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© Tetra Media Fiction / La Pépinière

[INTERVIEW] Stephen Cafiero, réalisateur de la série « Irresponsable »

« Pousser l’émotion car ce qui était écrit
était souvent pudique »

 

Bulles de Culture : Comment s’est passé le casting de Irresponsable ?

Pour le casting, j’avais envie de faire venir des gens un peu différents de ce qu’il y avait dans le pilote, pour la mère et surtout pour le fils qui était super pour le pilote mais j’avais besoin d’un comédien capable de réactivité. J’ai beaucoup réfléchi sur le choix des comédiens. Ils viennent surtout du théâtre pour leur capacité à apprendre leur texte rapidement et à improviser.

Lors du tournage, je leur demandais de rester sur le texte la première fois puis de sortir du texte en gardant en tête l’intrigue mais en allant chercher des choses. Ce qui fait qu’ils ont eu une espèce de naturel qu’on a gardé et qu’on a mixé à l’écriture très précise de Frédéric Rosset. Ce mix donne le ton de la série.

Bulles de Culture : Comme il faut aller vite sur le tournage, y-a-t’il eu un travail en amont avec les comédiens ?

Stephen Cafiero : Oui, on a fait des lectures avec les comédiens principaux pour voir comment ils mettaient leurs textes en bouche, comment ils les vivaient, pour voir si des choses ne sonnaient pas justes. Je prenais des notes et j’en reparlais avec Fred qui soit réécrivait ou soit gardait ce qu’on avait fait en impro.

Arrivés au tournage, on a déjà fait tout ce travail-là, tout est déjà dans les rails. Après, ça arrivait qu’il y ait des séquences qu’on pousse un peu plus loin, souvent pour pousser l’émotion car ce qui était écrit était souvent pudique. Par exemple, la relation entre Julien et sa mère, on a essayé de faire en sorte que ce soit un peu plus complexe.

Bulles de Culture : Pourtant, le temps de tournage de Irresponsable est très court…

Stephen Cafiero : Oui, c’est vraiment très dur. Le principe est fou, j’ai dix feuilles à faire tous les jours, à peu près dix minutes utiles, et ça n’existe pas en fait ce que j’ai à faire. Mais tous les jours, on y arrive et tous les jours, on se dit que c’est  un miracle. C’est comme si on faisait du trapèze sans filet. On se jette et il n’y a pas de filet en-dessous. Il n’y pas de trapèze non plus. On se jette et on verra ce qu’il se passe. C’est un truc infaisable mais on essaie de le faire.

Après les spectateurs, ils s’en fichent, ils regardent l’émotion et le reste, ils s’en fichent. Le chef op’ [NDLR : François-Xavier Le Reste, directeur de la photographie de la série], il a 1/4 d’heure pour éclairer par plan et point barre. Il ne lui faut pas une minute de plus et tout le monde est comme ça.

Bulles de Culture : D’où le choix de la caméra portée ?

Stephen Cafiero : Oui, on a tourné à 2 caméras et j’en cadrais souvent une et le chef op’ cadrait l’autre. Le matin, on faisait une répétition pour voir comment physiquement, les comédiens bougeaient pour que ce soit naturel. Une fois qu’on avait ça, pendant qu’ils allaient se maquiller, je restais avec le chef op’ et je découpais sur place. Il y avait 2-3 axes, pas plus.

Après sur certains séquences, j’avais des envies très précises — un plan-séquence au steadycam, un autre où ça tourne autour à la fin d’un épisode où ils sont tous ensemble dans les bras —, c’était préparé mais le reste, c’était vivant. En même temps, on n’avait pas le temps de faire autre chose, il fallait toujours s’adapter au plan de travail. On avait 2 contraintes très difficiles : l’impro et pas de temps. Il aurait fallu plus de temps mais il n’y en avait pas.

Dans un autre style, Abdellatif Kechiche [NDLR : le réalisateur notamment de L’Esquive et de La Vie d’Adèle : Chapitres 1 et 2], il tourne 183 jours et moi, c’est l’inverse, on essaie de rentrer un petit peu de naturel mais avec 2 jours par épisode.

Bulles de Culture : Et le format du 26 minutes, qu’en pensez-vous en terme de réalisation ?

Bulles de Culture : Le 26 minutes, ça marche hyper bien en comédie, ça a été inventé pour les sitcoms aux États-Unis comme Friends, etc. C’est un format qui est assez court donc on n’a pas besoin de développer une histoire trop longue et trop forte en un épisode. On n’a pas besoin de douze personnages qu’on suit… On peut rester sur des choses écrites assez simples mais qu’on peut développer sur 12, 15 ou 30 épisodes. Par contre, on peut s’attacher à la comédie. Pour moi, c’est un format de comédie qui est un bon équilibre.

Jean-Christophe Nurbel
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