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99 Homes (2014) de Ramin Bahrani

99-Homes_afficheGrand Prix du Festival de Deauville 2015, 99 Homes sort enfin en France, mais par la petite porte du e-cinéma. L’occasion de voir ce film intimiste à la maison, justement, et de se laisser toucher une nouvelle fois par la crise… Notre critique. 
   

Synopsis :

Rick Carver (Michael Shannon), homme d’affaires à la fois impitoyable et charismatique, fait fortune dans la saisie de biens immobiliers. Lorsqu’il met à la porte Dennis Nash (Andrew Garfield), père célibataire vivant avec sa mère et son fils, il lui propose un marché. Pour récupérer sa maison, sur les ordres de Carver, Dennis doit à son tour expulser des familles entières de chez elles…

La crise à échelle humaine

 

À l’instar de l’excellent film d’Adam McKey, The Big Short, la majorité des films et documentaires portant  sur la crise des subprimes de 2008 tentent avant tout d’expliquer au grand public les rouages économiques et financiers de celle-ci tout en dénonçant les coupables de Wall Street et son système frauduleux.

Mais dans 99 Homes, il n’est nullement question de finance, de traders ou de subprimes. Le film nous plonge pourtant en plein dans la crise mais à travers un nouvel angle, celui des victimes directes, parmi les quelques millions de familles américaines surendettées et expulsées de leurs foyers, saisis de force par les banques.

A l’opposé de la complexité des mécanismes de la crise, 99 Homes opte donc pour la clarté d’un récit simple suivant le destin de l’une de ces familles. Le film ouvre ainsi sur l’expulsion en temps réel de cette famille désemparée dans une séquence anxiogène efficace qui immerge directement le spectateur dans l’expérience de ces victimes impuissantes.

Un parti pris poignant qui redonne à la crise toute la dimension humaine de ses ravages.

Des prestations de premier rang

 

Ramin Bahrani, le réalisateur et scénariste de 99 Homes, décrit son film comme une sorte de “thriller émotionnel”.  Car ce sont les émotions des protagonistes qui guident le film avec une narration linéaire simple centrées sur ses deux personnages principaux.

Le réalisateur favorise ainsi une mise en scène sobre avec une caméra épaule, au grand angle, qui colle les personnages au plus près de leurs émotions. C’est donc surtout le jeu des acteurs qui est mis en avant par ce procédé. Et toute la force du film va ainsi reposer sur le talent de son brillant casting.

Andrew Garfield (Lions for LambsThe Amazing Spiderman, Never Let Me Go) est convainquant dans le rôle de Dennis Nash, personnage atypique de jeune père célibataire vivant avec sa mère et son fils (Laura Dern, toujours au top). L’ardeur de son interprétation entraîne le spectateur dans le dilemme moral du personnage qui se retrouve à devoir expulser d’autres familles pour pouvoir lui-même récupérer sa maison.

En face, Michael Shannon (Take ShelterBoardwalk EmpireYoung Ones) excelle à son habitude, ici dans le rôle de l’agent immobilier malhonnête Rick Carver. La force de conviction de son personnage dépasse le carcan manichéen du simple antagoniste et donne matière à réflexion.

L’émulsion entre les deux acteurs porte le film avec aisance et convie l’empathie chez le spectateur face à ce duo original de personnages empreints de vérités.

La loi du plus riche

 

En ramenant la crise à une échelle humaine, 99 Homes arrive à dénoncer son immoralité avec autant d’éloquence que de simplicité. À travers les destins de ses deux protagonistes allégoriques, le film expose avec la force d’une parabole les valeurs sous-jacentes du système capitaliste contemporain.

L’ironie dramatique de la situation de Dennis Nash et les choix moraux qu’il est mené à prendre illustrent de façon poignante la perversité d’un système sans dessus-dessous qui exploite les faibles et tend à la corruption. Le spectateur qui suit ce père de famille victime de la crise témoigne avec ressenti de cet avilissement pernicieux qui s’opère en lui. 

Quand au personnage de Rick Carver, il incarne plus radicalement le fond de l’idéologie capitaliste et de l’argent-roi. La véhémence décomplexée avec laquelle il exploite la crise pour faire du business reflète les excès abusifs du monde de la finance qui ont justement mené à cette crise. Le film illustre ainsi l’avarice sans borne d’hommes poussés par le système à placer le profit au dessus de toutes autres considérations morales.

Cette empathie pour ses protagonistes traduit l’absence de jugement de la part du réalisateur/scénariste qui essaye de garder une certaine objectivité. 99 Homes n’est pas un pamphlet contre la finance, c’est un témoignage, un constat. 

Et avec la fin ouverte du film, qui n’offre aucune véritable conclusion narrative ou résolution morale, Ramin Bahrani espère provoquer la réflexion chez le spectateur pour ouvrir le dialogue et remettre en question le système de manière objective et positive, sans accusations mais avec discernement et, malgré tout, avec indignation.

 

 

L’effroyable crise des subprimes de 2008 fait encore et toujours parler d’elle et malheur à ceux qui la croit loin derrière. Encore aujourd’hui, le grand public continue de découvrir les raisons véritables de cette crise économique et l’ampleur de son ravage.

Mais la révélation de ces tenants et aboutissants ne traduit pas le véritable drame humain qui se cache derrière la complexité de la crise. Et c’est ce que Ramin Baharani s’applique à faire dans dans son film en renouant avec les affects.

En montrant la crise sous le prisme des émotions, 99 Homes effectue une parabole puissante, qui touche le spectateur droit au cœur.

 

En savoir plus :

  • Disponible en e-cinema à partir du 18 mars 2016
  • Distributeur France : Wild Bunch Distribution
Emilio M.

Emilio M.

Rédacteur / Editor chez Bulles de Culture
Passionné de films et de séries, made in USA et d’ailleurs…

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