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[CRITIQUE] « Léa » (2015) de Marco Tullio Giordana

Après l’assassinat de Pasolini et les années de plomb, l’italien Marco Tullio Giordana continue de s’emparer de sujets politiques forts, ici la mafia calabraise, à travers le regard féminin de Léa.

 

Synopsis :

Léa (Vanessa Scalera) entame une relation avec Carlo (Alessio Praticò), impliqué comme son frère Floriano (Mauro Conte) dans la mafia. La naissance de Denise (Linda Caridi) fait prendre conscience à la jeune femme des dangers encourus. Elle décide de coopérer avec la police.

Régulièrement sélectionné à Cannes ces dernières années, Marco Tullio Giordana est profondément investi par la politique de son pays. On lui doit notamment la fresque télévisée Nos meilleures années (2003) ainsi que Piazza Fontana (2012). Seize ans après son film Les Cent pas qui s’attaquait à la mafia sicilienne, le réalisateur se concentre aujourd’hui sur la mafia calabraise.

Léa : une plongée dans la ‘Ndrangheta

 

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© Paname Distribution

 

On est bien loin de la représentation tentaculaire de la mafia napolitaine Camorra, et ses ramifications politico-économiques du film phénomène Gomorra (Matteo Garrone, 2008). Léa suit le parcours d’une seule femme aux prises avec sa famille, ceci afin de dresser un tableau intime et réaliste de la ‘Ndrangheta en Calabre : « La ‘Ndrangheta a gardé la famille comme noyau, les affiliés ne sont pas des associés, mais des frères, fils, cousins, neveux. S’il faut faire des alliances et des fusions, cela se passe à travers des mariages. C’est pour cela qu’elle reste une des organisations criminelles des plus impénétrables » (Marco Tullio Giordana). Ici, c’est le lien de sang qui prévaut : un ‘Ndrangheta a tous les droits sur ses enfants, qui deviendront eux-mêmes des membres actifs du clan. C’est un modèle social avec ses propres codes, ses propres lois, qui perdure… digne du Moyen-Âge.

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© Paname Distribution

 

Ainsi le film de Marco Tullio Giordana se focalise sur un combat individuel : placée sous haute protection policière pendant des décennies, contrainte à une fuite en avant incessante, Léa fera tout pour que sa fille grandisse libre loin de l’influence de son père. Cette lutte, tirée de faits réels, a par la suite été reprise par la cause féministe en Italie, pour dénoncer la culture machiste qui prédomine encore, notamment dans les milieux mafieux.

« Il y a toujours eu dans notre cinéma une volonté de filmer des strates de la société privée de voix ; je pense à des films comme La Terre tremble de Luchino Visconti ou Accatone de Pier Paolo Pasolini » (Marco Tullio Giordana).

Le récit d’une cavale

 

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© Paname Distribution

 

Léa s’affilie au polar et, à juste titre, le film a fait l’ouverture du Festival du Film Policier de Beaune 2016 en Compétition. Dans son souci du véridique, Léa manque malheureusement d’inspiration et souffre d’une ennuyeuse linéarité. Le film s’attelle à raconter presque d’année en année, de ville italienne en ville italienne, la cavale de Léa et sa fille pour fuir la ‘Ndrangheta. Ces sauts de puce à répétition en disent long sur le calvaire des deux femmes, qui ne peuvent construire leur vie nulle part et avec personne. Ils perdent malheureusement le spectateur en cour de route.

L’élan dramatique de Léa est cependant redonné lors du procès qui oppose Denise à son père dans un final poignant. Des images d’un journal télévisé italien confirment l’authenticité d’un récit qui fait froid dans le dos, et méritait sincèrement d’être raconté avec ce film.

 

 

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 13/07/2016
  • Distribution France : Paname Distribution

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