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© Luna Park Films

[DVD] La Femme Bourreau (1968) de Jean-Denis Bonan

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La Femme Bourreau  de Jean-Denis Bonan, tourné en mai 1968, est resté invisible du grand public pendant 47 ans. Le film est sorti en salle en 2015 et en DVD en 2016. Une belle découverte faite aux 16èmes  Journées cinématographiques dionysiennes.
  

Synopsis :

Hélène Picard, à qui on attribuait une série de meurtres, a été exécutée. Et pourtant, des crimes ressemblant aux siens continuent. A Pigalle, des prostituées sont sadiquement assassinées.

La Femme Bourreau, premier long-métrage de Jean-Denis Bonan est tourné en mai 1968, sans argent. Les comédiens sont bénévoles, la pellicule est issue du recyclage. La nuit, le réalisateur et Gérard De Batista, chef-opérateur, filment les événements qui bousculent la France pour un autre film, Le joli Mois de mai dont la post-production sera financée en partie par Jean-Luc Godard et Jean Rouch.

Certainement en avance sur son temps, La Femme Bourreau, film-tiroir, a dormi pendant de longues années. Intrigue improbable, genre cinématographique flou, fond anarchiste… telles étaient les raisons pour condamner (à mort) le film. Il est censuré, économiquement, par les distributeurs de l’époque frileux de sortir cette œuvre esthétiquement anticonformiste, pourtant proche à certains égards de la Nouvelle Vague et du surréalisme. Le film est resté à l’état d’ « ours » (montage avancé), inachevé, pendant 47 ans. Ce n’est qu’en 2010, grâce à l’initiative du cinéaste Jean-Pierre Bastide, qu’il sera projeté à la Cinémathèque. Il rencontre alors un public de jeunes cinéphiles réceptifs à l’éclatement des formes, au mélange voir à l’effacement des genres, un public qui, vivant dans l’ère très en vogue du « trans », accepte que le réel puisse être multiple, hybride, fragmenté ou réversible.

L’intrigue

Le film s’ouvre par un plan fixe dans lequel une femme aux mains d’homme ouvre des tiroirs. Les premiers sont vides. Du troisième, elle sort un couteau. Générique. Des brides d’actualités sonores annoncent : « Deux filles assassinées comme si Hélène Picard était encore en vie. » Deuxième plan : en caméra-subjective, nous traversons une ruelle tortueuse comme si nous avions la gueule de bois ou pris une balle dans la jambe. La bande-son est stridente, métallique. On entend des coups de feu. Que se passe-t-il ? Une guerre civile ? Nous sommes pris dans un étau. Un prêtre nous parle alors du géant qui voit tout, qui sait distinguer les coupables des innocents.

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© Luna Park Film

L’intrigue se tisse ensuite autour du personnage de Louis Gilbeau. Fonctionnaire au ministère de la Justice, dit légèrement paranoïaque, il se présente le jour de l’exécution d’Hélène Picard à la préfecture de police pour rencontrer l’adjointe du commissaire, Solange Lebas, chargée de l’enquête sur les meurtres de la « sadique de Pigalle ». Louis Gilbeau dit être victime de menaces et préférer que cette rencontre se fasse ailleurs, aux Buttes-Chaumont par exemple. Car ici, il se sent poursuivit. Il souhaite une rencontre informelle.

Une rencontre informelle avec le cinéma

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© Luna Park Films

Pour nous, spectateurs, cette rencontre est déjà informelle. L’absence totale de contre-champs visuels et sonores transforme ce qui devrait être une conversation en monologue. Nous sommes dans l’univers mental du personnage. Filmé uniquement en gros plan, il dit être guetté par la folie. La folie ne frapperait-elle pas aussi le récit ? Fragmenté, il se met en forme par collages d’éléments disparates. Les voix narratives se démultiplient. Tout le monde a son mot à dire. Mais pour dire quoi ? Les genres cinématographiques s’imbriquent et se détournent des codes établis. L’image et l’intrigue se dédoublent.

Policière, l’intrigue est un tissu de fausses pistes. Et lorsque l’on vacille du film noir à l’érotisme, de l’expressionnisme au documentaire, elle devient divinement drôle. Une farce magistralement orchestrée par l’Institution et soutenue par les journalistes. Une satire. Les propos que les journalistes recueillent sur le trottoir sont absurdes ou insipides. Et là, nous rions presque tragiquement, parce que le film nous renvoie tellement ce que nous pouvons être, en 1968 et aujourd’hui, bien qu’il s’en soit passé des choses dans ce laps de temps. La peine de mort a été abolie, la guerre d’Algérie oubliée, le mariage pour tous légalisé…

Amoureuse, l’intrigue nait dans le hors-champ et dans l’ellipse. Ces procédés d’effacement ou de déplacement situent le véritable discours du film dans un territoire, une sphère ou une strate, plus obscurs, que l’on peut entrevoir sous couvert d’une conversation anodine du couple en train de dîner, ou lorsque l’on s’échange la perruque du tueur. Les rôles deviennent interchangeables, la folie réversible, les tueurs multiples. C’est alors qu’on assiste à une course-poursuite dans un Belleville qui n’existe plus, puis à la chute du personnage qui disait être, quelques séquences plus tôt, « le tueur officiel de la société. »

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Dans ce film-miroir, La Femme Bourreau de Jean-Denis Bonan, on peut y voir ce que l’on veut : une femme ou un homme, un bourreau ou un autre, un tueur fou ou plein d’autres, et tant d’autres choses.

Présenté cette année lors des 16èmes Journées cinématographiques dionysiennes 2016 au cinéma l’Ecran de Saint-Denis qui étaient consacrées aux Censures, le film a encore séduit un public, qui se sent peut-être, lui-aussi, pris dans un étau.

La Femme Bourreau de Jean-Denis Bonan, film surprenant, inquiétant et drôle, vient de paraître en DVD. Merci au distributeur Francis Lecomte de Luna Park Films d’avoir pris le risque d’éditer ce film complètement fou.

En savoir plus :

  • Disponible en DVD chez Luna Park Films depuis le 2 février 2016.

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Un commentaire

  1. Je suis évidemment très fier de cet article. Indépendamment du fait qu’il est très élogieux à l’égard du film, je trouve l’analyse extrêmement fine et d’une véritable pertinence. Un grand merci à Laurence Henry

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