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“L’Épreuve et Les Sincères” (2016) par Philippe Uchan, une digne mise à l’honneur de Marivaux

La compagnie Raymond Acquaviva présente au Théâtre des Béliers Parisiens, deux pièces de Marivaux à la suite, L’Épreuve et Les Sincères, dans une mise en scène de Philippe Uchan, assisté de Laura Mottet. Une riche soirée théâtrale mettant en valeur Marivaux de manière irréprochable.   

Synopsis :

L’Épreuve (1740) : Lucidor (César Duminil), fils d’un riche bourgeois, est tombé amoureux d’Angélique (Manoulia Jeanne), la fille de propriétaires relativement désargentés, qui a pris soin de lui alors qu’il était tombé malade à la campagne. Il décide toutefois de mettre à l’épreuve la jeune Angélique, avant de demander sa main, pour savoir si c’est lui ou sa fortune qui l’intéresse. Pour ce faire, il déguise son valet, Frontin (William Lottiaux), en homme de monde et décide de le présenter à Angélique comme un ami à qui il pourrait la marier. Angélique, espérant un sincère amour de la part de Lucidor, se fâche, contre sa servante Lisette (Charline Ben Larbi), contre Frontin, contre sa mère, Madame Argante, (Marie Bourlet-Clément), contre Lucidor lui-même, avant de défier tout le monde en annonçant qu’elle pourrait se marier avec Maître Blaise (Ugo Pacitto), un jeune fermier. Lucidor lui avoue finalement le leurre et lui dit qu’il va l’épouser.
Les Sincères (1739) : Lisette (Charline Ben Larbi), suivante de la Marquise (Joséphine Thoby) et Frontin, (Clément Lhuaire) valet d’Ergaste (William Lottiaux), voient d’un mauvais oeil le rapprochement entre leurs maîtres. La Marquise et Ergaste partagent un goût immodéré pour la sincérité, pourvu, en fait, qu’elle ne concerne que les autres et pas eux-mêmes. Lisette et Frontin comploteront pour que cette union en vue n’ait pas lieu, mais que la Marquise cède à son premier soupirant, Dorante (Ugo Pacitto) et qu’Ergaste épouse Araminte (Marie Bourlet-Clément).

L’Épreuve et Les Sincères
ou le déguisement de la vérité

 

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© D.R.

 

Toute l’intrigue de L’Épreuve repose sur un mensonge truculent. Mais Lucidor est-il véritablement inspiré en présentant un autre mari que lui-même à Angélique, décontenancée par une telle débauche perverse d’imagination, lorsqu’elle apprend la vérité ?

Philippe Uchan opte pour une mise en scène claire, précise, chaque comédien tient son rang et le texte de Marivaux est ainsi mis en valeur. Pas de costumes d’époque, mais plutôt des habits évoquant le XXe siècle.

La compagnie Raymond Acquaviva tient sa réputation dans cette mise en scène de L’Épreuve. Chaque acteur brille dans son rôle.

César Duminil en Lucidor est admirable. Maître dans l’art du faux-semblant, le comédien joue l’amant épris mais prudent avec beaucoup de justesse. Manoulia Jeanne incarne une Angélique belle et touchante. Son emportement, son incompréhension, sonnent vrais. A la fin de la pièce, lorsque Lucidor lui avoue la feinte, Manoulia Jeanne dans la peau d’Angélique rend bien cette absence de bonheur éclatant.

William Lottiaux en Frontin se saisit bien aussi de ce personnage ambivalent, valet aux origines, contraint de se travestir en homme de meilleure condition. Charline Ben Larbi en Lisette est pétillante, gratifie le spectateur de mimiques mutines entre Frontin et Blaise. Ugo Pacitto est à proprement parler hilarant dans le rôle de Blaise. Scandant son texte avec un accent campagnard maîtrisé, il est fort habile dans le rôle de ce fermier à la fois plein de bon sens et intéressé. Marie Bourlet-Clément s’illustre en Madame Argante, à grand renfort de gestes et de répliques clamées avec puissance.

Les Sincères,
un trésor de raffinement

 

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© D.R.

 

Les Sincères de Marivaux est une pièce d’une grande subtilité, où la sincérité, qualité irréprochable, est finalement moquée voire questionnée. Car il est difficile de prétendre louer la sincérité en toutes circonstances et ne pas être heurté lorsqu’à son encontre, ne pleuvent pas que des compliments. En toile de fond, les serviteurs complotent, car ils savent bien que le lien qui unit la Marquise et Ergaste tient dès lors que leur sincérité s’exerce à l’égard des autres, mais qu’il en sera autrement lorsqu’elle sera appliquée à eux-mêmes.

Là encore, la Compagnie Acquaviva retranscrit fidèlement ce petit bijou de Marivaux, dans une mise en scène de Philippe Uchan toujours à-propos.

Joséphine Thoby est véritablement étincelante dans le rôle de la Marquise, à la fois précieuse, hypocrite et désarmante. William Lottiaux joue parfaitement cet Ergaste sincère quitte à en être ridicule voire pompeux.

Ugo Pacitto incarne avec brio ce Dorante, soupirant un peu mou, bien moins attirant qu’un Ergaste à première vue sincère et capable de critiques, mais qui saura finalement charmer la Marquise par la flatterie à laquelle elle cédera. Marie Bourlet-Clément campe une Araminte délaissée puis reconquise, son jeu est harmonieux, dans la mesure.

Enfin les deux valets, Charline Ben Arbi en Lisette et Clément Lhuaire en Frontin sont tous deux piquants, habiles et mènent divinement leur petite escroquerie relative à l’union entre Ergaste et la Marquise. La comédienne porte brillamment le rôle d’une suivante rusée et Clément Lhuaire interprète un Frontin impeccable.

Deux pièces, deux tableaux aboutis

 

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© D.R.

 

Il faut courir au théâtre des Béliers parisiens voir L’Épreuve et Les Sincères. D’une part, parce que Marivaux est incontestablement de bonne compagnie pour une soirée théâtrale intelligente et divertissante. D’autre part, parce que cette compagnie réalise là un travail soigné.

Maîtrise du texte, mise en scène réussie, décors sobres mais percutants sont ici réunis. Le spectateur assiste à une succession de scènes accomplies, véritables tableaux en mouvements qu’il faut aller applaudir sans hésitation.

 

En savoir plus :

  • L’Épreuve et Les Sincères au Théâtre des Béliers parisiens (Paris, France), du 22 février au 28 mars 2016 puis du lundi 10 octobre 2016 au lundi 28 novembre 2016
Agathe M.

Agathe M.

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
Croqueuse d'art, j'aime découvrir et faire découvrir des œuvres éclectiques.

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