dans la veine de la série américaine MAS*H (1972-1983), la série française Loin de chez nous de Fred Scotlande est une dramédie militaire forte et drôle. Voici nos cinq bonnes raisons de découvrir la saison 1 de cette série.

Synopsis :

Après dix ans de guerre, la France s’apprête à retirer ses troupes d’Afghanistan. Tous sont heureux de rentrer au pays. Tous sauf un petit groupe de soldats, les Chats noirs. Ils ont quelque chose à terminer avant. Mais l’arrivée d’une journaliste (Charlie Bruneau) va contrarier leurs plans. Un grain de sable qui poussera le sergent-chef Dostali (Fred Scotlande) à prendre tous les risques, trop peut-être, puisqu’un de ses Chats noirs va disparaître…

Comme nous avons eu la chance de rencontrer le directeur de production de la série, Hervé Bellech, lors du Festival de la Fiction TV de la Rochelle 2016, découvrez cinq bonnes raisons de découvrir la première saison  de Loin de chez nous.

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1/ Loin de chez nous est
une dramédie réussie

 

Produite par Calt Production (Kaamelott, Hero Corp, Chefs), la série Loin de chez nous offre un regard singulier sur le conflit afghan. Avec ses 10 épisodes de 26 minutes, elle mêle à la fois le drame de la guerre et la comédie du quotidien… et même du suspense autour de l’enlèvement d’un soldat français et les trafics d’un mystérieux américain. Le créateur, réalisateur et acteur Fred Scotlande ainsi que  son équipe font montre d’une rare maîtrise du récit, alternant aussi bien les scènes de combats, les face-à-faces tendus que les situations comiques ou poétiques.

Quelques exemples :

  • Pour les violentes scènes de combats, le réalisateur n’hésite d’ailleurs pas à jouer de l’image et du son, soit pour accentuer la violence de ces situations comme pour le premier épisode, soit pour les déréaliser comme l’usage de la voix chantante de Lucienne Boyer (et la chanson des années 30, Parlez-Moi D’Amour) sous le feu nourri d’un accrochage dans le deuxième épisode.
  • Pour les scènes comiques, Loin de chez nous use aussi bien du comique de situation, de caractère, de mots que de scènes purement burlesques comme cette scène à la Tati, silencieuse et en un seul plan, où après être sortie d’un hélicoptère, la journaliste court dans tous les sens devant une rangée de soldats stoïques pour attraper des feuilles de papier dispersées par le mouvement des pales d’un hélicoptère. Ou ce cours donné à des soldats virils et machos sur les “ragnagnas” (schémas à l’appui) après que ceux-ci aient confondu une jeune fille ayant ses règles avec une civile blessée et qu’ils aient du coup demandé pour rien une évacuation sanitaire par hélicoptère coûteuse.
  • En plus des scènes de combats et de comédie, la série glisse dans le récit des scènes de contemplation et de poésie telles que la succession de plans sur les routes désertiques à la fin de l’épisode 2 ou la magnifique scène au ralenti d’une femme couverte d’un tchador vert surgissant d’un plan d’eau au début de l’épisode 3.
Fred Scotlande a voulu faire du 52 minutes dans 26 minutes avec des enjeux forts et après il a voulu mettre des moments plus cinématographiques comme :

  • la très belle et poétique scène de la brosse à dents où la musique démarre et où les deux se prennent la bouche [NDLR : nous n’expliciterons pas quels sont les protagonistes en jeu dans cette scène pour ne pas spolier la série mais il s’agit de l’épisode 7],
  • ou la scène clipée où un des personnages fait des origamis et on suit Fred sous la tente et on voit tout ce que les autres personnages vivent en terme d’affliction [NDLR : épisode 5].

La musique participe à la narration dans la série et on l’avait anticipé en prod pour avoir un budget musique sur des titres existants qui sont souvent assez onéreux pour avoir des droits monde au cas où la série se vende à l’étranger. Elle apporte un mood, une atmosphère particulière, de la poésie là-dedans.

Hervé Bellech

2/ Le réalisme de la série

 

Contrairement à une série comme Kaboul Kitchen qui malgré ses qualités restait purement fictionnelle, une autre des qualités de la série est que son créateur Fred Scotlande ne sacrifie pas le réalisme et la crédibilité des situations face au romanesque. Il y a un vrai sentiment d’un travail en amont de recherches et de documentation sur le sujet. Ainsi qu’une volonté de coller à la “réalité” des lieux : par exemple, les autochtones parlent dans leur langue et ne sont pas sous-titrés.

