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[CRITIQUE] “La Terre promise” (2015), mon Amérique à moi

la terre promise-couvertureAu printemps 2014, Johnny Hallyday entreprend d’effectuer pour la première fois de sa longue carrière une tournée américaine, le Born Rocker Tour, soit quinze concerts à travers les États-Unis et le Canada. Il emmène dans ses bagages l’Enfant du rock Philippe Manœuvre qui écrira, au jour le jour, la chronique de ce qui deviendra un livre, La Terre promise.

Synopsis :

Depuis longtemps, Johnny avait envie de chanter en Amérique. C’est avec une nouvelle formation qu’il se lance dans l’aventure – un rêve qui peut enfin s’accomplir pour « l’homme qui a apporté le rock’n’roll en France » —. Un retour aux sources sans mise en scène spéciale, dans des villes et des clubs où ont joué les plus grands, vers la Terre promise, celle que chantait Chuck Berry…


It’s only rock’n’roll and I like it

 

Dans La Terre promise, Philippe Manœuvre est embarqué dans la tournée et vit au rythme du groupe : une ville différente tous les soirs, de Los Angeles à Dallas, en passant par Montréal, New York, Miami, La Nouvelle-Orléans… Le « Scribe », comme il se nomme lui-même, assiste à tous les concerts, mais partage aussi plein de moments off avec les musiciens, au restaurant, dans les bars, les bus, les avions…

Johnny, lui, voyage en jet privé. Les moments de transit sont l’occasion pour le chanteur d’aborder des aspects très variés de son existence, sur le ton de la conversation amicale : ses rencontres musicales, le choix d’un lieu où vivre, la difficulté à concilier une vie de musicien sur la route avec la famille, ses enfants… Johnny raconte aussi des anecdotes sur les groupies en tournée, la consommation de drogues dans le milieu du rock, des souvenirs d’enregistrements avec les musiciens de Nashville en 1962…. Mais le grand sujet, c’est le rock, celui des débuts, le rockabilly.

L’une des premières choses qui frappent le lecteur est l’excellente culture musicale de Johnny, notamment en matière de country, de rock’n’roll et de rockabilly. Il évoque les plus grands chanteurs, comme Gene Vincent, Elvis, Eddie Cochran ou Johnny Cash, mais également d’autres moins connus, comme Johnny Rivers, Lonnie Donegan ou Garth Brooks.

Il faut dire que l’idole a rencontré du beau monde dans son existence : citons notamment Otis Redding et Jimi Hendrix qu’il a fait venir en France. Il a aussi joué et enregistré avec les plus grands guitaristes du monde à la fin des années 60 : Peter Frampton, Mick Jones et Jimmy Page qui éprouve toujours une sincère admiration pour Johnny, « un monument », « resté fidèle à son amour du rockabilly ».

La Terre promise :
Born to run

 

Comme Philippe Manœuvre le rapporte dans La Terre promise, cette tournée a ses moments forts, partic­ulièrement réussis, comme ce concert au House of Blues de La Nouvelle-Orléans, où Johnny est au sommet de son art et de sa forme. Il y chante Le Pénitencier, version française d’une « traditionnelle célébration blues d’un bordel local, The House of The Rising Sun. « Fucking unbelievable », comme le dit C.C. Adcock, producteur et guitariste de blues cajun  qui a tourné avec Tony Joe White : Johnny a une voix énorme, une « façon de chanter unique, frontale, pleine de sens ». À Dallas, la presse est enthousiaste et salue la carrière exceptionnel du rocker hexagonal.

A Washington, il joue au Lincoln Theater qui a accueilli les grands noms de la musique noire et jazz : Duke Ellington, Billie Holiday, Sarah Vaughan ou Louis Armstrong, mais encore James Brown. Johnny est « le patron », celui qui voit tout : les baisses de régime des musiciens comme « la fille qui hurle au deuxième rang ». Il donne tout comme s’il jouait dans un stade.

