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ANOMALISA photo3
© Paramount Pictures France

Anomalisa (2015), Lost in Translation à Cincinnati

Anomalisa affiche

Grand Prix du Jury au Festival de Venise 2015, en compétition pour l’Oscar du Meilleur film d’animation, Anomalisa, le deuxième film du génial scénariste Charlie Kaufman (Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Dans la peau de John Malkovich) fait une nouvelle fois mouche. Co-réalisé avec un certain Duke Johnson, le film est une version Kaufmanienne de Lost in Translation.
    

Synopsis :

Michael Stone (David Thewlis en V.O.), mari, père et auteur respecté de «Comment puis-je vous aider à les aider ?” est un homme sclérosé par la banalité de sa vie. Lors d’un voyage d’affaires à Cincinnati, où il doit intervenir dans un congrès de professionnels des services clients, il séjourne à l’Hôtel Fregoli. Là-bas, il entrevoit la possibilité d’échapper à son désespoir quand il rencontre Lisa (Jennifer Jason Leigh en V.O.), mal dans sa peau et représentante des ventes des pâtisseries Akron qui pourrait être ou pas l’amour de sa vie.

    
Un miroir déformant de Lost in Translation

 

Un moyen de comprendre rapidement le message d’Anomalisa est de comparer ses vingt premières minutes avec le début de Lost in Translation (2003) car les deux films se répondent de façon presque parfaite.

Un conseil donc : (re)voyez le film de Sofia Coppola avant d’aller découvrir son cousin en stop-motion !

Après une séquence d’ouverture, les deux films mettent en scène leur héros en voyageur blasé dans un taxi les ramenant de l’aéroport. Mais lorsque Bob Harris (Bill Murray) arrivait dans la ville grandiose de Tokyo chez Coppola, Michael Stone (voix de David Thewlis en V.O.) fait son entrée dans une insipide ville secondaire américaine. De même, Bob était une star glamour placardée sur les panneaux publicitaires géants de la ville quand Michael s’est rendu célèbre grâce à un grotesque best-seller sur le service client des entreprises…

Nous vous laissons poursuivre le parallèle qui pourrait s’étendre sur des pages.

ANOMALISA photo3
© Paramount Pictures France

 

En quelques mots, Kaufman semble s’être amusé à créer un Lost In Translation de la classe moyenne dans un hôtel sans charme avec une héroïne moche. Une romance poétique au milieu de la banalité, dans un monde où des fans pathétiques s’extasient devant l’auteur qui a révolutionné le service client (quand Sofia Coppola montrait le grotesque à travers un tournage de pub de whisky).

 

Une quête amoureuse de l’anomalie

 

Dans Lost In Translation le héros se sent seul parce qu’il est incapable de communiquer avec les japonais : l’éloignement provient de la langue. Dans Anomalisa tous les personnages ont la même voix (c’est assez déstabilisant pour le spectateur), signe de leur banalité. Michael se sent uniformément éloigné de tous sauf de Lisa, qui a une voix à elle (celle de Jennifer Jason Leigh en V.O.) : le rapprochement provient de la voix.

L’“anomalie” de cette femme complexée est donc au cœur du rapport de séduction quand Lost in Translation débutait par un plan de la raie des fesses de Charlotte (Scarlett Johansson), inscrivant peu subtilement la beauté au centre de son rapport de séduction avec Bob Harris (Bill Murray).

 

Du Kaufman ultrasensible mais terne

 

Il est clair qu’Anomalisa est un film beaucoup plus fin et imaginatif que Lost in Translation. Cependant, Sofia Coppola contrebalançait la morosité du héros par des situations d’incompréhension loufoques avec les locaux à travers l’étalage de divers aspects de la culture japonaise (l’ikebana, les jeux vidéos, les temples, le karaoké…) et une actrice américaine ultra cliché.

De son côté, Anomalisa n’offre pas de réelles respirations au spectateur. De plus, Kaufman s’astreint de façon bien plus rigoureuse que Sofia Coppola à l’exercice du huis clos dans l’austérité de l’hôtel.

ANOMALISA photo3
© Paramount Pictures France

 

Tout ceci ne fait pas d’Anomalisa un moins bon film mais un film moins agréable, moins divertissant. De surcroît, les personnages en mousse et leur visage en résine rendent moins systématique l’identification. De temps en temps, l’animation est juste et émouvante (la scène d’amour justifie à elle seule d’aller voir le film), mais souvent elle crée de la distance entre personnages et spectateurs.

Bref, Anomalisa est un film relativement exigeant pour le spectateur, un film qui se mérite. C’est également un film profond, sensible, créatif…

Pour autant, le jeu de masques avec les visage en argile et le rêve dans un sous-sol qui rappelle le demi-étage de Dans la peau de John Malkovitch pourront laisser les puristes sur leur faim, et l’on sortira peut-être d’Anomalisa avec un curieux sentiment de ne pas avoir reçu son “shoot” de Charlie Kaufman…

 

   
En savoir plus :

  • Date de sortie France : 03/02/2016
  • Distribution France : Paramount Pictures
Marie Deconinck

Marie Deconinck

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
Comédienne franco-québécoise, scénariste à mes heures et surtout obsédée de cinéma, j'aime les oeuvres flamboyantes et hypersensibles (Terrence Malick, Leos Carax, Charlie Kaufman, Xavier Dolan, David Lynch, Les frères Coen, Coppola...).

Top 5 Cinéma : "Nos meilleures années" (2003),"The Tree of Life" (2011), "Fargo" (1996), "Apocalypse Now" (1979), "Les enfants du paradis" (1945), "Eternal Sunshine of the Spotless Mind" (2004)
Marie Deconinck

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