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[CRITIQUE] “Toni Erdmann” (2016) de Maren Ade

Tantôt déconcertant, tantôt terrifiant, Toni Erdmann est un monstre d’anormalité qui fait craqueler la peinture d’un monde aseptisé par la performance professionnelle. Le film  de Maren Ade a fait sensation au Festival de Cannes et on comprend pourquoi.

 

Synopsis :

Winfried Conradi (Peter Simonischek) rend visite à sa fille Inès (Sandra Hüller) à l’improviste. Il découvre son obsession du travail et une vie sentimentale inexistante. L’homme fait alors appel à Toni Erdmann, double encombrant qui n’a pas peur du ridicule, pour redonner à sa fille le goût à la vie.

 « Es-tu un peu heureuse ici ? »

 

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© Haut et Court

 

Tailleur noir, talons hauts perchés, attaché-case, ordinateur et smartphone greffés : Inès présente toute la panoplie d’une successful cadre en entreprise travaillant pour un grand cabinet de conseil international.

Passionnée ? Elle paraît l’être, au vu de l’énergie déployée à assumer ses fonctions à haute responsabilité qui sont celles de licencier massivement à la place de son client.

Heureuse ? C’est la simple question que lui pose son père et qui reste sans réponse. Inès manque de pleurer à chaque instant. Burn-out ou bore-out, aucun mot d’aujourd’hui ne peut décrire le désarroi de la jeune femme, dans ce monde qui n’a plus de couleur. Le peu d’interactions humaines qu’elle s’accorde se réduit à son environnement professionnel afin d’augmenter sa productivité, son assistante personnelle se chargeant du reste.

A en croire les théories de management en vogue, passer beaucoup de temps ensemble, de jour comme de nuit, c’est bon pour le “team building”. Et pour améliorer sa performance au travail, il faut faire appel à un coach qui saura faire de vous un requin épanoui, ou un meilleur robot.

Un peu comme dans le récent film de Pascal Bonitzer, Tout de suite maintenant (2016), l’héroïne écarte tout sentimentalisme pour gravir les échelons d’une entreprise qui va bien au-delà de la figure paternelle. Même lorsque le père (le vrai, soit Winfried Conradi) surgit, il ne suffit pas pour opérer un changement. Il faut devenir autre, insuffler de la folie pure pour réveiller les consciences et extraire la jeune femme de sa léthargie : être Toni Erdmann.

« Qu’est-ce qui vaut la peine d’être vécu ? »

 

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© Haut et Court

 

On ne saura jamais si Toni Erdmann est un dangereux schizophrène ou un homme de génie plus lucide que nous tous. Quoi qu’il en soit, cet être embarrassant au faciès d’ogre – ce dentier n’est-il pas là pour mieux nous manger ? – s’immisce dans la vie de sa fille et tente en vain de l’aider.

Trouble-fête, roi de l’incruste ou coach dernière génération, qu’importe, l’énergumène s’affuble d’une combinaison traditionnelle bulgare censée chasser les mauvais esprits. Il débarque “out of the blue” à une party déjà bien gâchée par une Inès en crise.

Horrifique, monstrueux, Toni Erdmann laisse bouche bée et convainc définitivement avec ce dernier plan : de père en fille, le grain de folie est transmis. Car seuls les fous sont dignes d’être heureux.

 

 

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 17/08/2016
  • Distribution France : Haut et Court
Gwenaëlle L.P.

Gwenaëlle L.P.

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
J'aime tous les cinémas, pourvu qu'ils me transportent et me fassent réfléchir.

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