Le chanteur, toujours très professionnel, ressort parfois insatisfait d’un concert, jugé trop amateur, comme à Boston. Il le vit mal, il déprime. Au restaurant, avec les musiciens, Johnny ne comprend pas pourquoi le Scribe ne veut pas boire d’alcool : le Limoncello, « c’est du citron fermenté, pas de l’alcool… Et puis sans alcool, on n’est pas rock’n’roll ». Il mange un hamburger, son plat préféré, et se remémore, mélancolique, l’élégance de Claude François : « Il ne buvait pas une goutte d’alcool, mais il avait une cave incroyable, juste pour ses invités. Claude François avait pour 200 millions d’anciens francs de grands crus dans sa cave et il ne buvait pas. Respect » (p. 136).

Quand on évoque la concurrence  ̶  ­­­­­­­­­­­­­­­­tous ceux qui furent présentés comme les nouveaux Johnny au cours des cinquante dernières années  ̶ , il met un terme à la discussion de façon magistrale : « Mon cul, laissez-moi tranquille. Je suis Johnny Hallyday et je fais mon truc. Johnny Cash faisait son truc. Avis d’un dinosaure aux nouveaux arrivants : faites votre truc ou crevez » (p. 136).

Enfin, la vie en tournée, c’est aussi la vie d’un groupe. Le Scribe donne la parole à l’entourage de la star. Il s’entretient avec les musiciens dont Yarol Poupaud et Robin Le Mesurier, les guitaristes, Fred Gimenez, le bassiste, le manager Seb Farran, mais aussi Didier, le garde du corps, et Nelly, la costumière. Les fans, Laurent et Thierry, ceux qui suivent Johnny sur la tournée américaine, ne sont pas non plus oubliés. Tous évoquent Johnny avec beaucoup d’estime et d’affection, donnant à voir différentes facettes de sa personnalité généreuse.

Rock’n’roll attitude :
“Tu payeras le prix mais tu vivras”

 

En embarquant le Scribe sur la tournée, c’était aussi le souhait de Johnny : faire un livre qui ne soit pas une biographie ordinaire mais un « pur livre rock » sur la musique et la vie en tournée − « nos doutes, nos coups de gueule, nos larmes de joie et de bien belles rigolades, aussi. »

Car pour Johnny, le rock, ce n’est pas seulement une musique, mais une « façon de voir l’existence : « quand t’es tout le temps sympa et normal… tu vas pas faire du rock. Le rock a des démons. C’est un état d’esprit. C’est n’être pas dupe, avoir beaucoup d’humour, être rebelle et aussi, surtout, être capable d’avoir des sentiments et des émotions à outrance. Pour ça, tu seras up ou down, indifféremment, tu payeras le prix, mais tu vivras » (p. 223).

C’est cette vie que nous montrent les nombreuses photos en noir et blanc de Dimitri Coste, souvent prises sur le vif : on peut y voir le chanteur sur scène, avec Lætitia, signant des autographes à ses fans, l’équipe dans le bus ou l’avion, des portraits des musiciens…

La Terre promise est donc un livre qui ne décevra pas les fans, mais convaincra aussi les amateurs de rock que Johnny n’est pas seulement une célébrité qui pose pour Gala, qu’il y a en lui la pure énergie du rock, juvénile, rebelle et authentique : c’est un homme qui sait se montrer totalement vulnérable, comme lorsqu’il chante, « seul sur un tabouret, guitare acoustique en main », Tes Tendres Années.

Saluons enfin la prouesse physique du chanteur qui, à soixante-dix ans passés, n’a pas peur de prendre la route et de relever le défi. « Quand on aime, on a toujours vingt ans », lance-t-il à la salle à Dallas.

Souhaitons donc une longue vie à Johnny !

 

 

En savoir plus :

  • La Terre promise, Johnny Hallyday avec Philippe Manœuvre, Fayard, novembre 2015, 272 pages, 18.90 €

 

Marie-Laure Surel

Marie-Laure Surel

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
J’aime la littérature, la poésie, le cinéma des années 30-40. Des œuvres nouvelles et celles, plus anciennes, qu’on continue de fréquenter comme de vieux amis.« Le Beau est toujours étonnant », disait Baudelaire.

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