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[CRITIQUE] “Les Habitants” (2016) de Raymond Depardon

Avec Les Habitants, le cinéaste et photographe français Raymond Depardon a donné la parole à des habitants d’une quinzaine de villes françaises pour un résultat étonnant.

Synopsis :

Raymond Depardon part à la rencontre des Français pour les écouter parler. De Charleville-Mézières à Nice, de Sète à Cherbourg, il invite des gens rencontrés dans la rue à poursuivre leur conversation devant nous, sans contraintes en toute liberté.

La France vue par Raymond Depardon

Sur trois mois, Raymond Depardon a traversé la France avec une petite caravane pour “du nord au sud, de Charleville-Mézières à Nice, de Sète à Cherbourg, [partir] à la rencontre des français pour les écouter parler”. Après son exposition photographique à la Bibliothèque nationale de France (BnF) intitulée La France de Raymond Depardon en 2011 et son triptyque sur le monde rural français (Profils paysans) et ses nombreux films sur l’institution (Urgences, Délits flagrants…), le voilà donc qui filme le français lambda des villes françaises dans Les Habitants.

Photographe et cinéaste de formation, Raymond Depardon a un réel talent à condenser toute l’image dans un cadre et de longs plans plans fixes. Ici, il a donc placé sa caméra et les micros de Claudine Nougaret dans la caravane où il cadre de profil des “couples” de personnes de part et d’autre d’une petite table calée contre une fenêtre donnant sur la rue. Ce cadre fixé, il s’efface et laisse la caméra filmer une succession de profils de jeune, de vieux, d’homme, de femme, de couple, de parent, d’enfant, de frère, de pote, de copine… qui conversent tranquillement entre eux, commentant ou non ce qui se passe de l’autre côté de la fenêtre.

Dans l’intimité des français

Par cette habile mise en scène dans Les Habitants, Raymond Depardon oppose la profondeur des plans quand la caravane est tractée par une voiture sur les routes de France à la planéité des plans de conversations de ces gens. Ce dispositif alterne ainsi entre l’espace intime de la conversation à l’espace ouvert du trajet. Moins voyeur et omniscient que les caméras de la télé-réalité, celle de Raymond Depardon saisit avec subtilité l’espace privée de conversations d’inconnus qui, à note grand étonnement, n’hésitent pas à se confier.

Ce qui étonne aussi dans le film, c’est que ces discussions tournent toutes autour de sujets personnels. Raymond Depardon ne porte pas de jugement et laisse ces duos tenir des paroles tour à tour drôles et inquiétantes :

  • la joie ou la crainte d’une grossesse,
  • les changements d’une ville qui traduisent le temps qui passe,
  • les violences conjugales,
  • les histoires d’amour et de séparations,
  • les problèmes familiaux comme la petite fille qu’on ne voit plus, les histoires de sexe,
  • les remarques sur les changements ethniques d’un quartier

Cette facilité des gens à parler d’eux, leur spontanéité — est-ce une conséquence des émission de télé-réalité ? — surprennent et donneraient presque envie de découvrir le hors-champ du dispositif, d’avoir une sorte de “selfie” sur Raymond Depardon et de voir comment il a procédé pour rencontrer ces gens et créer avec eux une telle relation de confiance.

Les Habitants est un instantané du genre humain auquel la musique originale d’Alexandre Desplats apporte un souffle léger et résolument optimiste.

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 27/04/2016
  • Distribution France : Wild Bunch Distribution

Jean-Christophe Nurbel
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Jean-Christophe Nurbel

Rédacteur en Chef / Editor in Chief chez Bulles de Culture
Accro aux films, aux pièces de théâtre, aux séries et à la culture en général, j'aime les œuvres qui me surprennent.

Top 3 Cinéma : "À bout de souffle" (1960), "Blade Runner" (1982), "Casablanca" (1942)
Top 3 TV : "Engrenages" (2005-...), "The Wire" (2002-2008), "Twin Peaks" (1990-1991)
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