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Fidelio, l’odyssée d’Alice - affiche

Fidelio, l’odyssée d’Alice (2014), de l’amour et des marins

Fidelio, l’odyssée d’Alice - affichePortrait de vie des marins d’aujourd’hui sur fond d’amours contrariées, Fidelio, l’odyssée d’Alice est un premier long métrage réussi pour la réalisatrice Lucie Borleteau. Cette traversée de mers lointaines explore le thème de la fidélité, mais décrit avant tout un voyage initiatique des sentiments et du plaisir au féminin.

Synopsis :

Remplaçant au pied levé un mécanicien décédé brutalement dans des conditions mystérieuses, Alice (Ariane Labed) embarque sur le Fidelio, cargo de la marine marchande qu’elle connaît bien pour y avoir exercé à ses tout premiers débuts. Son cœur est pris par Félix (Anders Danielsen Lie) qui la comble de bonheur mais ses retrouvailles avec Gaël (Melvil Poupaud), commandant à bord et ancien amant, remettent en question son mode de vie et ses attentes de l’amour. 

Révélée dans Attenberg d’Athina Rachel Tsangari (2010), pour lequel elle a remporté la Coupe Volpi à la Mostra de Venise 2010, et plus récemment vue dans Une place sur la terre de Fabienne Godet (2012), Ariane Labed est encore peu connue du grand public français. Le rôle d’Alice a valu à l’actrice le Prix d’interprétation féminine au Festival international du film de Locarno 2014. Fidelio, l’odyssée d’Alice a par ailleurs reçu le Label Europa Cinemas

© Pyramide Distribution

Lucie Borleteau envisageait au départ de réaliser un documentaire sur la vie maritime puis s’est ensuite orientée vers la fiction, afin de développer une approche plus personnelle de son sujet.

Fruit de deux années d’écriture en collaboration avec la scénariste Clara Bourreau, Fidelio, l’odyssée d’Alice décrit le quotidien de ces marins au long cours aux destinées tourmentées, dont certains ont juré fidélité à la mer plutôt qu’à une femme.

Bizutage lors du premier passage de l’Équateur, escale festive et libertine à Dakar…, ces traditions perdurent au fil des siècles, impassibles face à la modernisation du monde. Le format scope employé renforce le sentiment d’enfermement que peut ressentir un équipage au cours de longues traversées, malgré un horizon qui s’étend à l’infini – eaux chatoyantes, grandeur de l’océan.

Avec à son bord une équipe internationale, parlant un anglais souvent hésitant, le Fidelio abrite une multiplicité de croyances venant s’entrechoquer, dès lors qu’un élément perturbateur enraye les mécanismes du bateau : une femme à bord, une mort inexpliquée…

© Pyramide Distribution

Le personnage d’Alice donne chair au souffle romanesque qui (ré)anime pour un temps la vieille carcasse du Fidelio, cargo en fin de vie. Les deux scénaristes inventent en elle une sorte d’idéal féminin détonnant dans un milieu traditionnellement masculin : féline et athlétique, Alice croque la vie et les hommes à pleines dents, dans un refus du compromis.

Alors que des photos pornographiques tapissent les murs des vestiaires de l’équipage, c’est bien Alice qui multiplie les conquêtes sans lendemain – un homme dans chaque port… Sorte de Ripley des mers, mécano de jour, sirène la nuit, sa combinaison crasseuse dissimule une quasi-nudité qu’il est facile de révéler d’un coup de fermeture éclair.

Femme vivant au présent avec intensité, c’est pourtant le passé qui la rattrape, qu’il soit sien (son premier amour veut la reconquérir) ou raconté. Alice découvre par hasard le journal intime du mécanicien décédé dissimulé dans sa cabine. La voix-off surgissant d’outre-tombe avoue avec amertume avoir vécu sans amour. Intolérable idée pour la jeune femme ; il est grand temps de faire un choix : sera-t-il celui de la fidélité ?

© Pyramide Distribution

Un triangle amoureux se forme en effet entre Alice, Félix, son amant resté à terre – le doux Anders Danielsen Lie à suivre avec grande attention depuis Oslo, 31 août de Joachim Trier (2011) -, et Gaël, celui qui partage son aventure marine – Melvil Poupaud, quoique délibérément coincé dans son uniforme de commandant coquet -.

Si Lucie Borleteau s’attarde un peu trop sur ce triangle, elle parvient cependant à en dépasser la lourdeur en développant d’autres aspects de ces amours hors du commun : la passion irrationnelle d’Alice s’accorde avec l’univers dépeint, de par son caractère intemporel – les changements de fuseaux horaires « affolent » le temps et donnent aux êtres une sensation grisante de flottement – et son sens de l’interdit – au milieu de l’océan, en pleines zones internationales, les lois terrestres n’agissent plus sur les hommes -.

Quand le voyage est long, la distance ressentie, l’envie furieuse d’aimer et de le faire, la solitude des corps qui se cherchent dans le noir, répondent à une peur viscérale de ne jamais en revenir, car le risque – d’accident, de naufrage – n’est jamais nul.

L’esprit d’équipe rappelle celui, sur un ton plus grave, de Grand Central de Rebecca Zlotowski (2013) où la gestion du danger était poussée à son paroxysme, de même que l’érotisme sous les combinaisons encombrantes.

« Les sentiments, ça bouge tout le temps. »
Félix

Une mer mystérieuse aux humeurs changeantes, une femme tiraillée entre ses principes et les bras d’un (autre) homme, Fidelio, l’odyssée d’Alice ose se frotter doucement à L’avventura (1960) de Michelangelo Antonioni, chef-d’œuvre sur le désir et son transfert face à la mort, quand les corps disparaissent avant d’avoir livré toute leur vérité…

 

En savoir plus :

  • Date de sortie France : 24/12/2014
  • Diffusion sur Canal+ Cinéma à partir du 5 février 2016 et disponible à la demande sur mycanal. 

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