Fred a été engagé quand il était plus jeune et il a voulu à un moment donné remettre en lumière ce côté fraternel d’engagés à l’étranger.
(…) Il a lu pléthore de livres mais c’est une fiction, ce n’est pas Z de Costa-Gravas mais il avait un besoin de se documenter pour chercher plus le vraisemblable que le réel. Par respect pour eux, il avait envie d’écrire quelque chose qui soit crédible aux yeux des militaires. Lui, c’est un ancien engagé donc il n’y a aucune provocation par rapport à l’armée mais il y a vraiment l’envie de faire aussi une série pour ce public et avoir un regard très respectueux pour le corps des armées françaises.

— Hervé Bellech

Ce que confirme l’épitaphe placé à la fin du générique de fin de chaque épisode :
“Mémoire et Respect à ceux qui tombent pour nous, loin de chez nous”.

3/ Une série à hauteur d’hommes

 

Si Fred Scotlande a voulu rendre hommage à ses années passées dans l’armée à l’étranger, il n’en néglige pas pour autant les personnages féminins évoluant dans cet univers d’hommes. De même, si la série Loin de chez nous débute dans le camp de ces soldats français basés en Afghanistan, les autochtones ne sont pas oubliés et vont peu à peu se dessiner au fil des épisodes.

On s’intéresse avant tout dans cette série à des trajectoires humaines qui pourraient avoir lieu dans un autre contexte. Ce n’est pas une série martiale, gorgée de testostérones qui cherchent l’affrontement. Il y a de très beaux personnages féminins, il y a beaucoup de délicatesse, de subtilité. il n’y a pas de point de vue, on s’intéresse au conflit du point de vue des occupants et des occupés. On a bénéficié aussi d’une consultante qui s’appelle Anne Nivat [NDLR : grand reporter de guerre, Prix Albert-Londres en 2000] qui a été d’un grand soutien pour alimenter Fred au moment de l’écriture pour lui parler de son ressenti sur le terrain, de ce qu’elle a vécu pour la véracité.

— Hervé Bellech

4/ Une mise en scène
et un casting de qualité

 

Côté casting, Fred Scotlande s’est appuyé sur des acteurs très investis dans la série et qui sont tout à fait crédibles dans leur rôle de soldat, trafiquant ou djihadiste. Citons quelques-uns d’entre eux :

  • Fred Scotlande (Hero Corp), bien sûr, dans le rôle du Sergent-Chef Dostali,
  • Charlie Bruneau (En famille) dans le rôle de la journaliste Julie Tavin,
  • Grégory Montel (Dix pour cent) dans le rôle du Capitaine Bellech, le capitaine du camp de base,
  • Gwendolyn Gourvenec (Un village presque parfait) dans le rôle du Sergent Gaultier, une auxiliaire sanitaire,
  • Olivier Charasson (Hénaut Président) dans le rôle de Padre, l’aumônier de la base,
On a eu Jean-Michel Chapelain qui est un ancien du GIGN qui a fait évoluer les acteurs en forêt et sur le site de Bry-sur-Marne. Et c’était assez marrant de les voir évoluer en peloton. Il y a eu aussi Christophe Maratier qui est le spécialiste des armes. En tout cas, ils ont été briefés dans le phrasé, les expressions, le langage technique, la manière de parler, la manière de se tenir, la manière de tenir un fusil de porter un béret ou autre. Ça reste une fiction mais il fallait un côté réaliste, vraisemblable pour que ce soit crédible.

Hervé Bellech

Avec ses 35 jours, 20 jours de montage et 400 jours d’infographie (des centaines de plans sur fond bleu à truquer), la série Loin de chez nous est une ambitieuse série “low cost” de 2,9 millions d’euros de budget. Et malgré ce budget relativement restreint pour réaliser 4h30 de programme, Fred Scotlande et son équipe réussissent à faire de vrais partis pris de mise en scène et de réalisation. Le réalisateur joue ainsi habilement du hors-champ et n’abuse pas des effets spéciaux et des effets pyrotechniques pour nous raconter cette histoire.

Après l’enjeu est de pouvoir dans une économie maîtrisée — on est dans un budget low cost avec une chaîne  qui fait le maximum mais avec ses moyens qui ne sont pas ceux de France 2 ou France 3 — faire une série qui se passe en Afghanistan. On ne pouvait pas sortir de France car sinon on perdait le financement public (CNC, etc.). Si on partait en région, on avait une subvention qui aurait absorbé les coûts de délocalisation. Du coup, on s’est dit qu’on allait prouver qu’on pouvait ne pas délocaliser une fiction sensée se passer dans un environnement plus exotique que l’Ile-de-France et faire ça sur un parking à Bry-sur-Marne.

On ne cherchait pas à faire une série à effets spéciaux car tourner en décors naturels, c’est toujours plus simple. Le seul moyen ici était de faire venir 300 mètres d’échafaudages, mettre des fonds bleus et non pas verts parce qu’il y a beaucoup de vert sur les costumes militaires. On a fait des pelures et un gros travail d’infographiste pour des matte painting et de la 3D. On a fait aussi une journée ou deux dans la forêt de Fontainebleau et une journée dans une carrière. Mais tout le reste a été fait sur un parking.

