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The Revenant affiche

[Critique] « The Revenant » (2015) : Une expérience grandeur nature

Apocalypse Snow

Cela fait plusieurs années que le scénario de The Revenant circule à Hollywood. Mais la complexité du projet et l’ampleur de la tâche avaient jusque-là rebuter les quelques réalisateurs ambitieux (John Hillcoat, Park Chan-wook, Jean-François Richet) qui s’étaient intéressés au projet.

Couronnés avec BirdmanAlejandro González Iñárritu et Emmanuel « Chivo » Lubezki (le chef opérateur prodige de Tree of Life, Gravity ou encore Les Fils de l’homme) se sentent prêts à relever le challenge cinématographique d’un tournage hivernal en pleine nature, à des températures extrêmes, loin de toute civilisation.

Les décors sauvages impliquent en effet de tourner en lumière naturelle, ce qui veut dire peu de temps de lumière exploitable par jour, à peine quelques heures. De plus, la difficulté d’accès des décors protégés (certains inaccessibles en voiture ou même en hélicoptère) nécessite une incroyable logistique pour acheminer le matériel de prise de vue. L’équipe technique ira même jusqu’à démonter une grue télescopique de tournage (une Scorpio Crane de 23 pieds) pour la transporter pièce par pièce sur le décor… par voie câblée aérienne, en construisant des tours à chaque rappel de câble !

Au final, le budget de The Revenant, initialement estimé à 60 puis 95 millions de dollars, va plafonner à 135 millions de dollars pour une durée de tournage qui s’étendra sur plus de huit mois — Tom Hardy sera même obligé de renoncer à son rôle dans Suicide Squad qu’il devait faire dans la foulée.

Pour Alejandro González Iñárritu, l’ampleur cauchemardesque qu’a pris la production du film était totalement prévisible, du fait même de la nature du projet, entièrement soumis aux aléas de la météo hivernale.

De fait, le retard accumulé au fur et à mesure du tournage éprouvant fut tel que la neige avait totalement disparu en fin de saison alors que l’équipe n’avait pas encore tourné le dernier acte du film. Un retard couteux qui forcera finalement la production a déménager au sud de l’Argentine pour pouvoir finir le film dans de nouveaux décors enneigés.

Cependant, malgré toutes les difficultés et les complications du tournage, Iñárritu ne lâchera rien. Il restera fidèle au film jusqu’au bout, intransigeant sur les moyens à employer pour respecter la vision sans concession de sa mise en scène et de la cinématographie de Lubezki.

Du grand Cinéma

En dépit d’un tournage qui s’annonçait extrêmement difficile, Alejandro González Iñárritu réitère le parti pris complexe de filmer la plupart des scènes en longs plans-séquences. Tirant les leçons de son expérience sur Birdman, le réalisateur maîtrise mieux encore ce procédé cinématographique et compte l’utiliser à bon escient, dans un but bien précis : immerger le spectateur dans le point de vue des personnages pour une « expérience émotionnelle à 360° ».

De son côté, Emmanuel Lubezki choisit de filmer au plus près des acteurs avec des courtes focales (objectifs très larges) pour capturer à la fois la majestuosité des décors imposants mais aussi toute l’intimité qui se passe au niveau des personnages.

The Revenant image
© Twentieth Century Fox France

La combinaison de ces deux partis pris détermine toute la force singulière de The Revenant et procure de très grands moments de cinéma (dont la fameuse scène, déjà culte, de l’attaque du Grizzli). Mais tourner de longs plans-séquences en courte focale dans ces conditions extrêmes va nécessiter un énorme travail de précision. Chacune de ces scènes devient alors de minutieuses chorégraphies qui vont requérir tout le talent et l’investissement du cinéaste, mais aussi des acteurs et de l’équipe du film toute entière.

Pour se préparer à cet ultime challenge, The Revenant a bénéficié d’une énorme pré-production de trois mois. Le cinéaste, le chef opérateur et les producteurs ont passé tout l’été avec les acteurs, sur les décors, pour concevoir et répéter chaque scène du film. Par ce travail obstiné, ils vont pourvoir définir avec précision l’emplacement des décors ainsi que le découpage de chaque scène, plan par plan, selon la position du soleil, le jeu des acteurs, la prise de vue, etc.

Ils attaquent ainsi le tournage en connaissant le film par cœur sur le bout des doigts. Mais avec la lumière naturelle, ils n’ont finalement que quelques heures chaque jour pour concentrer et obtenir le meilleur des trois mois de dur labeur et de répétitions. Une pression de tournage énorme qui apporte sa dose d’adrénaline, surtout pour les fameuses scène tournées en plan-séquences.

Avec deux prises possibles par jour, l’erreur n’est pas permise.

La combinaison entre préparation minutieuse et pression de tournage s’avère donc terrifiante pour le réalisateur mexicain et son équipe. Mais elle insuffle à chacune de ces scènes une tension et une énergie unique qui crève l’écran et fait de The Revenant une grande expérience de Cinéma.

Le challenge était de taille et l’équipe de The Revenant a relevé le défi haut la main. Alors que le film doit encore sortir en France en Inde et au Japon, il est déjà un succès commercial et critique — 281 millions de dollars au box office mondial, à ce jour, et 12 nominations aux oscars.

Emilio M.

Rédacteur / Editor chez Bulles de Culture
Passionné de films et de séries, made in USA et d’ailleurs…

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Emilio M.

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