//insérer vidéo facebook
enfr
Accueil / SPECTACLES / [CRITIQUE] “Amok” adapté par Alexis Moncorgé, plongée dans l’abysse
AFFICHE AMOK

[CRITIQUE] “Amok” adapté par Alexis Moncorgé, plongée dans l’abysse

Le Théâtre de Poche-Montparnasse accueille la descente aux enfers du personnage principal d’ Amok de Stefan Zweig, incarné par Alexis Moncorgé, dans une adaptation éponyme et une mise en scène de Caroline Darnay. Un coup de théâtre au sens propre.

Synopsis :

Sur le pont d’un bateau, un homme (Alexis Moncorgé) raconte l’événement fondamental qui a marqué son existence. Médecin occidental parti en mission en Malaisie, il vit retiré du monde, n’ayant de contact qu’avec la population locale jusqu’au jour où il reçoit un jour la visite d’une femme blanche, qui vient avec une demande impérieuse. Tombée enceinte, elle souhaite que le praticien l’aide à avorter avant le retour de son époux et ce dans le plus grand secret. Cette rencontre transforme alors absolument l’existence de l’homme de médecine…

Amok :
une véritable prouesse sur scène

 

amok-image2
© Christophe Brachet

 

On ressort de cette représentation d’Amok comme d’un film noir, le spectateur est hébété, abasourdi, choqué, à l’image du comédien, Alexis Moncorgé, qui sous les applaudissements semble encore totalement absorbé par ce rôle dans lequel la psychose est omniprésente.

Seul en scène, Alexis Moncorgé porte brillamment son adaptation d’Amok. Terriblement touchant, comme frappé par la foudre lorsqu’il rencontre cette femme, son jeu est incroyable. Le spectateur le voit perdre pied dans la narration de son effroyable histoire.

Ivre, ce médecin n’écoute que sa folie, en cherchant à soumettre cette femme peu docile et en la poursuivant de ses obsessions. Il assiste à la mort douloureuse de celle-ci et lui jure peu avant de rester muet sur son avortement.  Son sacrifice va si loin qu’il meurt sur le même bateau qui transporte son cercueil, afin que son secret soit gardé à tout jamais.

Caroline Darnay à la mise en scène et Caroline Mexme à la scénographie choisissent judicieusement de faire évoluer Alexis Moncorgé dans un décor minimaliste ; nul besoin d’en faire trop. Une musique lancinante ponctue la pièce, en adéquation parfaite avec l’atmosphère pesante de l’intrigue.

Une scène incroyable, un grand moment se déroule lorsque le comédien se meut derrière un voile au fond de la scène, entouré d’un jeu de lumières. Son ombre danse derrière cette toile, de manière inquiétante. Il donne vie à “l’amok”, cette folie meurtrière en ethnologie, cette perte subite de contrôle.

Un jeu et une mise en scène perturbants, au résultat stupéfiant.

Un épisode maniaque saisissant

 

amok-image1
© Christophe Brachet

 

L’histoire de ce jeune médecin est vécue par lui-même comme une expérience de “l’amok”, cette sorte de décompensation se manifestant par une folie meurtrière, observée notamment en Malaisie. S’il ne tue pas au sens propre la jeune femme, c’est par son refus de la faire avorter qu’elle est conduite à se tourner vers une faiseuse d’anges qui la massacre. “L’amok” apparaît chez ce personnage comme un épisode monomaniaque qui déstabilise totalement sa vie de reclus. S’il en est conscient lors de sa narration, il en est toutefois détruit.

La représentation de la folie sur une scène de théâtre dépasse le terme de cliché, tant l’exploitation de la démence est fructueuse pour un dramaturge. Initialement, le texte de Zweig est une nouvelle, mais il a été porté au cinéma comme sur la scène, parce que le potentiel de la nouvelle de Zweig est monumental lorsqu’il est incarné.

Alexis Moncorgé réalise une adaptation sublime d’Amok, sa performance scénique est sensationnelle, elle anesthésie le spectateur autant qu’elle le remue puissamment.

Un coup de cœur et d’effroi !

 

 

En savoir plus :

  • Amok de Stefan Zweig, adapté par Alexis Moncorgé, au Théâtre de Poche-Montparnasse (Paris, France) du 12 janvier au 13 mars 2016
Agathe M.

Agathe M.

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
Croqueuse d'art, j'aime découvrir et faire découvrir des œuvres éclectiques.

TOP 3 Cinéma : Vittorio de Sica, Pasolini, Visconti
TOP 3 Littérature : Schnitlzer, Kundera, Roth
TOP 3 Théâtre : Brecht, Anouilh, Claudel
Agathe M.

Check Also

Amphitryon photo 2

[CRITIQUE] “Amphitryon” par Stéphanie Tesson : Un Molière sublimé

Amphitryon de Molière, dans une mise en scène de Stéphanie Tesson, se donne actuellement au Théâtre …

[CRITIQUE] “La Peur” par Élodie Menant, une traque haletante

Le Théâtre Michel accueille actuellement  La Peur de Stefan Zweig, dans une mise en scène …

Laisser un commentaire