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Le Journal d'un fou affiche

[CRITIQUE] #Avignon2016 : « Le journal d’un fou » par la Compagnie des Perspectives

Le journal d’un fou de Nicolaï Gogol s’est établi Au Magasin Théâtre pour le Festival Off d’Avignon, dans une version proposée par la Compagnie des Perspectives. Chronique d’une folie pas si ordinaire.

Synopsis :

Un fonctionnaire occupant un poste sans responsabilités dans un ministère russe (Antoine Robinet) conte dans son journal ses aventures. Amoureux de la fille de son directeur, il espionne la petite chienne de cette dernière, Medji, dont il comprend, semble-t-il, la langue… Les preuves de folie se multiplient et il finit par croire être le Roi d’Espagne, si bien que lorsqu’il est traîné dans un hôpital psychiatrique, il pense être arrivé en terre espagnole…

Le journal d’un fou :
Ex-tra-or-di-nai-re

 

Le journal d'un fou image 3
© Jessy Conjat

 

Attention, coup de cœur personnel. Le journal d’un fou par la Compagnie des perspectives est à coup sûr une réussite. Une synthèse de tout ce qui est appréciable et apprécié lorsqu’il s’agit de mettre à l’honneur un chef d’œuvre de la littérature russe du XIXe siècle.

Après avoir connu le succès lors des Festivals Off d’Avignon 2013, 2014 et 2015 et battu le pavé parisien au Guichet Montparnasse en 2014 et 2016, ce Journal d’un fou enflamme à nouveau le Festival Off 2016. Présentée dans la traduction de Louis Vardiot datant de 1845, cette pièce mérite qu’on lui tire une grande révérence.

Antoine Robinet incarne au sens fort du mot cette âme égarée, malade, qui suscite sympathie et compassion. La performance de l’acteur est incontestable. Il réussit un tour de force assez rare au théâtre, celui d’emporter dès les premières secondes le spectateur avec lui et lui fait oublier instantanément le cadre dans lequel il se trouve, le fauteuil, la scène, le mirage, pour vivre avec ce petit fonctionnaire émouvant sa descente irrémédiable vers les affres de la folie.

Le comédien est proprement captivant. D’une part, il fait preuve d’une grande maîtrise dans sa diction et les confidences de son personnage deviennent une démonstration d’éloquence. D’autre part, le travail effectué sur le regard est saisissant, tout comme le jeu très physique qu’il donne à voir.

Une pièce dont le charme opère si bien est le fruit logique de l’alliance entre un jeu d’acteur parfait et une excellente mise en scène menée là par Bruno Dairou. Là aussi, Le journal d’un fou remplit ses promesses.

Dans une émanation lumineuse, dans des fripes trouées en guise de costume, le personnage erre sur la scène, s’allonge, se recroqueville, à l’image de son cerveau aliéné. Une couche sommaire sert de décor principal, des liasses de papier vieilli jonchent le sol pour une mise en scène est sobre et épurée.

Une folie dépeinte avec subtilité

 

Le journal d'un fou image 2
© Jessy Conjat

 

Le texte de Gogol donne dans la démesure par le sujet qui l’inspire mais ne tombe jamais dans l’outrance. Le résultat au théâtre, dans cette proposition de la Compagnie des Perspectives, épouse cette vision. Antoine Robinet et le metteur en scène Bruno Dairou parviennent à frapper littéralement le spectateur, sans basculer dans l’exubérance.

Oui, ce jeune homme est atteint d’une sombre folie, mais à l’image du texte de l’auteur qui fait imaginer à son personnage que l’internement qu’il subit est en fait un voyage rapide vers l’Espagne, la présente pièce dresse un tableau tout en finesse de ce « Fou », qui en devient émouvant, presque attachant.

Jamais le jeu d’Antoine Robinet ne cède à la facilité. Le délire du jeune fonctionnaire est implacable, irrémédiable, mais non surfait. Il est difficile de jouer la folie sur scène, sans verser dans le pathos ou la démonstration. Les écueils sont ici évités avec intelligence.

Que le spectateur connaisse ou ne connaisse pas Le journal d’un fou, qu’il en ait déjà vu ou non une mise en scène, cette version de la Compagnie des Perspectives laisse sans voix. On en ressort aussi ébranlé que le comédien lorsqu’il salue le public.

Du très grand théâtre.

 

En savoir plus :

  • Le journal d’un fou  par la Compagnie des Perspectives Au Magasin Théâtre (Avignon, France) du 6 au 30 juillet 2016 puis au Edinburgh Festival Fringe (Édimbourg, Écosse) du 5 au 28 août 2016, au Théâtre de la Garenne (La Garenne-Colombes, France) le 28 avril 2017, au festival Beaujolais en Scène et en Musique (Beaujolais, France) en août 2017

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