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High-Rise (2015) de Ben Wheatley

highrise_poster_affiche_High-Rise de Ben Wheatley est l’adaptation cinématographique du roman I.G.H. (1975) de J.G. Ballard. Une immersion singulière dans l’univers dystopique et baroque du célèbre auteur de science-fiction des années 70 pour un film d’anticipation rétro, servi par un casting béton. Cherchez le paradoxe…
     

Synopsis :

1975. Le Dr Robert Laing (Tom Hiddleston), en quête d’anonymat, emménage près de Londres dans un nouvel appartement d’une tour tout juste achevée. Mais il va vite découvrir que ses voisins, obsédés par une étrange rivalité, n’ont pas l’intention de le laisser en paix… Bientôt, il se prend à leur jeu. Et alors qu’il se démène pour faire respecter sa position sociale, ses bonnes manières et sa santé mentale commencent à se détériorer en même temps que l’immeuble…

Dans l’univers de J.G. Ballard

 

Après L’Empire du soleil et CrashHigh-Rise est la troisième adaptation de l’œuvre de J.G. Ballard sur grand écran et peut-être bien la plus fidèle.

Souvent comparé à William S. Burroughs ou encore George Orwell, Ballard est devenu une référence de la fiction d’anticipation sociale et dystopique. Et son roman I.G.H., dont est issu High-Rise, en est la quintessence avec son immense tour de béton résidentielle, parabole démesurée d’une hiérarchie sociale  poussée à l’extrême.

Le film réussit à nous immerger dans cet univers si singulier grâce à la mise-en-scène de Ben Wheatley, grand fan du roman. Le réalisateur britannique transpose impeccablement le récit de Ballard en images captivantes avec son style original et envoûtant. Sous sa baguette, la lumière de Laurie Rose (sa chef opératrice de longue date) et les décors de Mark Tildeslay (The Constant Gardener, SunshineAu cœur de l’océan) donnent vie au roman avec splendeur.

Pour relever ce challenge visuel, l’équipe du film s’est installée à Bangor, une petite ville d’Irlande du Nord qui évoque parfaitement le Londres des années 70. Une majeure partie du tournage s’y est déroulé, notamment au Bangor Leisure Center, un impressionnant édifice des années 70 du style Brutaliste (en béton brut) si caractéristique de cette époque. L’astuce fait illusion et nous plonge dans le film dès les premières images. 

Un casting en béton

 

Avec les 1000 appartements de sa tour résidentielle surréaliste, High-Rise est remplit d’une imposante galerie de personnages, tous aussi complexes les uns que les autres. Chacun d’entre eux tient une place bien précise dans l’échiquier social de l’immeuble et a son rôle à jouer dans l’effondrement chaotique de cette micro-société allégorique.

Le casting est donc évidemment l’élément central du film, et avec sa liste impressionnante d’acteurs confirmés, il ne déçoit pas. Tom Hiddleston (Avengers, Only Lovers Left Alive), Jeremy Irons (Die Hard 3, Batman V Superman), Sienna Miller (Layer CakeAmerican Sniper), Luke Evans (Tamara Drew, The Hobbit), James Purefoy (Rome, John Carter), Elisabeth Moss (Mad Men, Top of the Lake)…

Ici pas de véritables grosses stars hollywoodiennes mais une liste homogène de seconds couteaux aguéris et talentueux. Des choix pertinents qui correspondent fidèlement aux personnages du roman et permettent de suivre la narration éclatée dans cette ribambelle de personnages secondaires.

Le physique de chaque acteur, renforcé par le maquillage, coiffures et costumes, évoquent l’imaginaire de cet univers plongé dans l’Angleterre des années 70. Seul personnage intemporel avec ses costumes cravates sans âges et son visage lisse, le docteur Laing (Tom Hiddleston) mène malgré lui la narration du film.

Subtilement isolé, le docteur Laing ne s’engage pas totalement dans la vie de l’immeuble et fait preuve d’une certaine aliénation — le personnage ne déballera jamais ses cartons dans son nouvel appartement, trop obsédé par le choix de la bonne couleur de peinture pour ses murs en béton. En évitant de se lier sincèrement aux autres locataires, il est le seul et unique résident à tenir sa place sociale dans la tour du début à la fin.

Dans ce premier rôle effacé, Tom Hiddleston joue habilement de son charisme. Il hante le film dans une prestation fantomatique pleine de retenue et donne le diapason à ce casting de choix.

Une adaptation difficile

 

Jeremy Thomas, le producteur du film, a acheté les droits de I.G.H. en 1975. Fan inconditionnel de Ballard —c’est aussi lui qui a produit L’Empire du Soleil de Steve Spielberg et Crash de David Cronenberg— cela fait plus de trente ans qu’il essaye de produire High-Rise. Mais la complexité du roman avec ses nombreux protagonistes et ses différents points de vue s’avère difficile à transposer scénaristiquement.

C’est pourtant là toute la force et la particularité d’I.G.H. : entre le Docteur Laing, Wilder ou encore l’Architecte, on cherche à déterminer qui est le véritable héros de l’histoire, en vain. L’un après l’autre, ils échouent tous à remplir leur rôle et laissent la tour plonger dans un chaos anarchique. Cette variation de points de vue est centrale au roman, et même si Ben Wheatley l’a parfaitement compris et réussit à le traduire dans le film, la dramaturgie cinématographique n’en est pas moins affaiblie.

Toute la première moitié du film est cependant très réussie. Le réalisateur et sa co-scénariste Amy Jump arrivent à immerger le spectateur dans l’univers de Ballard à travers le point de vue de Laing. Ce nouvel arrivant qui découvre la fameuse tour et ses résidents en essayant (faussement) de s’intégrer permet une identification efficace pour se plonger dans le film.

Mais dans la seconde moitié du film, à mesure que l’immeuble plonge dans un désordre de plus en plus extrême, la narration devient elle-même chaotique. Le film jongle alors d’un personnage à l’autre, varie les points de vue et multiplie les ellipses temporelles pour une dramaturgie de plus en plus décousue.

L’investissement émotionnel du spectateur devient difficile, surtout dans le dernier acte lorsque le point de vue du Docteur Laing est totalement délaissé pour d’autres personnages secondaires tel Wilder, le documentariste alcoolique et infidèle, trop antipathique à ce stade du film pour recueillir une quelconque empathie chez le spectateur.

Ce parti-pris narratif est fidèle au roman et retranscrit le chaos final au sein de l’immeuble. Mais en se collant trop à la narration du roman, le film délaisse malgré lui l’implication émotionnelle du spectateur, à travers une expérience cinématographique trop illustrative et donc finalement limitée.

 

Adapter J.G. Ballard au cinéma n’a jamais été une mince affaire et s’attaquer à I.G.H. aujourd’hui est encore plus ambitieux. Ben Wheatley et son équipe relève presque le challenge en captant avec justesse l’essence du roman et toute son atmosphère. Mais en restant trop fidèle au livre, le réalisateur n’arrive pas totalement à s’approprier le récit et le film finit par en pâtir.

Mais au-delà de ces lacunes narratives, High-Rise offre l’univers de Ballard sur un jolie plateau, dans un film d’anticipation “seventies” paradoxal qui ne manque pas de rappeler le talent intemporel d’un auteur irréfutablement visionnaire. 

 

 

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 06/04/2016
  • Distributeur France : The Jokers / Le Pacte
Emilio M.

Emilio M.

Rédacteur / Editor chez Bulles de Culture
Passionné de films et de séries, made in USA et d’ailleurs…

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Emilio M.

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