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REVIVAL Stephen King

[CRITIQUE] « Revival » (2015) de Stephen King

Seulement quelques mois après la parution en français de Mr Mercedes, Stephen King signe un retour aux sources avec ce nouveau roman d’épouvante, Revival. Enfance, adolescence, descente aux enfers, addictions, rédemption, tous les thèmes majeurs de l’œuvre de King sont convoqués. Mais c’est l’électricité et son fantastique pouvoir qui sont au cœur de l’intrigue…    

Synopsis :

Jamie Morton, dernier enfant d’une famille nombreuse de Harlow, petite ville fictive de l’État du Maine, a 6 ans lorsqu’il rencontre pour la première fois le pasteur Jacobs en 1962. Jeune, enthousiaste, marié à une jolie femme et père d’un sympathique petit garçon, ce nouveau pasteur rend indéniablement sexy l’enseignement religieux du jeudi soir destiné à la jeunesse. Ce qui ne plaît pas forcément à tout le monde. Mais, la véritable passion de Jacobs, c’est l’électricité… Et le courant passe avec Jamie.

« Toutes ces conneries
commencent en mi »

 

Adolescent, Jamie découvre une des vertus secondaires de l’électricité : le rock’n’roll. Guitariste rythmique dans un groupe, il fait danser les couples sur la musique qu’il joue sur une Kay semi-acoustique et connaît un premier amour intense et totalement comblé avec Astrid, 16 ans, une véritable bombe – « de la nitroglycérine ».

L’Amérique des sixties revit avec ses belles voitures, ses classiques du rock, les bals du lycée. Le temps de l’innocence, évoqué avec un brin de nostalgie, surtout quand la vie d’adulte a déçu.

« Une chanson à la radio peut ressusciter le passé avec une fulgurance féroce (encore qu’éphémère, Dieu merci) : un premier baiser, un bon moment passé avec les copains ou des temps malheureux. »

Pour Jamie, en effet, la suite est moins réussie : musicien itinérant, il sombre peu à peu dans l’héroïne. Une vraie vie de merde, qui s’étend sur toute la décennie des années 80. C’est pile au moment où il touche le fond qu’il retrouve Jacobs, en 1992, dans une fête foraine d’Oklahoma où celui-ci anime désormais une attraction : les « portraits à la foudre ».

Revival

stephen-king-image
© D.R.

Désormais, les destins des deux hommes vont être irrémédiablement liés  l’un à l’autre, jusqu’en 2014. Jamie revient à la vie, cesse d’être le loser et le junkie qu’il était. Revival. La « carrière » de Jacobs, sous différents noms d’emprunt, monte aussi en flèche,grâce à ses grandes tournées de guérison, appelées aussi « revivals ».

Chacun pourrait considérer qu’à partir de là, il suit son chemin. Mais ça, c’était sans compter la dette qu’a contractée Danny auprès de l’ex-pasteur et sa curiosité pour l’énergie phénoménale dégagée par l’électricité.

 

« La vie est une roue
et elle revient toujours au point de départ. »

 

Les années passent. Jamie peut encore séduire une femme jeune, mais très vite, celle-ci court vers d’autres horizons : un mari, une vie normale, loin de lui et de ses obsessions.  Et puis, un jour, le passé resurgit, à l’occasion d’un retour au pays natal pour une fête d’anniversaire. L’amour est toujours là et circule à travers l’étreinte chaleureuse d’un frère, l’évocation du bon vieux temps avec les amis ou encore l’affection spontanée d’un bébé, sa petite-nièce, pour Jamie. Les musiciens remontent sur scène, pour un soir.

C’est bon de se souvenir à quel point on était jeunes et comme on s’aimait. Pourquoi est-ce passé aussi vite ? Voilà le genre de questions qui vient tarauder Jamie : « Les trois âges réels de l’homme sont la jeunesse, la maturité et putain comment j’ai fait pour devenir vieux si tôt ? »

Une  grenouille dans une marmite

 

En effet, la vieillesse arrive, comme l’autre bout de la vie, et Stephen King a une métaphore pour ça : la grenouille, plongée dans l’eau froide sur le feu, ne se rend pas compte qu’elle va bouillir un jour.

« La bonne nouvelle, c’était que jusqu’à présent, la température était encore moyenne. La mauvaise, c’était qu’elle n’allait cesser de grimper. »

La vieillesse est  souvent accompagnée de la maladie et de l’amoindrissement physique.  C’est le lot de la condition humaine, nous rappelle l’auteur. Et puis, ultime étape du processus étalé ici sur une cinquantaine d’années : la mort – une interrogation monstrueuse, une grande bouche d’ombre.

« Il s’est passé quelque chose »

 

Il y a chez Stephen King un talent inouï pour dépeindre l’enfance, les désillusions de l’âge adulte, les renoncements, mais aussi la volonté de s’en sortir après la chute, matérialisée par une addiction (la drogue dans Revival, l’alcool dans Shining et Dr Sleep) – une certaine idée de la rédemption -. Mais comme King l’écrit dans ce roman, « toute guérison a un prix ».

C’est lorsque la note se présente, aux deux tiers du livre que la dimension proprement fantastique ou horrifique fait son irruption dans l’intrigue, bien que de sérieux indices l’aient déjà annoncée. On sait gré à King d’être un excellent narrateur et la dernière partie est une lente et inexorable montée vers l’horreur. On pressent que tout doit s’accomplir et, comme dans beaucoup de ses romans, personne n’en sortira totalement indemne. Lorsque les forces obscures sont réveillées et déchaînées, divinités hideuses, elles réclament leur part de sacrifice et rien ne peut conjurer le sort.

On n’en dira évidemment pas plus… Les amateurs de romans fantastiques ne seront pas déçus par cet ultime opus, Revival, tendre et nostalgique, du King. D’ailleurs, c’est par une longue dédicace que celui-ci exprime sa gratitude pour les grands auteurs du genre, tels que Mary Shelley, Lovecraft et Bram Stoker.

Un haut patronage pour des frissons garantis…

 

 

En savoir plus :

Marie-Laure Surel

Marie-Laure Surel

Rédactrice / Editor chez Bulles de Culture
J’aime la littérature, la poésie, le cinéma des années 30-40. Des œuvres nouvelles et celles, plus anciennes, qu’on continue de fréquenter comme de vieux amis.« Le Beau est toujours étonnant », disait Baudelaire.

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Marie-Laure Surel

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