Hervé Bellech

5/ L’efficacité du format
de séries de 26 minutes

 

Enfin, dans un paysage audiovisuel de plus en plus fourni en terme de séries, il faut reconnaître que la présence récente du format de 26 minutes est un vrai plaisir de sériephiles. Longtemps cantonné aux sitcoms, ce format plus court permet aux auteurs de maximiser leurs arches et de minimiser les problèmes de rythme éventuels de certains épisodes.

Je pense que sur OCS et France 4, il y a une prise de risque de partir sur ce format de 26 minutes qui est très demandé par le public car c’est un format très plaisant en terme de narration, on arrive à raconter de belles histoires sur des projets feuilletonnants ou pas. C’est propice à un mode narratif assez addictif dans lequel on peut mettre des enjeux intéressants et déployer des trajectoires de personnages. Vivement que cela arrive sur d’autres chaînes et c’est bien que ce soit des petites chaînes comme ça qui donnent l’exemple en terme d’audace. Et s’il n’y avait pas eu France 4, et aussi la région d’Ile-de-France, la série n’existerait pas.

— Hervé Bellech

Bref, Loin de chez nous est une série militaire originale, drôle et touchante à découvrir sans tarder.

Propos recueillis au Festival de la Fiction TV de La Rochelle 2016.

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En savoir plus :

  • Loin de chez nous est diffusé tous les lundis à 20h50 sur France 4 à partir du lundi 19 septembre 2016
  • Loin de chez nous est disponible sur Netflix depuis le lundi 16 janvier 2017
Jean-Christophe Nurbel
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Jean-Christophe Nurbel

Rédacteur en Chef / Editor in Chief chez Bulles de Culture
Accro aux films, aux pièces de théâtre, aux séries et à la culture en général, j'aime les œuvres qui me surprennent.

Top 3 Cinéma : "À bout de souffle" (1960), "Blade Runner" (1982), "Casablanca" (1942)
Top 3 TV : "Engrenages" (2005-...), "The Wire" (2002-2008), "Twin Peaks" (1990-1991)
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3 Commentaires

  1. Loin de chez nous est une pure merveille! Onirique, d’une très grande subtilité, cadrage millimétré et sensible, les personnages sont filmés avec bienveillance et humilité. Fred Scotlande réussi la prouesse de traiter avec une intelligence et finesse toutes les questions que l’on peut se poser sur une culture, un pays ,l’intervention occidental, notre vision de l’autre, l’obscurantisme etc…Sans penser que je suis une absolue référence, mais sérinopphile critique, cette série m’a subjuguée. Monsieur Scotlande, je ne vous connais pas, mais pour moi vous êtes obligatoirement une belle personne.

  2. Heureusement il paraît que l’auteur du scénario a été militaire.:
    Des incohérences et/ou des absurdités: dans une zone et une situation éminemment dangereuse la journaliste sort du taxi pour aller photographier un bonhomme au bord de la route, s’adresse à lui en français alors que les djihadistes sont partout !
    Elle fume sous sa burkha sans être asphyxiée !
    Le comble: le gradé, professionnel de métier, dans une zone également infestée d’ennemis, alors qu’il est isolé ne trouve rien de mieux à faire que de fumer une cigarette et de se faire cuire tranquillement sa ration sur un petit feu à la lumière de sa torche , histoire de passer inaperçu !
    Ne parlons pas de la totale désinvolture des copains du gars qui vient d’être enlevé par l’ennemi; s’en foutent totalement et s’enfilent des bières en rigolant.
    Heureusement il paraît que l’auteur du scénario a été militaire: Chauffeur du colon à Mourmelon ?

  3. Bonjour, je reprendrai volontiers les remarques de Xavier à mon compte… beaucoup trop d’incohérence et d’approximation lors de la réalisation, qui mettent à mal un jeu d’acteur pourtant plus que correcte, voir même très bon pour certains, et aussi un sentiment de vécu de vie dans une base pour certaines scène…. mais l’ensemble fait cheap… le manque de budget est criant. Les montages d’arrière-plans numériques sont de très piètre qualité (hélicoptère…wouaou…), le matériel militaire “lourd” inexistant, une base qui semble composée de 15 personnes uniquement, des absurdités de situation dans un pays en guerre qui décrédibilise l’ensemble… mais le top : la chèvre afghane dans le taxi avec ses étiquettes de traçabilité d’un cheptel français aux oreilles et en gros plan en plus… alors là, le top du top…
    On est encore loin de la qualité de réalisation et des moyens des prods américaines.
    Dommage, car il y a un potentiel fou à la base.

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