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Paul Verhoeven de « Basic Instinct » à « Elle »

Paul Verhoeven faisait son grand retour à Cannes cette année avec son film Elle (2016) après avoir présenté plus de vingt ans plus tôt son sulfureux Basic Instinct (1992) au Festival de Cannes. Impossible de ne pas faire une relation entre les deux grands films de sa filmographie.
    

A 77 ans et avec le film Elle, le cinéaste Paul Verhoeven renoue avec brio avec le thriller psychologique. Pour l’occasion, il a fait appel à un casting 100% français avec notamment Isabelle Huppert dont le personnage rappelle bien évidemment celui de Sharon Stone dans Basic Instinct.

Découvrez notre analyse comparative entre les deux films.

Paul Verhoeven : du sexe réfléchi

 

Basic Instinct photo
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Paul Verhoeven utilise le sexe comme un art de mise en scène mais également comme un élément qui donne de la valeur ajoutée à son histoire. 

Dans Basic Instinct, on se souvient bien évidemment de la scène d’ouverture qui met en avant un couple en train de coucher ensemble. Soudain, la femme, qui souhaite prendre l’ascendant, attache l’homme au lit puis sort son pic à glace avant de l’assassiner froidement. Le visage de cette belle blonde est méticuleusement caché afin de laisser planer le doute sur l’identité de la meurtrière. 

 

Elle photo
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Dans Elle, le parallélisme formel avec Basic Instinct est saisissant. Le film s’ouvre sur une scène de viol dans laquelle le personnage joué par Isabelle Huppert se démène pour échapper à son agresseur. Celui-ci avance également masqué puisqu’il porte une cagoule laissant encore une fois tout le mystère sur son identité. 

Les deux œuvres n’auront de cesse de faire intervenir des scènes de sexe dans leur récit. Elles prennent part à la dramaturgie. Souvent perverses, elles sont un moyen pour les personnages de jouer avec le feu et de tester leurs limites. Par exemple, lors de son enquête, Nick Curran (Michael Douglas) se laisse attacher au barreau d’un lit par la romancière, Catherine Tramell (Sharon Stone). Dans Elle, c’est Michèle (Isabelle Huppert) qui se laisse séduire par Patrick (Laurent Lafitte), marié. 

Des thrillers ingénieux

 

Basic Instinct photo
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Paul Verhoeven manie avec perfection l’art de raconter son récit. Il filme les enquêtes comme personne, distillant des indices qui vont faire frémir puis douter le spectateur. 

Dans Basic Instinct, le cinéaste joue sur la constante ambiguïté des personnages. On croit l’affaire résolue quand un nouvel élément vient tout bouleverser. Au final, le doute reste possible et le pouvoir d’interprétation du spectateur est très important. 

 

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Dans Elle, le réalisateur casse véritablement les codes de l’enquête. Tout d’abord, le personnage principal refuse de faire appel à la police. C’est donc par ses propres moyens qu’elle va essayer de trouver son agresseur.

Mais à l’inverse de Basic Instinct, le scénario bascule d’un drame policier à un thriller psychologique. L’ambiguïté n’a pas lieu d’être puisqu’on connait rapidement l’identité du criminel. Paul Verhoeven va alors construire son récit autour de la relation dérangeante entre l’agresseur et l’agressé. Mais dans ce jeu dangereux, on reste toujours dans l’expectative, qui manipule l’autre ? 

Isabelle Huppert, la nouvelle Sharon Stone

 

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Paul Verhoeven aime créer des personnages de femmes fortes. La romancière Catherine Tramell a tout d’une personne à poigne et sulfureuse dans Basic Instinct. Elle drague ouvertement le policier chargé d’enquêter sur elle, ne met pas de culotte lors de son interrogatoire. Elle ne cherche pas à se disculper. Pire, elle joue constamment en poussant les autres à la soupçonner. Elle a ce côté narcissique qui fait penser qu’elle réussira à se sortir de toutes les situations. Sharon Stone est dans Basic Instinct une divine femme incarnant à la fois jeunesse éternelle et esprit retors. 

Michèle dans Elle est également cette femme au tempérament bien affirmé. Elle réagit avec distance, et même avec humour, par rapport à son viol, désarçonnant ainsi le spectateur. On retrouve dans Michèle la capacité à manipuler son entourage, à l’instar de Catherine Tramell. Elle est toujours dans un besoin de contrôle pervers, usant de subterfuges pour arriver jusqu’à ses fins. 

 

Elle photo
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L’interprétation d’Isabelle Huppert est majestueuse. Elle casse son image et tranche avec ses choix artistiques antérieurs. Grâce à Paul Verhoeven, elle prend un bain de jouvence, devenant aux yeux du grand public résolument sexy. Dans Elle, Isabelle Huppert à la carrure d’une Sharon Stone des temps modernes, donnant un prisme nouveau à la passion féministe de Paul Verhoeven. 

Elle est donc la preuve que le talent du cinéaste n’a rien perdu de sa superbe. Il sait toujours utiliser ses propres codes pour emporter le spectateur. 

 

En savoir plus :

  • Date de sortie France de Elle : 25/05/2016
  • Distribution France de Elle : SBS Distribution
Antoine Corte

Antoine Corte

Rédacteur en chef adjoint / Deputy editor in chief chez Bulles de Culture
Toujours à défendre le cinéma français, j'aime particulièrement faire découvrir les films à petites sorties mais à portée universelle.
Antoine Corte

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